On connaît désormais les délégations étrangères qui seront présentes au 9e congrès du Parti justice…
9e Congrès: le PJD face au défi de renouvellement de son élite
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Le Parti Justice et Développement (PJD), encore meurtri par le séisme électoral de 2021, se prépare à tenir son 9ᵉ congrès national ce week-end dans un climat chargé: divisions internes, retour pressenti de Benkirane, débats non résolus sur la normalisation, et incapacité persistante à renouveler sa vision politique et ses élites.
Après être passé du statut de leader de la scène politique – avec près d’un tiers des sièges de la première chambre du Parlement (125/395) – à celui de « lanterne rouge » avec seulement 13 sièges lors de l’actuelle mandature, le PJD tente aujourd’hui de raviver sa flamme et de retrouver un peu de son éclat d’antan. Un pari risqué, surtout lorsque l’orientation générale au sein de la mouvance conservatrice semble vouloir faire du neuf avec du vieux.
Benkirane, favori incontesté… faute d’alternative !
Confiant en sa capacité à inverser la vapeur, les militants du PJD semblent converger vers un maintien d’Abdelilah Benkirane à la tête du parti. Selon plusieurs sources internes concordantes, l’ancien chef du gouvernement est le favori numéro un pour un quatrième mandat , «sauf surprise si jamais il décidait de faire une volte-face de dernière minute», nuance un dirigeant de premier plan.
«Les membres sont confiants en son aptitude à redonner vie au parti. Il a cette capacité de mener les troupes. En plus d’être populaire au sein du parti et chez les Marocains, il a déjà conduit le parti dans deux campagnes électorales très réussies en 2011 et 2016, ainsi que lors des communales de 2015», explique ce même dirigeant.
Outre Benkirane, d’autres figures émergent comme alternatives potentielles pour prendre les rênes du parti. L’ancien Chef du gouvernement lui-même a évoqué, lors d’une conférence du comité préparatoire du congrès, les noms de Idriss Azami Al Idrissi, ancien ministre délégué chargé du budget et président du Conseil national, ainsi que celui de Abdellah Bouanou, président du groupement parlementaire à la Chambre des représentants.
Hémorragie militante
Entre une hémorragie interne – avec le départ de près de la moitié des adhérents après le séisme électoral du 8 septembre 2021 (passant de plus de 40 000 à environ 20 000 membres) – et la pression externe marquée par des événements régionaux comme la guerre à Gaza, le PJD navigue entre vents contraires. La question de la «normalisation» avec Israël, signée par l’ancien secrétaire général Saad Dine El Otmani, continue de peser lourdement sur la formation politique.
«Ce n’est pas seulement le départ des cadres de premier plan, comme les anciens ministres Mustapha Ramid , Aziz Rabbah , Abdelkader Amara ou Mohamed Najib Boulif , mais aussi celui de milliers de militants. Le parti a perdu plus de 60 % de ses adhérents avant de retrouver un certain équilibre avec le retour de Benkirane, deux mois après le désastre électoral», reconnaît une source proche du parti.
Spectre de la «normalisation»
En parallèle, le spectre de l’accord tripartite Maroc-USA-Israël, connu sous le nom d’accord de «normalisation», plane toujours sur le parti. L’ancien secrétaire général Saad Dine El Otmani , souvent pointé du doigt par les membres du parti et par le courant anti-normalisation au sein de la société, devrait être amené à fournir des explications sur les circonstances de la signature devant les congressistes.
La pression exercée par Benkirane dans plusieurs de ses sorties médiatiques n’a fait qu’amplifier les attentes. «On espère que Ssi Saad sera présent samedi prochain. Certes, la signature de l’accord tripartite est un choix souverain de l’État, mais sa prise de parole pourrait aider le parti à panser ses blessures», souligne une source interne.
Besoin de restructuration
Le PJD espère, à travers ce congrès, redynamiser ses structures et préparer sérieusement les élections de 2026, où il ambitionne de revenir sur le devant de la scène après la défaite historique de 2021. Mais le parti parviendra-t-il à surmonter ses divisions ? Et la remontée de Benkirane suffira-t-elle à ressusciter sa dynamique politique ?
Dans un post intitulé «Résumé des résumés» , le dirigeant du parti Abdelali Hamieddine a souligné que «le besoin de reconstruction dépasse celui de réhabilitation».
«Les causes internes et externes qui ont contribué au revers du parti et à la régression de sa présence dans la sphère politique et sociale ne se sont pas arrêtées aux élections de 2021, mais se sont prolongées bien au-delà», écrit-il, soulignant que «le parti n’a pas encore retrouvé pleinement sa vitalité, car il n’a pas entrepris les examens et diagnostics nécessaires pour identifier la source du malaise et la cause du dysfonctionnement».
Une crise pas encore surmontée
Pour ce spécialiste des sciences politiques, au sein du PJD règne toujours une crainte de faire un diagnostic profond. «C’est pourquoi le parti est encore dans une phase de gestion de crise, sans avoir pu la surmonter», met-il en lumière.
Toutefois, du point de vue de ce politologue, des événements régionaux majeurs, comme la répression à Gaza, ont permis au parti de se repositionner dans le bon sens de l’histoire et de retrouver sa place naturelle en tant que parti solidaire de la cause palestinienne. De même, poursuit-il, le débat autour du Code de la famille a permis au PJD de réaffirmer ses positions fondamentales fondées sur sa référence islamique, regagnant ainsi une partie de sa base populaire conservatrice.
Besoin urgent de renouvellement de l’élite historique
Hamieddine reconnaît que le parti reste dépourvu «d’une vision claire et convaincante, capable de dépasser les erreurs et obstacles du passé». Il y a, dit-il, une persistance à recycler des discours usés, s’appuyant sur la répétition de glorieux souvenirs, alors que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts – du parti, de l’État, de la société, et du climat régional et international.
En résumé, selon lui, le parti a besoin de: Reconstruire sa relation avec le pouvoir sur de nouvelles bases ; Rebâtir ses liens avec les acteurs politiques et syndicaux ; Réviser son lexique politique, en intégrant une défense forte de la démocratie, de la liberté, de la justice, des droits humains, de la pluralité, de la lutte contre la corruption, les conflits d’intérêts et les lobbys ; Adopter des causes sociales et économiques de proximité, en plaidant pour les véritables préoccupations des citoyens ; Réconcilier le parti avec les élites et les intellectuels; Mais surtout envisager un nouveau rôle pour son élite historique et pourquoi pas son remplacement.
Dans une intervention au podcast «Bi Sigha Okhra» (Autrement dit), le professeur universitaire s’est joint à des voix comme celles de Bilal Talidi et Amina Maelainine, appelant au renouvellement de la classe dirigeante du parti dans un nouveau climat organisationnel. Ce renouveau serait non pas un choix, mais une nécessité historique pour garantir la pérennité et l’alignement du projet réformateur avec les réalités actuelles et les défis futurs.
