Un juge brésilien a autorisé vendredi la sortie de prison de l'ex-président Lula, qui va…
Niger: les services secrets marocains œuvrent pour la libération de l’ex-président Bazoum
Publié le
Les services de renseignements extérieurs marocains sont engagés dans une médiation pour la libération de l’ex-président du Niger, Mohamed Bazoum, selon Africa Intelligence.
Dans une grande discrétion, la Direction générale des études et de la documentation (DGED) aurait engagé des négociations avec les autorités militaires de Niamey depuis septembre dernier pour obtenir la libération de l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum, est détenu depuis plus d’un an, rapporte le site réputé proche des services extérieurs français Africa Intelligence.
Selon la même source, des négociations ont été menées entre la DGED et le gouvernement militaire nigérien, pour la libération de l’ex-président renversé en juillet 2023 et emprisonné avec sa femme dans le palais présidentiel depuis lors. Ces discussions se poursuivent, sous la direction du patron du renseignement extérieur marocain, Mohamed Yassine Mansouri.
Le Roi Mohammed VI aurait donné son aval pour cette initiative et est régulièrement informé de son avancée, selon Africa Intelligence, qui précise que les pourparlers ont commencé il y a cinq mois dans une totale confidentialité. La DGED a envoyé au moins deux délégations à Niamey, dont la première en mi-septembre, pour présenter les contours de la médiation auprès des généraux du Conseil national pour la protection de la patrie (CNPP).
Exil au Maroc
Ces discussions ont été menées avec les services de sécurité nigériens, notamment la direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure.
Au cours de la seconde mission, quelques semaines plus tard, un groupe de la DGED a rencontré le président de la transition, le général de brigade Abdourahamane Tchiani.
Rabat a proposé un plan selon lequel Mohamed Bazoum serait transféré au Maroc dès sa libération. Avant de soumettre cette offre, précise le média français, le Maroc s’est assuré du consentement du fils de l’ancien chef d’Etat, Salem Bazoum. Résidant aux Émirats arabes unis, ce dernier avait été détenu avec son père, mais a été libéré en janvier grâce à la médiation togolaise.
Craintes de Niamey
Africa Intelligence anticipe que cette proposition pourrait être bien accueillie par le régime de Niamey, qui s’oppose fermement à l’idée de permettre à Mohamed Bazoum de se rendre dans un autre pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Cependant, plusieurs facteurs suscitent des inquiétudes du côté de Niamey, notamment la crainte que Mohamed Bazoum ne reprenne ses activités politiques, soutenu par des chefs d’État de la CEDEAO. Pour apaiser cette crainte, Rabat a rassuré Niamey en précisant que l’accord pourrait inclure des conditions strictes de résidence surveillée pour l’ex-président, l’interdisant de toute déclaration publique sur la politique au Niger.
Lors de leurs différentes missions à Niamey, les agents de la DGED n’ont pas eu accès à Mohamed Bazoum, précise Africa Intelligence. Le général Tchiani aurait refusé jusqu’à présent d’accorder des concessions concernant les conditions de détention de l’ex-président, lesquelles se sont détériorées avec le temps, malgré les tentatives de médiation.
En mars dernier, juste avant le mois de Ramadan, le CNPP a envisagé la mise en résidence surveillée de Mohamed Bazoum à Niamey, mais cette option a été annulée en raison des divisions internes et des inquiétudes au sein du Conseil, qui sont exacerbées par un climat de méfiance et de paranoïa depuis le coup d’État de juillet 2023, rappelle la même source.
Rôle croissant du Maroc au Sahel
À la demande du général Tchiani, le CNPP a sollicité le soutien des services de renseignement marocains pour coordonner avec le Togo, dirigé par Faure Gnassingbé, qui entretient des relations privilégiées avec les conseils militaires de la région du Sahel. Fin 2023, Lomé avait déjà facilité une première médiation qui a permis la libération du fils Salem Bazoum en janvier. Pour l’instant, le Maroc n’a pas discuté directement avec le Togo sur cette question, précise Africa Intelligence.
Selon le média, le transfert de Mohamed Bazoum au Maroc serait un véritable succès diplomatique pour le Royaume. Cela renforcerait son influence dans la région du Sahel, un territoire stratégique où l’Algérie, son grand rival, perd progressivement son emprise, notamment en raison des coups d’État successifs, à commencer par celui du Mali dirigé par Assimi Goïta.
Paris loue la démarche marocaine
Le même site rappelle que le Premier ministre nigérien, Ali Amine Zeine, a effectué une visite officielle à Rabat en novembre, après une première en février. Dans la même veine, le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, maintient des contacts réguliers avec son homologue nigérien, Bakary Yaou Sangaré.
Africa Intelligence souligne que le Maroc cherche à renforcer son rôle de médiateur régional clé auprès des services de renseignement occidentaux, notamment à travers ses efforts pour libérer l’ex-président nigérien.
La DGED a informé la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française de ses démarches dès le début. Paris, dont l’influence dans la région est en déclin, regarde d’un bon œil cette initiative marocaine, conclut la même source.
