Performances de l’économie marocaine: l’essentiel de 2024 en 10 points

Publié le
Economie Maroc août 2025
la note fait ressortir que la valeur ajoutée agricole a progressé de +4,5 % au T1-2025,

En 2024, l’économie marocaine a connu une année contrastée, mêlant succès et difficultés. La croissance, les défis agricoles, la hausse des prix des produits de grande consommation et la mise en place de nouvelles stratégies marquent un tableau complexe de la situation économique du pays.

Des agrégats économiques en demi-teinte

En 2024, les agrégats économiques du Maroc ont présenté un tableau contrasté. Selon le HCP, l’économie nationale a connu une croissance de 4,3% au 3ème trimestre. Cela dans un contexte où le déficit budgétaire s’établit à un peu plus de 50 milliards de dirhams. Certes en atténuation comparé à 2023, il reste tout de même élevé. En ce qui concerne les échanges extérieurs de biens et services, l’on s’achemine vers une contribution négative à la croissance économique, se situant à (-2,5) points au lieu de (-1,6) points une année passée. Le chômage également est passé à 13,6% alors qu’il était à 13,5% l’an passé, tandis que l’inflation a été maîtrisée malgré des fluctuations. La Banque centrale a progressivement ramené le taux directeur à 2,5% pour stabiliser l’économie face aux défis.

 

Un secteur agricole affaibli, impactant la performance économique globale

Le secteur agricole marocain a souffert en 2024, principalement en raison de conditions climatiques défavorables. Le taux de remplissage des barrages, à 28,7%, reste critique, ce qui a conduit à mettre en place une allocation de 14 milliards de dollars pour contrer le stress hydrique et lancer des chantiers d’envergure comme l’autoroute de l’eau, ainsi que divers projets de dessalement. En outre, le gouvernement a mis en place des programmes de soutien, tels que l’irrigation de complément et le semis direct, visant à stabiliser la production agricole. Cependant, bien que les exportations agricoles et agroalimentaires aient progressé de 2,9%, cette croissance ne compense pas les faiblesses internes du secteur, qui continue de peser sur la performance économique globale.

Lire aussi : Maroc: rétrospective des principaux événements politiques en 2024

 

Hausse des prix des produits de grande consommation

En 2024, les prix des produits de grande consommation ont subi des hausses allant de modérées à élever, notamment l’huile d’olive, la viande rouge et la volaille. L’huile d’olive, désormais l’or vert, a connu une progression significative, avec des hausses atteignant jusqu’à 50% sur une période d’un an. Actuellement, le prix se situe autour de 100 DH par litre et pourrait atteindre jusqu’à 150 DH dans les semaines à venir. Idem pour la viande rouge et la volaille. Ces hausses, attribuables à une combinaison de facteurs, y compris la demande croissante, les coûts de production élevés et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement, ont entraîné l’intervention de l’État à travers des mesures alliant une ouverture à l’import et une exonération de droits douaniers. Le HCP relève 30 milliards de produits prêts à la consommation l’année écoulée.

 

Réduction des charges de compensation

Le gaz butane, le sucre et le blé ont fait l’objet d’une décompression concernant l’enveloppe allouée à leur compensation. Visant à soutenir les dépenses des ménages, les charges liées à ces produits se sont avérées, au fil des ans, un boulet pour l’État, notamment pour ce qui concerne la bonbonne de gaz dont la volatilité à l’international a alourdi la note. L’État a donc compressé légèrement la charge de compensation de ces trois produits. C’est à peu près une dotation globale de 16,357 milliards de dirhams qui a été destinée à soutenir les prix du gaz butane, du sucre et de la farine de blé tendre. Cette mesure vise à rationaliser les dépenses publiques et à encourager l’adoption de solutions énergétiques plus durables. Comme conséquence directe, le prix de la bonbonne de 12 kg est passé de 40 dirhams à 50 DH à la vente, faisant grincer des consommateurs.

adesina fettah bad maroc (2)
La ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, et le président de la BAD, Akinwumi Adesina. ©Ministère de l’Economie et des Finances

Lancement de la stratégie Maroc Digital 2030

La stratégie Maroc Digital 2030 a été lancée en septembre 2024, avec pour objectif de transformer l’économie numérique du pays. Cette initiative vise à positionner le Maroc comme hub numérique en Afrique. Elle prévoit de créer 240 000 emplois directs dans le secteur numérique et de contribuer à hauteur de 100 milliards de dirhams au PIB. Elle a pour but de former 100 000 jeunes par an, d’améliorer le classement mondial du Maroc en e-administration (1er en Afrique et 50e mondial) et de numériser des secteurs prioritaires tels que la santé et l’éducation. La stratégie met également l’accent sur le soutien aux start-ups, dont elle veut porter le nombre à 3 000 en perspective d’en voir émerger une à deux licornes, en misant sur l’innovation. Les moyens incluent un portail unique pour les démarches administratives, une offre diversifiée de services cloud et l’élargissement de la couverture internet avec la 5G.

Lancement de Dâam Sakane, le programme d’aide directe au logement

En 2024, le Maroc a lancé le programme Daam Sakane, une initiative d’aide directe au logement destinée aux ménages à faibles revenus ou modestes. Le programme propose à cet effet deux paniers de prix, une aide de 100 000 dirhams pour l’acquisition de biens inférieurs ou égaux à 300 000 DH, ou de 70 000 DH pour un bien immobilier dans la fourchette de 300 à 700 000 DH. Comme condition pour souscrire à l’offre, il faut être Marocain résidant au Maroc ou à l’étranger, ne pas être propriétaire au Maroc et n’avoir jamais bénéficié d’une aide au logement. Les subventions et prêts accordés dans ce cadre le sont à taux réduits, contribuant ainsi à réduire le déficit en logements et à améliorer les conditions de vie.

Le secteur touristique : un record après l’autre

Le secteur touristique marocain a enregistré des performances record en 2024. Le nombre de visiteurs a atteint un niveau sans précédent, grâce à des campagnes de promotion efficaces et à l’attractivité des destinations marocaines. En chiffres, cela donne 15,9 millions d’arrivées au terme des onze premiers mois de l’année, soit une croissance de 19,8% en glissement annuel. S’agissant des nuitées réalisées dans les établissements d’hébergement classés, leur volume s’est consolidé de 10,3% au terme des dix premiers mois de 2024, dépassant les 24,1 millions de nuitées. Du côté des recettes touristiques, elles ont atteint 96,9 milliards de dirhams à fin octobre 2024, en consolidation de 9,3% en glissement annuel. Quelques 32% de ces touristes, à dominance anglaise (47%), sont venus par voie aérienne et 29% de ceux-là ont atterri à l’Aéroport Menara de Marrakech, confirmant ainsi l’attrait touristique de la ville.

Lire aussi : Maroc: les 10 plus fortes capitalisations boursières en 2024

Redynamisation de la coopération économique avec la France

Annoncée puis reportée, avant d’être annulée, la visite du président français Emmanuel Macron a finalement eu lieu du 28 au 30 octobre. Sur fond de dégel politique, cette visite a servi de cadre pour réaffirmer le partenariat d’exception qui lie Rabat et Paris. Entre accords institutionnels et ententes privées, l’on compte pour plus de 100 milliards d’investissements. Le président français, et son hôte le Roi Mohammed VI ont personnellement présidé une partie de ces accords. L’autre partie s’est faite lors des rencontres entrepreneuriales qui se sont déroulées à cette occasion. Au nombre des secteurs ciblés, les énergies renouvelables, avec des perspectives d’investissement dans les provinces du Sud.

Augmentation des IDE et baisse des IDME

2024 a terminé sur un bond prodigieux des flux nets des investissements directs étrangers (IDE) et un recul des investissements directs marocains à l’étranger (IDME). En effet, à fin novembre 2024, le Maroc a enregistré 39,637 milliards de DH de recettes d’IDE, soit plus de 30% de plus que le solde en glissement annuel. Les dépenses se sont limitées à 15,826 milliards de DH, occasionnant un flux net d’IDE de 182%. Cette augmentation peut être liée aux effets directs de la nouvelle charte d’investissement qui, après son lancement en 2023, réalise un bilan prometteur dès sa première année expérimentale. Et ce, grâce à un environnement des affaires amélioré, des incitations fiscales attractives et des projets d’infrastructure ambitieux. Ces IDE ont contribué à la création d’emplois, au transfert de technologie et au renforcement des capacités industrielles du pays. Par contre, les IDME ont accusé un net recul de 7%, se situant à près de 22 milliards de DH contre 23,643 milliards de DH 12 mois auparavant. Le flux net sur ce point enregistre un solde négatif de 28,5%.

Cryptomonnaie : changement de cap

De 2017 à 2024, l’eau a coulé sous les ponts, si bien que la Banque centrale a opéré un retournement à 180%. Après avoir à maintes reprises interdit l’usage des cryptomonnaies, la Banque centrale a finalement opté pour la régulation en lieu et place de l’interdiction. Les derniers jours de 2024 auront permis au Wali de Bank-Al Maghrib de multiplier les sorties sur le cadre réglementaire en préparation pour inscrire le Maroc sur le chemin des nations dans le “mood” de la cryptomonnaie. Selon les experts et spécialistes de la blockchain, cette “réhabilitation” des crypto actifs aura l’avantage de stimuler l’innovation et l’inclusion financière. Cette nouvelle approche vise à attirer les investissements dans le secteur des technologies financières et à positionner le Maroc comme un hub régional de la cryptomonnaie.

L’année 2024 se révèle donc être une période charnière pour le Maroc, oscillant entre consolidation des acquis et nécessité de réformes profondes pour assurer un développement durable et inclusif.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Performances de l’économie marocaine: l’essentiel de 2024 en 10 points

S'ABONNER
Partager
S'abonner