Le chef du gang marseillais Yoda Félix Bingui en cours d’extradition depuis le Maroc

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Deux fois moins de narchomicides à Marseille, mais une forme de "narcoterrorisme" 
Félix Bingui, chef du gang marseillais Yoda© Collage H24info

Le chef présumé de l’un des principaux gangs de narcotrafiquants de Marseille, arrêté en mars 2024 au Maroc, est en cours d’extradition vers la France, selon des sources concordantes.

Le narcobanditisme a coûté la vie à 24 personnes en 2024 en région marseillaise, soit deux fois moins que le bain de sang de 2023. Cependant, « la menace demeure très importante », face à une forme de « narcoterrorisme », avertissent les autorités.

À la veille de l’examen d’une proposition de loi sur le narcotrafic, le préfet de police des Bouches-du-Rhône et le procureur de la République de Marseille ont fait le point, mardi matin, sur leur combat contre ce fléau.

Après le funeste record de 49 morts en 2023, dont 4 victimes collatérales, les violences liées au narcobanditisme ont fait 24 victimes dans ce département du sud-est de la France l’année dernière, dont un chauffeur VTC abattu par un adolescent de 14 ans.

Cette baisse est attribuée à « la victoire de la DZ Mafia sur le clan Yoda », mais « la vigilance reste de mise, car des conflits sont encore en cours », explique le procureur Nicolas Bessone à l’AFP.

Quant à Yoda, dont la présence serait désormais réduite à peau de chagrin, son chef présumé, Félix Bingui, est en cours d’extradition depuis le Maroc, selon des sources concordantes.

Mais cette baisse des violences est également due à la « mobilisation historique » des forces de l’ordre et de la justice, selon le préfet Pierre-Edouard Colliex, interrogé par l’AFP.

Lire aussi: Narcobanditisme: le chef du gang marseillais Yoda Félix Bingui interpellé à Casablanca

Les chiffres sont en effet « considérables », comme le souligne Nicolas Bessone : en 2024, plus de 2 000 personnes ont été mises en examen à Marseille, dont 833 placées en détention provisoire. De plus, plusieurs commandos ont été interceptés avant de passer à l’acte.

Concernant les petites mains du trafic, plus de 2 250 personnes ont été déférées, avec toujours autant de « jobbers » venus de toute la France, attirés par l’illusion de l’argent facile. Parmi eux, de plus en plus de mineurs.

Avec quelque 480 adolescents concernés en 2024, « plus de la moitié de la délinquance des mineurs » est liée aux stupéfiants à Marseille, s’alarme le procureur.

La ville de Marseille, deuxième plus grande de France, compte désormais 84 points de deal, soit 29 de moins qu’un an auparavant. Mais « ce n’est pas parce qu’on a supprimé les points de deal à la cité de la Castellane (dans les quartiers Nord) que la drogue a disparu, ni que le problème est résolu », insiste le préfet de police. « Cela nous a permis de redonner un cadre de vie acceptable, mais il faut maintenir l’effort. »

Pour lui, il est crucial de continuer les opérations de « pilonnage », sur le modèle des actions « place nette XXL » lancées par Emmanuel Macron depuis Marseille en mars, et de créer « des groupes de prévention et de sécurité ».

L’année 2024 a également été marquée par une diversification des activités des narcotrafiquants, avec des tentatives de racket de commerçants, voire de rappeurs, comme celle visant SCH, qui s’est soldée par l’assassinat d’un de ses proches. Plusieurs responsables judiciaires ont été menacés de mort, y compris des membres de la direction de la prison des Baumettes. Sans oublier les tentatives de corruption de fonctionnaires.

Lire aussi: Narchomicides en France: « une sauvagerie inédite », de jeunes adolescents impliqués

« La peur panique se diffuse, et nous, on ne demande qu’une chose : être protégés », avait récemment confié à l’AFP Bernard Marty, président de l’Umih dans les Bouches-du-Rhône, principale organisation patronale dans l’hôtellerie-restauration.

« On ne cède pas à la peur, car nous interpellons les individus qui commettent des menaces », et « très peu de personnes ont été placées sous protection policière à ce stade », répond Pierre-Edouard Colliex.

Pour lutter contre le blanchiment d’argent, il annonce qu’il interdira d’ici la fin janvier l’activité de plusieurs dizaines d’épiceries de nuit.

Cependant, malgré ce volontarisme affiché, « nous rencontrons d’importantes difficultés pour juguler et maîtriser le phénomène. Il nous faut à la fois des moyens et un choc législatif pour être à la hauteur des enjeux et de la menace », insiste Nicolas Bessone.

Il évoque depuis un certain temps le « narcoterrorisme », face à ces rafales de kalachnikov tirées souvent à l’aveugle, qui terrorisent « tout le monde, et notamment la population qui y vit ».

Jeudi, le président du tribunal judiciaire de Marseille, Olivier Leurent, avait exprimé ses craintes de « nous approcher du point de bascule vers un narco-État », face à des « narchomicides » commis par « des tueurs de plus en plus jeunes », « recrutés sur les réseaux sociaux pour des sommes modiques, utilisant des armes de guerre, commettant des actes de torture et de barbarie et revendiquant » leurs actions sur ces mêmes réseaux sociaux.

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