Quelque 3.053 Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont regagné le Maroc via le poste Bab…
Retour au Maroc: ces MRE qui ont décidé de sauter le pas (Témoignages)
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Le Maroc, ils ont fait le choix de le quitter, un temps. Des années après, ils ont voulu s’y réinstaller, mais le retour au bercail est tout sauf un long fleuve tranquille. Témoignages.
Hormis les difficultés et les obstacles, les Marocains d’ailleurs sont nombreux à vouloir revenir au pays. Selon une étude HCP datant de 2020, près de 200.000 MRE sont retournés s’installer définitivement au Maroc. Les raisons qui motivent ces retours sont liées à l’éducation des enfants, aux mauvaises conditions de travail dans leur pays d’accueil ou encore à la nostalgie de revenir au pays. Mais peu prévoyaient d’investir dans le pays d’origine.
A l’occasion de la célébration du 49e anniversaire de la Marche Verte, le Roi Mohamed VI a appelé à reconsidérer le modèle de gouvernance des institutions existantes afin d’en rehausser la complémentarité vis-à-vis des aspirations des Marocains du monde. « Les Marocains du Monde, par leur diversité de compétences et leur expérience acquise à l’étranger, constituent une ressource stratégique pour le Maroc. Leur mobilisation accrue pourrait accélérer la réalisation des projets phares, tels que la généralisation de la couverture sociale, la montée en puissance des énergies renouvelables ou encore le développement des infrastructures dans les provinces du Sud », estime Yassine El Yattioui.
Les Marocains du monde qui décident de revenir au pays ont des profils très divers qui sont souvent recherchés au Maroc. Si la plupart sont animés par cette envie de retrouver la douceur du pays qu’ils avaient connue, ils sont nombreux à se retrouver confrontés à un mur d’obstacles.
Lourdeurs administratives
Installée sur un banc, elle observe ses deux filles s’amuser dans le parc public d’Inkerman, une petite bourgade située en Acadie dans le Nouveau-Brunswick au Canada. C’est ici, il y a douze ans, où Viviane a rencontré son mari, Khalid, un Marocain. Après avoir longtemps occupé le poste de chef cuisinier, il décide, après la crise du Covid, de rentrer au Maroc pour devenir son propre patron.
Khalid a, ainsi, ouvert un restaurant en plein cœur de Hay Ryad à Rabat. « Je n’ai pas trop hésité à le suivre dans sa démarche », se souvient elle. Il y avait la promesse d’un style de vie meilleur et d’un climat agréable. En plus, c’est sur un terrain qu’il connaît bien, dans sa ville natale, que son époux allait construire leur nouvelle vie. Sauf que ce qui s’apparentait à une belle aventure s’est transformé en un parcours du combattant.
Les lourdeurs administratives ont été l’un des éléments qui ont pesé sur leur moral. La liste des documents à fournir semblait insurmontable et parfois, il était même difficile d’entrer dans des cases qui ne correspondent pas à leur business plan. « Il a failli, à plusieurs fois, tout abandonner. Mais on s’était tellement investi qu’on ne pouvait se permettre un retour en arrière », raconte-t-elle.
« En se libérant du salariat, il s’est enchaîné à son restaurant », résume-t-elle sourire aux lièvres au point qu’il ne pouvait accompagner sa famille en vacances.
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Et pour d’autres, le rêve vire au cauchemar. Adil, qui a vécu dix ans aux États-Unis, voulait «repartir à zéro au Maroc» lui et sa petite famille, composée de 4 enfants en bas âge. Au bout de deux ans, il plie bagage et repart à Orlando. «J’avais tout calculé. Sur le papier, tout semblait parfait. J’avais réussi à décrocher un contrat comme consultant avec l’ambition de créer ma propre entreprise», se souvient cet informaticien qui n’a jamais pu concrétiser son projet. Le jeune entrepreneur pensait pouvoir faire perdurer son projet, mais, manque de fonds, il a dû y renoncer.
«Mon erreur, c’était de tout miser sur mon savoir-faire», nous avoue-t-il. Tout comme lui, énormément de MRE peinent à retourner au Maroc pour créer leur entreprise en raison de l’absence de structures ou de mécanismes d’accompagnement qui leur ouvriraient la porte aux financements.
Une place au soleil
«Les Marocains occupant des postes de responsabilité dans des institutions internationales prestigieuses ou des universités de renom sont nombreux. Par exemple, des chercheurs marocains se distinguent dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, les sciences médicales et l’ingénierie, apportant une reconnaissance internationale au talent marocain. Pourtant, il reste à créer un cadre institutionnalisé pour mobiliser ces compétences», estime Yassine El Yattioui, analyste, conférencier et expert en relations internationales et politiques institutionnelles.
Mais ces retours ne sont pas toujours synonymes d’échecs. Pour d’autres, le pari s’est avéré positif avec à l’arrivée une belle place au soleil.
«Quand j’ai décidé de rentrer, mes amis m’ont pris pour une folle !», raconte, pour sa part, Layla, une Franco-marocaine née à Vichy. Elle a décidé de s’installer au Maroc en 2021. «Folle», elle ne l’est assurément pas. Dans sa villa avec piscine, elle retrace son parcours avec fierté dans le monde de l’entreprise.
À Paris, cette trentenaire travaillait en tant qu’agente immobilière et logeait dans un deux pièces. Aujourd’hui, elle exploite un marché de niche, celui des MRE qui rêvent d’une vie abordable sous un soleil radieux. «La crise du Covid a rabattu les cartes du monde du travail. De plus en plus de gens veulent plus qu’un emploi stable. Je contribue à la réalisation de leur rêve», affirme-t-elle. Aujourd’hui, cette jeune femme accompagne les futurs arrivants dans leur projet de déménagement.
Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de MRE échangent leurs expériences et conseils sur le parcours de retour au pays. Les pages se multiplient et enregistrent des milliers de messages. Il y a même des influenceurs qui vantent « l’extraordinaire qualité de vie abordable » au Maroc sous le soleil.
