Le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir procédé à la suspension d'un Caïd au niveau…
Marrakech: l’AMDH dénonce une vague de corruption
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La section de Marrakech de l’AMDH dénonce un système de malversations dans les secteurs du foncier, des marchés publics et de la fiscalité, et appelle à des audits et poursuites judiciaires.
La ville de Marrakech est au cœur d’un grave scandale de corruption financière et administrative, selon une alerte lancée lundi par la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH – section Menara).
Dans un communiqué incisif, l’organisation dénonce une généralisation inquiétante de pratiques illégales dans des secteurs stratégiques, allant du foncier à la fiscalité, en passant par les équipements publics.
L’association pointe du doigt des élu(es) et hauts fonctionnaires accusés d’avoir détourné des ressources publiques à des fins personnelles, en complicité avec des lobbys immobiliers, dans une impunité totale et un silence suspect des organes de contrôle.
Une élue gouvernementale au cœur des soupçons
Parmi les cas emblématiques cités : une élue exerçant également une fonction ministérielle, accusée d’avoir manipulé des changements de classification foncière pour des intérêts privés, bénéficié d’exemptions fiscales injustifiées, et exercé des pressions illégales sur des fonctionnaires refusant de suivre des ordres contraires à la loi.
L’AMDH dénonce également de graves irrégularités dans la gestion de la société publique Al Omrane, notamment dans le cadre du projet immobilier « El Ghali ». Celui-ci aurait été cédé pour 31 millions de dirhams, dont seulement 3 millions ont été effectivement versés, sans qu’aucun éclaircissement ne soit apporté sur le reste du montant.
L’association accuse l’établissement de favoritisme, clientélisme, et négligence, dans des programmes d’habitat social entachés de fraudes et d’escroqueries touchant des centaines de bénéficiaires.
Marchés modèles et infrastructures à l’abandon
Les marchés modèles des quartiers El Azzouzia et Hay Mohammadi seraient eux aussi gangrenés par des manipulations dans les listes de bénéficiaires et une délégation de gestion à des associations illégitimes, entraînant leur fermeture et la privation de revenus pour des centaines de commerçants.
Pire encore, la gare routière flambant neuve d’El Azzouzia, achevée depuis plus de deux ans après avoir englouti 120 millions de dirhams, reste fermée et inutilisée, dans un climat de soupçons liés à des changements de plans et à des attributions douteuses.
Administration fiscale sélective ?
La direction régionale des impôts est, elle aussi, montrée du doigt pour des exemptions fiscales “opaques” accordées à des individus spécifiques, tandis que les citoyens se voient imposer des restrictions illégales à l’accès au service public, sans qu’aucune justification ne soit apportée.
Face à ce tableau accablant, l’AMDH estime qu’il s’agit d’atteintes graves aux droits économiques et sociaux et d’une dilapidation systémique de fonds publics. Elle appelle à :
- L’ouverture immédiate d’enquêtes judiciaires et administratives indépendantes
- L’application des sanctions prévues par le Code pénal et les engagements internationaux du Maroc contre la corruption
- L’audit technique et financier intégral de la société Al Omrane
- La reddition de comptes sur les dossiers liés à l’urbanisme, au foncier, aux infrastructures publiques, aux marchés et à la propreté urbaine
- La révision de la gestion de la direction régionale des impôts
L’association a également affirmé sa détermination à suivre ces dossiers jusqu’au bout, afin de protéger les deniers publics, restaurer la transparence et redonner à Marrakech la gestion éthique et équitable qu’elle mérite.
Le ministère de l’Intérieur suspend un Caïd
Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a annoncé lundi soir avoir procédé à la suspension d’un Caïd au niveau de la Préfecture de Marrakech pour son implication présumée dans un délit de corruption.
Dans un communiqué, le ministère explique que cette décision, qui procède de son attachement à la déontologie de la fonction publique et s’inscrit dans le cadre du suivi quotidien de l’action des agents de l’autorité, fait suite à l’ouverture d’une investigation judiciaire, sous la supervision du Parquet général compétent, pour l’implication présumée de l’intéressé dans un délit de corruption.
Des mesures administratives appropriées seront prises à son encontre, conformément aux lois et règlements en vigueur, sur la base des résultats de l’enquête et de la procédure judiciaire, conclut le communiqué.
