Scandale au sein du PJD, Moâtassim jette l’éponge

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Le premier vice-secrétaire général du PJD, Jamaâ Moâtassim, lors d'une réunion du Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, son supérieur à la Chefferie du gouvernement, avec les secrétaires généraux des partis de l'opposition. © DR.

Le vice-secrétaire général du parti Justice et Développement (PJD), Jamaâ Mouatassim, a présenté sa démission du Secrétariat général du parti de l’opposition – après dix ans aux gouvernails -, à la suite du scandale autour de son maintien dans sa fonction de chargé de mission auprès du Chef de gouvernement, Aziz Akhannouch.

Le deuxième homme du PJDJamaâ Moâtassim, n’a pas résisté face à la vague de critiques de tout bord déclenchée après que l’opinion publique ait découvert qu’il est toujours chargé de mission auprès de chef de la majorité, ennemi juré de son parti. Il a présenté hier, tard dans la nuit sa démission au secrétaire général du PJDAbdalilah Benkirane.

«Suite aux interprétations tendancieuses qu’a suscitées chez de nombreux membres du PJD l’information de mon maintien en tant que chargé de mission au sein du cabinet du chef du gouvernement (…) je vous prie, Monsieur le secrétaire général, d’accepter ma démission du secrétariat général, et ce, afin de lever tout embarras, toute confusion et tout gène pour le parti, pour ma famille et pour ma modeste personne», a écrit Mouâtassim dans sa lettre de démission dont H24info a reçu une copie.

Moâtassim a cependant souligné que cette démission du secrétariat général ne signifie pas qu’il quitte le parti. «Je continuerai à assumer mon rôle de militant à l’intérieur de ce parti auquel je suis fier d’appartenir», a-t-il précisé.

L’affaire accéléra-t-elle l’implosion du PJD?

Cette démission intervient dans un contexte pour le moins morose pour le parti islamiste. Après la dégringolade historique lors des élections du 8 septembre, l’imbroglio autour de la situation du vice-secrétaire général du PJD, Jamaâ Moâtassim, risque de précipiter l’implosion du parti évitée de justesse après les résultats on ne peut plus décevants lors des dernières élections.

Fissuré, le PJD risque désormais l’implosion et pour cause. La justification « injustifiée » de cette situation par son leader Abdalilah Benkirane de retour aux fonctions post-retraite, passe mal chez les militants du parti.

Alors que ce dernier mène une grande tournée dans les quatre coins du Maroc cherchant à recoller les morceaux du parti islamiste, l’affaire Moâtassim est venue miner ses efforts, voire les anéantir.

Son essai de justifier l’injustifiable concernant la situation de son premier adjoint a exacerbé la colère des bases du parti islamiste, mais également celle de membres actuels et anciens de sa direction.

Un cumul de fonctions inédit

Ce cumul de fonctions contre nature les interpelle à plus d’un titre au sein du parti. Les PJDistes s’interrogent : comment concilier deux positions paradoxales et avoir un pied dans la majorité et l’autre dans l’opposition ? Comment défendre des convictions politiques discordantes ?

Autant de questions qui s’imposent avec acuité, selon des militants de la Jeunesse PJDiste avec qui H24info a tenu langue, d’autant plus, disent-ils, que le chargé de mission chez le Chef du gouvernement représentait, rien que mardi dernier, son chef Benkirane dans une réunion de son autre chef avec les secrétaires généraux et représentants des principaux partis de l’opposition.

Alors que des voix s’élèvent pour exiger l’audition de Moâtassim et Benkirane par la commission de l’éthique du PJD pour qu’ils s’expliquent sur les tenants et aboutissants de cette affaire, d’autres croient que l’affaire mérite la tenue d’un Conseil national à l’image de l’ancien membre du secrétariat général, Abdessamad El Idrissi.

Pour la tenue d’un Conseil national

« Ce qui s’est passé hier (le fait et la justification) nécessite à lui seul la convocation d’un Conseil national… Ceci, si nous avions déjà un Conseil national légitime… », a-t-il écrit sur son mur Facebook.

« C’est malheureux d’en arriver là… C’est malheureux ce qui s’est passé… La justification est plus malheureuse… le silence des membres de la direction l’est encore plus… », a-t-il regretté faisant allusion à l’admission par Benkirane de sa connaissance de la situation depuis longtemps vu que Moâtassim fait partie du cercle de ses amis les plus proches.

La position ambiguë de Benkirane, qui a évoqué le « soutien critique du gouvernement » comme l’avait fait l’USFP du temps du gouvernement de l’Alternance (1998-2002), lui a valu d’être épinglé sur cette crise également. Benkirane est pointé du doigt quant à ce choix ambigu, mais aussi sur la zone crise où il a placé le PJD qui n’est ni dans l’opposition ni dans le soutien critique du gouvernement.

« Ni le Secrétaire général ni son adjoint n’ont le droit de continuer à violer ce qui est la norme de la lutte politique par nécessité et de confondre là où il faut séparer, et différencier entre la ligne réformatrice et les outils de l’autoritarisme et de la corruption », a fustigé pour sa part Abdelaziz Aftati dans une déclaration à la presse.

Ainsi, il s’avère que la direction du PJD s’est mise dans une position à recevoir de nouvelles flèches décochées et par la base militante et par les rivaux politiques. Une énième crise, après celles du limogeage de Benkirane à la suite du blocage, de la normalisation, des résultats décevants du scrutin du 8 septembre et bien d’autres, qui risque sérieusement de fissurer davantage le parti et d’accélérer sa dégringolade.

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