Moncef Marzouki: «Le régime algérien entrave le rapprochement des peuples maghrébins» (vidéo)

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Moncef Marzouki : «L’Algérie freine le rapprochement maghrébin et a rejeté mon initiative»
L’ancien président tunisien, Moncef Marzouki, dans un entretien avec la chaîne Almagharibia TV © DR.

L’ancien président tunisien Moncef Marzouki a affirmé ce week-end que le régime algérien est l’un des principaux obstacles à l’intégration des peuples du Maghreb.

Interpellé sur l’intégration maghrébine, Marzouki a affirmé dans un entretien avec la chaîne Almagharibia TV que les peuples du Maghreb sont parmi les moins intégrés au monde. L’ancien président tunisien (2011-2014) a souligné que toutes les régions du monde – qu’il s’agisse de l’Europe, de l’Asie ou de l’Afrique – ont réussi à s’intégrer et à élargir leur espace, à l’exception de la région du Maghreb.

Neutralité tunisienne

L’ancie chef d’Etat a également évoqué la crise actuelle entre le Maroc et son pays, rappelant qu’en tant que président, il avait adopté une politique de neutralité entre Rabat et Alger, conformément à la tradition instaurée par Habib Bourguiba et Zine el-Abidine Ben Ali. Selon lui, cette approche a été abandonnée par Kaïs Saïed, qu’il accuse d’avoir détérioré les relations avec le Maroc.

«Quand je suis devenu président, l’orientation générale de l’Etat tunisien était la suivante: il y a une lutte entre deux frères, nous n’intervenons pas, mais nous essayons de les réconcilier de la meilleure des manières. Nous ne prenions pas position en faveur du Maroc ou de l’Algérie; nous nous contentions de les réconcilier. C’était la position de Habib Bourguiba (1957-1987), de Zine el-Abidine Ben Ali (1987-2011), et la mienne, celle de l’Etat tunisien», a-t-il affirmé.

Kaïs Saïed déroge à la règle

«Avec l’arrivée de ce putschiste, qui a brisé cette règle de la diplomatie tunisienne, il en est le seul responsable», a ajouté Marzouki, faisant référence au président Kaïs Saïed. Et d’estimer que cette rupture diplomatique est temporaire et que la Tunisie reviendra à sa position traditionnelle une fois Kaïs Saïed écarté du pouvoir: «En tout cas, il va partir et la Tunisie retournera à la même politique de rapprochement des points de vue entre les deux frères, sans se ranger du côté de l’un ou de l’autre.»

Marzouki raconte qu’il était convaincu qu’«on ne pouvait pas résoudre le problème (le conflit maroco-algérien, NDLR)», affirmant: «Je me suis dit qu’il fallait contourner ce problème via mon initiative sur les cinq libertés pour les Maghrébins».

L’initiative sur les cinq libertés

«Je suis parti vers les frères algériens, marocains, libyens et mauritaniens en disant: ouvrons cette fenêtre en attendant de résoudre le problème politique. C’était une sorte de bouffée d’oxygène pour nos citoyens», afait savoir Marzouki, détaillant les cinq libertés sur lesquelles reposait son initiative. A commencer par la liberté de circulation, en permettant aux citoyens maghrébins de voyager sans restrictions. Ensuite, la liberté de propriété autorise l’acquisition de biens immobiliers dans n’importe quel pays de la région. La troisième liberté concerne le droit de résidence dans tout pays maghrébin, tandis que les deux dernières sont la liberté de travail et le droit de vote aux élections municipales.

L’Algérie, trouble-fête

Le leader politique condamné par contumace à 8 ans de prison a rappelé que son initiative visant à favoriser le rapprochement entre les pays du Maghreb a été acceptée par le Maroc, la Mauritanie et la Libye, mais refusée par l’Algérie.

L’ancien militant des droits de l’homme a expliqué que cette initiative visait à renforcer la coopération entre les peuples maghrébins sans aborder les questions de discorde, notamment le conflit algéro-marocain et la question du Sahara, qui aurait été reportée à une phase ultérieure.

Toutefois, l’Algérie a conditionné tout rapprochement à la résolution préalable de ce dossier, empêchant ainsi la concrétisation du projet. Alors que le Maroc, la Mauritanie et la Libye avaient donné leur accord, l’Algérie s’y est opposée, freinant ainsi le projet.

Soutien au plan d’autonomie

Il convient de rappeler que Marzouki avait qualifié, dans une interview accordée à la chaîne tunisienne Canal 22, les relations actuelles entre le Maroc et la Tunisie de «catastrophiques» après l’accueil réservé par Kaïs Saïed à Brahim Ghali lors du sommet TICAD 8 réunissant le Japon et les pays africains. Il considérait cet accueil comme une forme de «marchandage» avec l’Algérie, qui l’a imposé à Kaïs Saïed.

Cette décision relève d’une «compromission» avec l’Algérie, selon Marzouki, qui affirme que cette prise de position a accentué les tensions au Maghreb et alimente l’idée de la création d’un «sixième État» dans la région, une perspective qu’il rejette fermement.

Marzouki soutient que l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara représente une véritable opportunité pour les Sahraouis de gouverner leur territoire au sein du Maroc et d’un Maghreb uni, plutôt que de rester indéfiniment dans les camps de Tindouf. «Cela fait cinquante ans que nous affrontons ce problème alors que nous pouvons le résoudre politiquement», a-t-il conclu dans son récent entretien avec Almagharibia TV.

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