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Maroc: la Banque mondiale fait planer le spectre d’une retraite à 70 ans
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Dans un rapport récent, la Banque mondiale alerte sur l’urgence de réformer les systèmes de retraite dans la région MENA, où le vieillissement accéléré des populations met à rude épreuve la viabilité des caisses. Le Maroc, déjà engagé dans plusieurs réformes, pourrait être poussé à relever l’âge légal de départ jusqu’à 70 ans.
Le rapport de la Banque mondiale intitulé « Adopter et façonner le changement : le capital humain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à un tournant évolutif » dresse un constat sans appel : la région connaît la transformation démographique la plus rapide au monde. L’espérance de vie moyenne y atteint désormais 74 ans, tandis que l’âge effectif de départ à la retraite reste à 54 ans en moyenne.
Selon les projections, la population des plus de 65 ans devrait être multipliée par 2,5 dans les trois prochaines décennies, accentuant les pressions sur les systèmes de retraite et de santé.
Le cas marocain: réformes inachevées
Au cours de la dernière décennie, le Maroc a entrepris plusieurs ajustements en adoptant le « triangle maudit« :
- Le relèvement progressif de l’âge de la retraite pour atteindre progressivement 63 ans (le gouvernement étudie également de nouvelles réformes pour augmenter l’âge légal de la retraite à 65 ans) ;
- Le durcissement des conditions d’accès aux pensions avec une baisse des pensions dans le secteur public notamment le régime des pensions civiles (RPC) (l’âge de départ à la retraite a été progressivement relevé d’un semestre par an pour atteindre 63 ans, selon la réforme paramétrique de 2016).
- Réorganisation des caisses de retraite avec une augmentation des cotisations
Mais pour la Banque mondiale, ces mesures restent insuffisantes. L’institution de Bretton Woods estime que seul un relèvement jusqu’à 70 ans pourrait garantir la soutenabilité des régimes, en raison de l’espérance de vie en bonne santé, évaluée à 63,7 ans en 2019. Autrement dit, les Marocains peuvent théoriquement travailler plus longtemps.
Des défis sociaux et économiques majeurs
Une telle réforme ne va pas sans heurts. Plusieurs écueils se posent :
- Chômage des jeunes : relever l’âge de la retraite pourrait réduire encore davantage l’accès des nouvelles générations au marché du travail.
- Inégalités sectorielles : dans les métiers pénibles (bâtiment, agriculture, transport…), prolonger l’activité jusqu’à 70 ans relève du défi.
- Culture du départ anticipé : nombre de salariés et de fonctionnaires considèrent la retraite précoce comme un acquis social.
Pour être socialement acceptable, toute réforme devrait être progressive et flexible, intégrant des dispositifs comme le temps partiel, le travail aménagé ou l’adaptation des postes aux capacités des seniors.
Une réforme globale plutôt qu’une mesure isolée
La Banque mondiale insiste : relever l’âge de départ ne peut suffire. Il faut inscrire cette réforme dans une stratégie intégrée qui combine également le renforcement de la prévention et de la santé des seniors, le développement de modes de travail flexible, la mise en place d’assurances dépendance et de systèmes de soins de longue durée et une réorganisation du marché du travail pour réduire les discriminations liées à l’âge.
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Entre la nécessité de préserver l’équilibre des caisses de retraite et l’obligation de protéger les générations futures, le Maroc se retrouve face à un choix politique difficile. Selon la BM, reculer l’âge légal à 70 ans pourrait être inévitable pour éviter l’effondrement du système, mais sans réformes sociales et économiques d’accompagnement, une telle mesure risque de provoquer un rejet massif.
