Maroc-Syrie: entre soutiens et traîtrises, l’ingratitude des Assad envers le Royaume

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L’ingratitude du régime Assad envers le Maroc: de la bataille du mont Cheikh au Sahara
Le roi Hassan II du Maroc accueille le président syrien Hafez el-Assad à l'aéroport de Rabat lors d'un sommet arabe le 26 octobre 1974 au Maroc. © Michel ARTAULT/Gamma-Rapho via Getty Images

La chute du régime Assad soulève des questions sur l’avenir des relations maroco-syriennes, mais rappelle aussi une longue histoire marquée par des divergences et des tensions, voire des traîtrises. Retour sur les coups de poignard les plus marquants du régime baassiste dans le dos du Maroc.

L’histoire des relations maroco-syriennes est truffée de trahisons. Depuis le début des années 1970, la relation entre le Maroc et le régime baasiste syrien a été asymétrique : le Maroc a multiplié les gestes fraternels, tandis que le régime syrien a souvent agi de manière ingrate.

«Je t’aime, moi non plus»

L’ancien ministre syrien des Affaires étrangères, Abdel Halim Khaddam, résume bien cette relation: «Nous combattions le Roi Hassan II, mais il nous soutenait contre Israël», selon le chercheur égyptien Hassan El Badaoui, auteur du livre Les relations Egypto-marocaines 1956-1981.

Khaddam, vice-président de Hafez El Assad à partir de 1984, expliquait que les relations entre la Syrie et le Maroc étaient tendues dans les années 1960 à cause de l’influence du mouvement Baas et du nationalisme arabe. Cependant, en 1972, ces relations se sont rétablies lorsque la Syrie a sollicité le soutien des pays arabes pour la guerre contre Israël. Lors de sa visite au Maroc, Khaddam a été surpris par l’accueil chaleureux du Roi Hassan II qui proposa d’envoyer des troupes marocaines pour soutenir la Syrie.

Enjeux politiques

Après cette visite et également celle du chef d’état-major des forces armées égyptiennes au cours de la guerre israélo-arabe de 1973, Saad el-Shazly, le 9 février 1973, Hassan II décida d’envoyer en outre des unités des Forces armées marocaines (FAR) stationnées en Libye dans l’attente d’une intervention au Sinaï égyptien, d’autres unités au Golan syrien. Le 22 février 1972, il en a fait l’annonce dans un discours.

À cette époque, le défunt Roi voulait «renouer avec la dimension arabe», explique l’ancien historien du royaume Hassan Aourid. Alors qu’il n’était pas très enclin au panarabisme qui transcendait le monde arabe en optant plutôt pour la dimension islamique dès 1969 avec la tenue à Rabat de la première conférence islamique à la suite de l’incendie criminel de la mosquée Al Aqsa à Al Qods (Jérusalem), Hassan II s’est senti trahi par le bloc occidental après les coups d’État de 1971 et 1972, en particulier par ce dernier fomenté par le général Oufkir, connu pour ses relations avec les pays occidentaux et Israël.

Guérilleros formés au camp syrien de Zabadani

Quelques jours après l’annonce de l’envoi d’un bataillon de 5 450 soldats, 30 chars tanks, 12 avions et 4 avions F-5, le Maroc a été secoué début mars par la «révolution avortée» ou les événements de Moulay Bouazza, du nom d’un village du Moyen Atlas près de Khénifra où «les héros sans gloire» (livre de Mehdi Bennouna), appartenant au Tanzim – organisation armée dépendant du parti UNFP – lancèrent une insurrection rapidement réprimée.

L’historien Mohammed Louma, ancien membre de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) et du Tanzim et auteur de La révolution avortée, est revenu dans un podcast du journaliste Ismail Azzam sur le rôle capital du président renversé par Hafez El Assad, Salah Jedid, dans la formation des militants antimonarchistes.

Le génie de Hassan II

Hassan II, connu pour son habilité en matière de relations internationales, faisait d’une pierre plusieurs coups en décidant de participer à la coalition arabe de huit pays qui allaient confronter Israël pendant la guerre du Ramadan.

Ainsi, il résorba d’épineuses questions aussi bien nationales qu’internationales: neutraliser la Syrie, qui soutenait ses ennemis internes, en finir avec les partisans de la lutte armée, et mettre de son côté Hafez El Assad, qui malgré son appartenance au Baas n’avait pas de passif avec le Maroc.

Le général Safrioui dirige l’expédition marocaine

Les préparatifs militaires pour envoyer des troupes marocaines en Syrie ont été lancés en mai 1973. Le général Abdessalam Safrioui a été nommé commandant de la mission marocaine, formée de près de 5 500 soldats, accompagnés de matériel militaire sophistiqué selon les normes de l’époque – selon plusieurs historiens, c’était le seul et unique bataillon de chars en possession du Maroc. Un défilé militaire a eu lieu à Rabat avant le départ des troupes, marquant un moment solennel pour le pays.

un défilé militaire a eu lieu à rabat avant le départ du bataillons marocain pour la Syrie pour participer à la guerre de 1973 contre Israel

Lors de la cérémonie, le roi Hassan II a exprimé sa fierté et son émotion en confiant le drapeau à la mission militaire et a prononcé un discours solennel soulignant l’importance de cette mission pour la cause arabe.

Le martyr Abdelkader El Allam

Abdelkader El Allam, né en 1926 à Sidi Kacem, fut l’un des officiers marocains les plus distingués. Après avoir survécu à l’échec du coup d’État de 1971, il fut envoyé en Syrie pour diriger une unité au Golan. Bien que le Maroc connaissait des tensions politiques internes, les troupes marocaines partirent dès que la décision fut prise.

abdelkader el allam

El Allam se distingua lors des combats, et selon plusieurs récits, il aurait failli capturer Moshe Dayan, alors ministre israélien de la Défense, avant de mourir au combat lors de l’attaque israélienne. Son corps fut enterré à Quneitra, en Syrie, où il repose parmi 170 martyrs marocains tombés au combat.

La bataille de Mont Cheikh

La participation marocaine à la guerre a suscité des débats en raison des lourdes pertes humaines. Selon des témoignages, des soldats marocains auraient été piégés par une offensive israélienne à cause d’une trahison interne, et plus de 170 soldats marocains sont morts lors de la bataille al-Shykh. D’autres sources affirment que des conspirations internes ont joué un rôle dans la lourde défaite.

hafez el assad rend visite aux soldats marocains pendant la guerre du ramadan 1973

Le général Safrioui a été critiqué par le roi Hassan II pour ne pas avoir informé le Maroc de la date exacte de l’attaque israélienne. Après la guerre, les soldats marocains tombés au combat ont été enterrés à Quneitra, où le roi Hassan II a rendu hommage à leurs sacrifices lors d’une visite en 1992.

L’historien Mohammed Louma, qui fut formateur des militants du Tanzim et diplômé de l’Académie militaire syrienne, et qui combatait aux côtés des Syriens pendant cette guerre, affirme que les soldats marocains ont été trompés par une brigade syrienne dirigée par un commandant druze surnommé Halawa – exécuté dès le lendemain par l’armée syrienne –, qui collaborait avec les Israéliens. Plusieurs sources s’accordent à affirmer que le nombre de soldats marocains tombés en martyrs ce jour-là sur le mont al-Shaykh s’élève à 170.

Les confessions d’un soldat jordanien

Dans une interview accordée à Arabi 21 en 2016, un ancien soldat jordanien ayant participé à la guerre de 1973 sur le front syrien, devenu professeur de mathématiques, raconte comment des soldats syriens ont trahi leurs camarades marocains sur le front syrien.

«Nous avancions fortement lorsque nous avons vu les tanks syriens se retirer sur ordre des commandants qui étaient alors au cœur de la bataille. Nous ne comprenions pas ce qui se passait et nous n’avions pas reçu d’ordre de retrait, mais nous avons vu les forces syriennes se retirer», a-t-il affirmé.

«Les forces marocaines étaient en première ligne. Elles ne pouvaient donc pas voir les forces syriennes se retirer et n’étaient pas informées de l’ordre de retrait», a précisé Abou Riad, expliquant que les soldats marocains ont donc continué à progresser alors que les Syriens battaient en retraite, laissant les Marocains à la merci de l’aviation israélienne.

Hommage aux soldats marocains tombés au Golan

Lors de sa visite en Syrie en 1992, le roi Hassan II, profondément affecté par la perte de ses soldats, visita d’abord le cimetière des martyrs à Quneitra, avant de poursuivre sa visite officielle.

Ce geste a été perçu comme un acte symbolique de soutien à la cause palestinienne, mais aussi de respect envers les soldats marocains qui avaient sacrifié leurs vies pour défendre le Golan. Ce geste a marqué un moment de grande émotion pour le roi et le peuple marocain.

Soutien du Polisario

Dès les premières années de la genèse du Front Polisario en 1973, fondé par le jeune militant de l’UNFP Mustafa Ouali El-Sayed, qui était parmi un groupe de jeunes, sous la tutelle de l’opposant de gauche, le cheikh Mohammed Basri, enthousiastes en faveur de l’indépendance du Sahara tout en restant sous la souveraineté marocaine, la Syrie de Hafez al-Assad n’a pas tardé à soutenir le Polisario.

Le camp Zabadani a continué à accueillir un grand nombre de jeunes pour les entraîner pendant les années 1970, dans le but de renverser le régime de Hassan II. Hafez al-Assad nourrissait une haine profonde envers Hassan II, qu’il accusait de s’immiscer dans les affaires du Moyen-Orient.

Continuité

Ce récit illustre le rôle déterminant que le Maroc a joué dans la guerre du Golan, soulignant les sacrifices de ses soldats, mais aussi l’ingratitude d’un régime envers un pays frère. Malgré celle-ci, le Royaume du Maroc a toujours fait preuve de tolérance envers le gouvernement de Damas, insistant tout de même sur la nécessité pour celui-ci de retirer sa reconnaissance du mouvement séparatiste à Tindouf.

Envers les Syriens, le Maroc et son Roi se sont mobilisés pour venir en aide à chacune de leurs crises. Entre le déploiement d’un hôpital médico-chirurgical de campagne au camp Zaatari, dans le gouvernorat d’Al-Mafraq (nord-est de la Jordanie), qui a assuré en 2016 quelque 217.278 prestations médicales au profit des réfugiés syriens, et l’accueil de ces derniers sur le sol marocain après leur expulsion d’Algérie, le Souverain a multiplié les gestes envers un peuple frère dont le régime s’obstinait à contrer les intérêts du Maroc.

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