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Quand les élèves repêchent leurs camarades qui ont décroché
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Saïd Rifaï est fier. L’adolescent marocain de 15 ans a contribué à ramener plusieurs élèves sur les bancs de l’école dans le cadre d’une campagne contre le décrochage scolaire, un problème majeur qui alimente les inégalités sociales.
« Il faut les aider à revenir », lance Saïd, convaincu de sa mission.
Au collège Al Jawhara de Tiflet, à une soixantaine de kilomètres de Rabat, « nous avons réussi à faire revenir huit de nos 17 amis avant qu’ils ne sacrifient leur avenir », indique à l’AFP un camarade de Saïd, Doha El Ghazouli, 15 ans également.
Chaque année, 276.000 enfants de moins de 18 ans quittent l’école dans le royaume de près de 37 millions d’habitants, d’après Hssain Oujour, responsable des « Ecoles de la deuxième chance » au sein du ministère de l’Education nationale.
Un fléau auquel le Maroc tente de surmonter depuis longtemps et contre lequel il mise sur les enfants eux-mêmes pour faire revenir les décrocheurs, notamment via les « Ecoles de la deuxième chance ».
Huda Enebcha, 16 ans, a réussi avec Doha à convaincre leur voisine de reprendre le chemin de l’école.
« On l’a idée à revoir les matières les plus difficiles, et on lui a montré des vidéos des activités à l’école », raconte-t-elle. « Elle a fini par accepter après beaucoup d’efforts. »
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Dans les zones rurales, les abandons scolaires sont fréquents, souvent liés à la pauvreté, à la précarité ou aux difficultés d’apprentissage, explique le directeur de l’établissement, Saïd Tamouh.
Ce phénomène reflète également les fragilités de l’enseignement public au Maroc, marquées par des classes surchargées et un niveau en recul face au privé, en dépit des réformes engagées ces dernières décennies.
Selon l’Unicef, 250 millions d’enfants dans le monde ne parviennent pas à acquérir les compétences de base en matière d’alphabétisation.
Au Maroc, l’analphabétisme touche près d’une personne sur quatre, soit environ neuf millions de personnes.
Au total, 47,5% de la pauvreté dans le pays s’explique par des déficits en matière d’éducation, selon le Haut-Commissariat au Plan, ce qui contribue à alimenter les inégalités sociales, un problème de taille au Maroc.
« Le vide »
Près du collège Al Jawhara, 110 élèves suivent avec attention les formations proposées par l’école de la deuxième chance Abou el-Kacem Chebbi, gérée par l’association d’aide à la réinsertion Salam.
Entre ateliers de coiffure, d’arts décoratifs et cours d’arabe classique, chacun tente de rattraper le fil de sa scolarité.
« Quand on quitte l’école, c’est le vide. C’est pour ça que j’ai décidé de revenir, notamment grâce aux enseignants de ce centre. Ils m’ont donné une vraie seconde chance », dit Sanae Sami, 17 ans, en plein cours de maquillage.
Pour Hafida El Fakir, présidente de l’association Salam, il n’y a pas de secret : « quand ils trouvent du soutien et de l’accompagnement pour reprendre leur scolarité, ils peuvent réussir et aller loin ».
« En fin d’année, on évalue leur niveau. Selon leurs compétences, ils peuvent être réintégrés dans le système scolaire formel », explique Lahbib El Fakir, coordinateur administratif et pédagogique de l’école.
D’après M. Oujour, environ 70% des bénéficiaires de ces écoles rejoignent les centres de formation professionnelle et 20% réintègrent le système scolaire classique.
Repêché l’an dernier par des amis, Amine Othmane a choisi cette année de participer activement à la campagne. Il anime des rencontres à la maison de jeunes de la ville.
Pour convaincre quelqu’un de revenir à l’école, « il faut d’abord qu’il regrette et ait envie d’y retourner », dit-il, confiant avec pudeur avoir convaincu trois jeunes.
Parmi eux, Aya Benzaki, 18 ans, une jeune fille qui rêve désormais d’obtenir son bac, et Jihane Errafii, 17 ans, qui se dit reconnaissante envers ses camarades.
« J’avais juste besoin que quelqu’un me tende la main. »
