«Cocaïne des pauvres»: un rapport alerte sur l’expansion inquiétante de L’poufa au Maroc

Publié le
Vidéo. 112 trafiquants présumés de la drogue "lboufa" interpellés en un mois
Image illustration. © Hamza Babas

L’poufa, drogue synthétique bon marché, connaît une expansion inquiétante au Maroc. Un rapport officiel alerte sur ses effets violents, sa diffusion urbaine rapide et les lacunes juridiques qui freinent la riposte nationale.

Apparue au Maroc en 2020, L’poufa — surnommée la «cocaïne des pauvres», équivalent du crack — s’impose comme une drogue de synthèse locale, bon marché et particulièrement dangereuse. Confectionnée à partir de résidus de cocaïne mélangés à des produits chimiques toxiques (acide de batterie, solvants, pesticides), elle s’est rapidement diffusée dans les quartiers urbains fragilisés du Royaume.

Le dernier rapport de l’Observatoire national de la criminalité (ONC) dresse un constat alarmant sur la propagation de cette drogue de synthèse au Maroc. Entre 2022 et 2024, les autorités ont enregistré 878 affaires, ayant conduit à 1.044 interpellations et à la saisie de plus de 18 kilos de cette substance. Les saisies ont connu une progression fulgurante : 493 grammes en 2022, 8 kilos en 2023, et près de 9,7 kilos en 2024.

Le rapport souligne que 75 % des arrestations ont eu lieu en milieu urbain, avec une concentration notable dans la région Casablanca–Settat, qui totalise 860 interpellations.

Un profil type révélateur

Le rapport dresse un portrait sociologique des personnes interpellées : hommes célibataires, sans emploi, âgés de 18 à 55 ans, avec un niveau d’instruction élémentaire.

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En 2023, 343 hommes ont été interpellés contre 55 femmes, et en 2024, 293 hommes contre 19 femmes, confirmant une forte prédominance masculine dans ce trafic.

L’poufa: une drogue liée à la montée des violences

Les autorités signalent une corrélation inquiétante entre la consommation de L’poufa et les actes criminels. Les crimes violents commis sous son influence sont passés de 4 cas en 2022 à 37 en 2023, traduisant une montée en puissance de comportements agressifs et incontrôlés. Trois décès liés à sa consommation ont également été recensés, soulignant la dangerosité extrême de cette drogue.

Malgré les efforts des forces de sécurité, plusieurs défis majeurs entravent la lutte contre L’poufa, notamment une législation obsolète qui ne couvre pas les drogues de synthèse, un manque de coordination institutionnelle avec des rôles flous pour la Commission nationale des stupéfiants, des difficultés techniques dans la détection en laboratoire en raison de la composition instable de la substance, et une faible sensibilisation publique aggravée par la stigmatisation des consommateurs.

L’poufa: pour une réponse nationale renforcée

Face à cette menace croissante, l’ONC recommande la modernisation du cadre juridique pour inclure les drogues de synthèse, la création de centres régionaux spécialisés en toxicologie et en réinsertion, le développement de systèmes d’alerte précoce et de peines alternatives pour les consommateurs, ainsi qu’une coopération internationale renforcée, notamment avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

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