Les parents désemparés par la flambée des prix du lait infantile

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Alternative essentielle dans certains cas, le lait en poudre connaît une hausse exorbitante des prix. Comment expliquer une telle augmentation ? À qui la faute ? 

« Le prix du lait ne cesse d’augmenter (…) nous ne savons plus quoi faire », ce triste constat d’un couple installé à Casablanca est partagé par plusieurs autres parents contraints de payer le prix fort pour du lait infantile.

En effet, les prix pour un pot de 400g varient entre 75 DH et jusqu’à 96 DH selon Chama Khalil, pharmacienne dans l’arrondissement de Hay Moulay Rachid, contactée par H24info. « L’augmentation est de l’ordre de 10 à 15%, ce qui est énorme, sachant qu’un bébé consomme environ un pot tout le 1,5 jour. En moyenne, le bébé aura besoin de 10 à 12 pots par mois, donc rien que pour le lait, les parents devront dépenser près de 900 DH », déplore la pharmacienne.

Lire aussi: Les fabricants de substituts au lait maternel épinglés par l’ONU

Selon la pharmacienne, « les variations de prix du lait de premier âge (0 à 6 mois) sont décidées par le ministère de la Santé », contrairement à ceux de deuxième et troisième âge. « La plupart des laits sont fabriqués à l’étranger. Certes nous vendons ce lait, mais nous ne décidons pas des prix appliqués et pourtant nous sommes les mauvais dans l’histoire », explique-t-elle.

Les parents pris en otage

Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), dénonce ces agissements, soulignant que « ce n’est pas la première augmentation, mais bien la troisième successive ». « Nous condamnons toute augmentation injustifiée, d’autant plus que cette augmentation touche un produit pouvant être dans certains cas, primordial pour le développement de l’enfant », s’insurge notre interlocuteur.

« Ces hausses tiennent les parents en otage. Toute hausse injustifiée sur des produits pour bébés est pour nous une atteinte au développement normal des générations futures », estime Bouazza Kherrati.

« Franchement nous regrettons aujourd’hui de ne pas avoir saisi plus tôt le gouvernement et les parties concernées », confie avec amertume le président de la FMDC, notant que sa fédération s’adressera bientôt au gouvernement dans ce sens.

Il est à noter que le lait artificiel ou lait infantile vendu en pharmacie n’est qu’une solution en cas d’extrême nécessité. Chama Khalil fait de la prévention et essaye toujours de convaincre les parents de privilégier le lait maternel. « Premièrement c’est gratuit, deuxièmement c’est meilleur pour l’enfant et troisièmement, durant les trois premiers jours après l’accouchement, la mère produit du colostrum qui est essentiel pour le développement de l’enfant », rappelle-t-elle.

Pas mieux que la mise au sein précoce

Néanmoins, le matraquage publicitaire subit par les parents, fait que plusieurs se tournent vers ce lait artificiel. Une étude publiée cette année par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) affirme que « 38% des mères allaitantes sont exposées à un marketing offensif des marques de lait infantile » au Maroc.

Pire encore, ce matraquage est également mené par certains professionnels de la santé. « Pas plus tard que cette semaine, j’ai reçu un père dans ma pharmacie qui cherchait du lait. Lorsque j’ai demandé l’âge du petit, le père me dit que son fils est venu au monde il y a à peine deux heures. Je lui conseille alors de ne pas en acheter, en privilégiant le lait maternel. J’arrive alors à convaincre le père, sauf qu’une demi-heure après, le père revient, pour me dire que la clinique lui exige d’en ramener. Je demande alors si la maman à un problème de montée de lait, il me dit que non (…) j’étais déçue (…) comment des professionnels de la santé peuvent-ils obliger des parents à acheter du lait artificiel ? », se demande Chama Khalil.

En 2020, le hausse des prix du lait infantile avait été discutée au Parlement. Mais depuis aucune mesure n’a été prise par le ministère de la Santé. Ce dernier a lancé en mai 2022 une campagne nationale pour promouvoir l’allaitement maternel, afin de réaliser l’objectif national d’ici 2025, et qui est « d’atteindre un taux de mise au sein précoce dans l’heure qui suit l’accouchement de 50 %, et 50% également pour le taux d’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie ».

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