Maroc–Algérie: deux doctrines militaires, deux futurs stratégiques

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Rabat mise sur la “puissance intelligente”, Alger sur le “volume dissuasif”
Le lanceur américain M142 High Mobility Artillery Rocket System (HIMARS) circule dans la région de Grier Labouihi à Agadir, dans le sud du Maroc, le 21 juin 2022, lors de l'exercice militaire « African Lion 2022 ». © AFP

La montée en puissance militaire au Maghreb prend une nouvelle tournure avec les budgets de défense pour 2026. Tandis que le Maroc opte pour une stratégie de « puissance intelligente » fondée sur la technologie, la formation et l’industrialisation locale, l’Algérie poursuit une logique de « dissuasion massive » à travers un arsenal toujours plus volumineux, plus lourd et plus coûteux. Une divergence doctrinale qui marque l’avenir sécuritaire de la région.

Une analyse récente publiée par la plateforme spécialisée Defensa met en lumière un nouveau cycle de compétition militaire entre le Maroc et l’Algérie, avec des budgets de défense record inscrits dans les projets de loi de finances pour 2026 de part et d’autre de la frontière.

Selon la même source, le Maroc privilégie une approche fondée sur la modernisation qualitative et la consolidation progressive d’une industrie de défense nationale, tandis que l’Algérie continue d’opter pour un modèle reposant sur la supériorité numérique et un volume d’équipements massifs, afin de préserver un avantage dissuasif classique dans la région.

Maroc : modernisation, technologie et souveraineté industrielle

Le document souligne que le Maroc a inscrit 157,17 milliards de dirhams (environ 14,7 milliards d’euros) comme plafond global pour les engagements de défense pluriannuels, tandis que les dépenses effectives (crédits de paiement) atteignent 55,3 milliards de dirhams (5,15 milliards d’euros).

Cette organisation budgétaire, étalée sur plusieurs années, permet de financer la modernisation technologique continue des Forces armées royales (FAR), tout en soutenant la montée en puissance d’une industrie de défense nationale à travers des partenariats structurants avec les États-Unis, Israël, l’Inde et la Turquie.

Parallèlement, le rapport mentionne la création de 5.500 nouveaux postes dans l’armée, ainsi qu’un renforcement des capacités du Centre royal de surveillance spatiale, confirmant l’importance désormais stratégique du renseignement satellitaire.

Algérie : supériorité numérique et dépendance à l’armement russe

De son côté, l’Algérie a prévu des crédits de paiement atteignant 3.205 milliards de dinars (21,1 milliards d’euros), et des crédits d’engagement de 3.305 milliards de dinars (22,8 milliards d’euros). Selon Defensa, ce schéma met l’accent sur les dépenses immédiates et les acquisitions rapides, notamment via l’armement russe.

Alger devrait recevoir avant fin 2026 trois nouvelles générations d’avions de combat: 12 Su-57 (5e génération), 14 Su-35 et 14 Su-34 (avions d’attaque).

Ce modèle confirme la stratégie algérienne de « dissuasion quantitative » fondée sur la taille et la puissance de feu, au prix d’une charge budgétaire élevée.

Deux philosophies opposées

En replaçant ces chiffres dans leur contexte économique, le rapport montre un contraste marqué :

Pays Part du PIB  Part du budget de l’État Orientation
Maroc 3,4 % 7,6 % Modernisation qualitative
Algérie 8,9 % 15,1 % Supériorité quantitative

Enfin, la même source souligne que le Maroc inscrit son effort de défense dans une stratégie plus large de repositionnement régional – notamment en Afrique de l’Ouest et auprès de l’Union européenne – fondée sur la maîtrise technologique, l’interopérabilité, et l’intégration industrielle progressive.

Lire aussi. Industrie de défense: inauguration à Berrechid de l’usine de blindés WhAP 8×8

Ce réarmement parallèle ne s’inscrit pas uniquement dans une rivalité frontalière classique, mais dans un environnement géostratégique transformé par la guerre en Ukraine, la recomposition des alliances en Afrique du Nord et la compétition énergétique.

Rabat mise sur la « puissance intelligente »

Le Maroc, engagé dans un repositionnement international fondé sur les partenariats technologiques, la cybersécurité et les alliances stratégiques multilatérales, cherche à bâtir une capacité militaire autonome et durable. Objectif: réduire la dépendance externe, renforcer la dissuasion de précision et consolider son rôle régional en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

À l’inverse, l’Algérie, longtemps adossée au parapluie militaire russe, maintient une logique d’accumulation d’armements lourds, privilégiant l’effet de masse et l’équilibre de la peur. Cette stratégie, héritée de la doctrine soviétique, repose moins sur l’innovation que sur la capacité à aligner une force conventionnelle numériquement imposante, quitte à peser lourdement sur les finances publiques.

Ces deux trajectoires illustrent donc non seulement un choix militaire, mais un choix de modèle d’État: ouverture technologique contre dépendance militaro-industrielle russe; long terme contre immédiateté; rationalisation économique contre hypertrophie sécuritaire.

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