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Abdellatif Ouahbi accusé de fraude après un don immobilier à son épouse
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Une polémique fiscale secoue le sommet de l’État. Les aveux publics du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, sur une villa offerte à son épouse sans déclaration de sa vraie valeur, ont provoqué un tollé. Le gardien des sceaux marocain est dans une nouvelle tourmente.
Les révélations autour d’une transaction immobilière impliquant Abdellatif Ouahbi, ont déclenché une onde de choc politique et médiatique. Le ministre de la Justice, accusé d’avoir cédé une villa de luxe à son épouse à une valeur bien inférieure à sa valeur réelle –soulevant des soupçons de fraude fiscale, de conflit d’intérêts et d’abus de pouvoir–, persiste et signe, allant jusqu’à ne pas y voir de mal.
Une villa de luxe au cœur de la polémique
Selon des documents ayant fuité sur les réseaux sociaux, notamment Telegram et Facebook, et attribués au groupe de hackers « Jabaroot », Ouahbi a fait don en juillet 2024 à son épouse, Majda Kabbab, d’une villa située dans le très prisé quartier des Ambassadeurs à Rabat. La valeur déclarée lors de la transaction s’élèverait à seulement 1 million de dirhams, alors que le bien aurait servi, quelques mois plus tôt, de garantie pour un crédit bancaire de 11 millions de dirhams.
La disproportion entre les deux montants – un écart de plus de dix fois la valeur déclarée – soulève la question d’un possible contournement des droits d’enregistrement, censés s’appliquer à hauteur de 1,5 % de la valeur réelle du bien en cas de donation. Au lieu des 3,3 millions de dirhams attendus, seuls 300.000 dirhams auraient été versés à l’administration fiscale, selon les calculs effectués par des observateurs.
Ouahbi se défend : « Un geste de reconnaissance »
Bien que la fuite desdits documents l’ait placé au cœur d’un scandale mêlant questions fiscales, transparence patrimoniale et soupçons de favoritisme familial, Abdellatif Ouahbi a pris la parole lors d’une interview avec Hespress diffusée dimanche soir.
Face à la tempête médiatique, il a reconnu ne pas avoir déclaré la valeur réelle du bien. Toutefois, il a nié toute intention frauduleuse, qualifiant l’affaire de « manipulation orchestrée par une cinquième colonne ».
Il a, dans cet essai, tenté de justifier l’acte en évoquant la notion traditionnelle du « kadd wa saaya », un principe ancestral reconnaissant le travail domestique de l’épouse. « Elle m’a accompagné pendant 30 ans. Cette maison, c’est une reconnaissance. Elle le mérite », a-t-il déclaré, tout en affirmant que toutes ses propriétés sont déclarées chaque année.
Le ministre a également dénoncé une campagne de diffamation visant sa famille, mentionnant des rumeurs antérieures sur sa santé ou sa vie privée, et a promis de poursuivre en justice, une fois son mandat terminé, ceux qui relaient des “accusations sans preuve”.
Accusations d’impunité fiscale
Mais cette sortie médiatique n’a pas calmé les critiques. Ce lundi, la Fédération marocaine des associations de défense des droits des consommateurs (FMDDC) a publié un communiqué dans lequel elle dénonce un « abus de pouvoir manifeste » et une atteinte grave à l’éthique publique. L’organisation réclame l’ouverture immédiate d’une enquête et pointe également la passivité de l’administration fiscale.
« Les services des impôts disposent de bases de données actualisées sur les valeurs immobilières par quartier. Ignorer une telle sous-évaluation serait une complicité tacite », accuse la FMDDC, qui regroupe plus de 70 associations à travers le Royaume.
La Fédération avertit que le silence de la Direction générale des impôts (DGI) renforce l’impression d’un traitement à deux vitesses : « Cette affaire détruit les fondements de la justice fiscale et alimente le sentiment d’impunité ».
Benkirane appelle à la démission
L’affaire prend une tournure politique plus aigüe avec l’intervention du chef du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane. Dans une déclaration sur sa page Facebook, l’ancien chef de gouvernement accuse Ouahbi de « falsification de documents officiels » et de « fraude fiscale », en violation des articles 39 et 40 de la Constitution.
« Un ministre qui ment dans un document officiel soumis à l’administration fiscale pour sous-déclarer la valeur réelle d’un bien immobilier afin d’échapper à ses obligations fiscales viole ouvertement la Constitution, notamment ses articles 39 et 40 », tranche le leader politique, exigeant la reddition de comptes et un respect rigoureux des principes de l’État de droit.
La FGD interpelle le parquet
De son côté, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) a appelé le parquet à ouvrir une enquête judiciaire sérieuse et transparente sur ce qu’elle considère comme un potentiel conflit d’intérêts et un acte de corruption. La formation politique dénonce une « multiplication de cessions douteuses de biens immobiliers au profit de proches du pouvoir » et accuse le gouvernement de tolérer une culture de l’impunité.
Dans son communiqué, elle fait également référence à d’autres soupçons pesant sur des ministres en fonction, évoquant notamment des cas de spéculation foncière et d’usage abusif d’informations confidentielles à des fins d’enrichissement personnel.
Un symptôme d’une gouvernance fragilisée
Au-delà du cas Ouahbi, cette affaire ravive les critiques sur les pratiques de la haute administration et l’inefficacité des mécanismes de contrôle et de transparence. Pour de nombreux observateurs, il ne s’agit pas d’un simple incident isolé, mais bien d’un symptôme d’un système miné par les conflits d’intérêts, l’absence de reddition de comptes et une justice fiscale à géométrie variable.
Alors que le gouvernement vante sa volonté de réformer l’impôt, de moraliser la vie publique et de lutter contre la corruption, l’affaire Ouahbi risque de peser lourdement sur sa crédibilité. Le silence de la DGI, jusqu’ici, est interprété par certains comme un signe alarmant d’une administration sélective, prompte à sévir contre les citoyens ordinaires, mais indulgente avec les puissants.
