L'Union européenne (UE) ambitionne de dépoussiérer le mégaprojet du tunnel Maroc-Espagne. Pour ce faire, elle…
Le coût du tunnel Maroc-Espagne estimé à plus de 15 milliards d’euros
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Le projet de tunnel sous-marin reliant l’Espagne au Maroc, via le détroit de Gibraltar, représente un investissement colossal qui pourrait dépasser les 15 milliards d’euros, selon de nouvelles estimations.
Ce vieux projet d’union entre l’Europe et l’Afrique par le détroit de Gibraltar a pris un nouveau départ. L’Espagne et le Maroc soutiennent activement la construction d’un tunnel ferroviaire, qui pourrait devenir le plus long tunnel sous-marin du monde.
En effet, le projet prévoit la construction d’un tunnel ferroviaire de 60 kilomètres, dont 28 kilomètres entièrement sous l’eau, soit près de 10 km de plus que l’emblématique Eurotunnel (50,5 km) et le tunnel japonais Seikan (53,8 km), indique le quotidien espagnol La Razón.
Des investissements déjà engagés
Après des décennies d’études, de blocages politiques et de défis techniques, le projet a reçu un nouvel élan, selon le journal madrilène. Bien que le coût final n’ait pas encore été officiellement révélé, des sources proches du projet estiment qu’il pourrait dépasser les 15 milliards d’euros.
Ce montant serait financé conjointement par les deux royaumes ainsi que par l’Union européenne. D’ores et déjà, des fonds importants ont été mobilisés: 100.000 € en 2022, 750.000 € en 2023 et 2,7 millions d’euros (dont plus de 2 millions d’euros en fonds européens) en 2024.
L’utopie devient réalité
Avec des études de faisabilité récentes, des investissements européens et un intérêt géostratégique renouvelé pour le rapprochement entre l’Europe et l’Afrique, ce qui semblait être une utopie devient peu à peu une réalité. Sur le plan pratique, le gouvernement espagnol, par l’intermédiaire de l’entreprise publique Secegsa, a commandé deux études clés pour faire avancer la faisabilité technique du projet.
La première étude porte sur l’analyse géotechnique du seuil de Camarinal. Dirigée par Herrenknecht Ibérica, filiale du groupe allemand Herrenknecht, leader mondial dans la construction de tunneliers, elle examine la manière de forer le fond marin pour y construire le tunnel.
La seconde étude porte sur la surveillance sismique de la zone, à l’aide de sismomètres fournis par Tekpam Engineering, sous la supervision de la Marine. Ces études doivent être achevées d’ici septembre 2025.
Implications géopolitiques et économiques majeures
Le tunnel, reliant Tanger (Maroc) à Algésiras (Espagne), comprendra trois galeries: une ferroviaire, une pour les passagers et une pour les marchandises. Dans la première phase, une seule galerie sera partagée pour les deux sens, avant sa duplication pour séparer les directions dans une seconde phase. Un tunnel pour véhicules est pour l’instant exclu.

Outre l’exploit d’ingénierie, ce projet est «un enjeu clé sur l’échiquier géostratégique mondial», estime la même source. «Il renforcera la connexion entre l’Europe et l’Afrique, facilitant les échanges commerciaux, le transport de marchandises et le tourisme», et «accélérera également l’intégration ferroviaire à travers les continents, même si le réseau marocain n’est pas encore entièrement électrifié».
Nouveaux horizons
Le projet devrait également favoriser le développement économique des régions du détroit de Gibraltar, tant au sud de l’Espagne qu’au nord du Maroc. Cependant, selon les délais officiels, cette infrastructure ne sera pas prête avant 2040, et ce, dans le meilleur des cas.
La réactivation du projet de tunnel sous-marin entre l’Espagne et le Maroc intervient à un moment où la technologie a atteint une maturité suffisante pour relever des défis tels que le forage en profondeur ou l’isolement sismique dans des zones instables. Par ailleurs, le contexte politique s’est amélioré, avec une coopération renforcée entre les deux gouvernements.
Une combinaison réaliste
En avril 2023, les ministres des Transports des deux pays ont officiellement relancé le projet après 14 ans de paralysie. Le projet a été inclus dans les plans stratégiques de la Facilité de relance et de résilience de l’Union européenne, garantissant ainsi un soutien financier européen.
Parallèlement, le Maroc poursuit l’extension de son réseau ferroviaire et vise à faire de Tanger une plaque tournante logistique reliant l’Europe à l’Afrique du Nord.

La pression migratoire croissante et les flux commerciaux entre les deux continents renforcent l’intérêt stratégique pour des infrastructures stables, sûres et permanentes.
Ce nouveau scénario offre, pour la première fois, une combinaison réaliste de volonté politique, de financement et de faisabilité technique, rapprochant le projet d’une étape que l’on n’avait jamais atteinte en près de trois décennies de planification.
