Pourquoi les jeunes Marocains continuent de bouder les politiques (sondage)

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Rassemblement du mouvement GenZ212 sur la place des Nations Unies ce jeudi 2 octobre à Casablanca
Rassemblement du mouvement GenZ212 sur la place des Nations Unies ce jeudi 2 octobre à Casablanca

Une récente enquête d’Afrobarometer révèle l’ampleur du fossé qui se creuse entre les 18‑35 ans et les politiques. Entre soupçons de corruption et désengagement électoral, la «génération Z» semble désormais privilégier la rue et les réseaux sociaux au bulletin de vote.

Ils représentent un tiers de la population et devraient, en théorie, constituer le moteur du Maroc de demain. Pourtant, jamais les jeunes Marocains n’ont paru aussi éloignés de leurs représentants. Selon la dépêche n°1150 d’Afrobarometer, le désamour est profond : à peine un tiers des 18‑35 ans accorde sa confiance au Parlement (37%), au Chef du gouvernement (33%) ou aux partis politiques (33%).

Si la méfiance est généralisée, elle s’enracine dans une perception aiguë de la corruption. Les jeunes se montrent nettement plus sévères que leurs aînés. Ils sont 33% à estimer que la plupart des conseillers municipaux sont corrompus (contre 26% chez les plus de 55 ans) et 32% à porter le même jugement sur les parlementaires.

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L’enquête établit un lien direct : plus la perception de corruption est élevée, plus la confiance s’effondre. Ainsi, chez les jeunes qui considèrent les responsables de la Primature comme corrompus, le taux de confiance chute à un maigre 9 %.

Un État de droit « théorique » ?

L’un des paradoxes de l’étude réside dans l’attachement des jeunes aux valeurs démocratiques, en décalage avec leur perception de la réalité. Plus de six sur dix (67%) estiment que le Premier ministre doit rendre des comptes au Parlement, et 63% jugent qu’il doit respecter les décisions de justice, même lorsqu’il les considère erronées.

Mais entre les principes et leur application, le fossé est large : seule la moitié des sondés estime que ces règles sont effectivement respectées par l’exécutif. Ce sentiment d’une redevabilité « de façade » nourrit un sentiment de marginalisation.

De l’urne au clic (et à la rue)

Conséquence logique de cette défiance : l’abstention. Seuls 40% des jeunes déclarent avoir voté lors des dernières législatives, contre 65% chez les plus âgés. Le contact direct avec les élus est quasi inexistant : seuls 6% disent avoir échangé avec un député.

Pour autant, cette jeunesse n’est pas dépolitisée. Elle déplace simplement les formes de son engagement. Plus connectés, les jeunes sont quatre fois plus nombreux que les seniors à publier des opinions politiques sur les réseaux sociaux (16% contre 4%) et deux fois plus enclins à descendre dans la rue pour manifester (8% contre 3%).

À l’heure où le cadre juridique des partis a été renforcé, le message envoyé par la rue et le Web est clair : pour les jeunes, la légitimité ne se gagne plus dans les bureaux, mais par l’intégrité et l’action concrète.

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