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Insécurité hydrique et pauvreté: le paradoxe marocain (rapport)
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Le Maroc affiche l’un des meilleurs scores de pauvreté vécue en Afrique, mais l’insécurité hydrique persiste et creuse les écarts, selon Afrobarometer.
La crise hydrique qui frappe le Maroc ne se limite pas au niveau de remplissage des barrages : elle impacte la vie quotidienne des citoyens et amplifie la précarité. Selon le dernier rapport d’Afrobarometer, près de quatre Marocains sur dix (39%) déclarent avoir manqué d’eau propre pour un usage domestique «de temps en temps» ou «souvent» au cours des 12 derniers mois.
L’étude met en lumière une corrélation forte entre insécurité hydrique et pauvreté vécue dans le Royaume. Basée sur les perceptions citoyennes, elle dresse un tableau préoccupant de l’accès à l’eau au Maroc. La rareté de l’eau est devenue une réalité pour une part significative de la population, avec des conséquences directes sur le bien-être et la stabilité économique des ménages.
Le Maroc affiche un taux d’insécurité hydrique inférieur à la moyenne continentale (44%), ce qui le place en 2e position derrière les Seychelles en termes de population déclarant ne pas avoir souffert de privations sur les cinq besoins essentiels. Pourtant, 24% des Marocains affirment avoir manqué d’eau «plusieurs fois» ou «toujours» au cours de l’année écoulée, tandis qu’environ 21% jugent l’approvisionnement en eau comme «mauvais» ou «très mauvais».
Ces chiffres révèlent donc un paradoxe: l’indicateur de pauvreté vécue (Lived Poverty Index, LPI), fondé sur la fréquence des privations, ne reflète pas toujours les réalités structurelles de l’accès aux services de base. En d’autres termes, des ménages peuvent ne pas se sentir pauvres tout en étant exclus des infrastructures essentielles.
Au Maroc, les citoyens confrontés à des pénuries d’eau régulières affichent des niveaux de pauvreté significativement plus élevés que le reste de la population. Les difficultés d’accès à l’eau potable ne sont pas seulement un problème de confort : elles imposent des coûts cachés (achat d’eau, temps perdu, problèmes de santé) qui épuisent les ressources des plus fragiles.
Le rapport suggère que l’amélioration de la sécurité hydrique est une voie essentielle non seulement pour l’adaptation au changement climatique, mais aussi pour l’atténuation de la pauvreté à l’échelle des foyers.
Optimisme prudent
Malgré les difficultés actuelles, les Marocains se montrent relativement plus optimistes que la moyenne africaine quant à la capacité de leur gouvernement à gérer les ressources hydriques. Environ 55% estiment que les autorités font un bon travail pour garantir un approvisionnement suffisant en eau — un score supérieur à la moyenne continentale.
Toutefois, les auteurs du rapport soulignent que l’urgence climatique et la pression démographique exigent des efforts accrus. Ils recommandent aux décideurs marocains de prioriser les investissements dans les infrastructures de gestion et de distribution de l’eau, et de garantir une répartition plus équitable afin de briser le cercle vicieux qui lie pénurie d’eau et aggravation de la pauvreté.
