60 Marocaines et leurs enfants sont détenus dans le camp "Mebrouka" dans le désert "Al…
Rapprochement Rabat-Damas: des femmes marocaines détenues en Syrie bientôt libérées
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Un pas longtemps attendu vers la résolution d’un dossier à la fois humanitaire, sécuritaire et diplomatique. Le Maroc s’apprête à accueillir, dans les prochains mois, un groupe de femmes marocaines détenues depuis plusieurs années dans les camps de détention kurdes du nord-est syrien, notamment à Al-Hol et Al-Roj, tristement célèbres pour leurs conditions de vie inhumaines. Ces femmes sont pour la plupart des épouses ou des proches de combattants présumés de Daech.
Selon des sources concordantes, le ministère des Affaires étrangères aurait récemment adressé des formulaires de rapatriement à certaines détenues, amorçant une procédure officielle de retour sur le territoire national.
Ce développement s’inscrit dans un contexte régional en mutation: le rapprochement diplomatique entre Rabat et Damas après plus d’une décennie de gel des relations bilatérales. L’un des signes forts de cette détente a été la fermeture récente du bureau du Polisario à Damas, saluée comme un geste d’ouverture par Rabat.
De son côté, le Maroc a annoncé la réouverture de son ambassade en Syrie — fermée depuis 2012 —, ce qui ouvre la voie à une coopération plus fluide dans les dossiers sensibles, notamment ceux touchant à la sécurité et à la réintégration de ses ressortissants issus des zones de conflit.
Entre sécurité nationale et urgence humanitaire
Le dossier des Marocains bloqués en Syrie, en Irak et en Turquie — hommes, femmes et enfants — est l’un des plus délicats que le Royaume ait à gérer. Il concerne plusieurs dizaines de familles, et se heurte à des enjeux complexes de sécurité nationale, de radicalisation, mais aussi de droit humanitaire, explique le chercheur en études islamiques Mohammed Abdelouahab Rafiki
Plusieurs centaines de femmes, enfants et anciens combattants –et peut-être plus– sont concernés, avec des profils très hétérogènes, allant de simples accompagnatrices à des individus potentiellement endoctrinés.
Pour ce spécialiste dans les sujets d’extrémisme pense que cette ouverture intervient dans un contexte de changements géopolitiques majeurs dont la chute du régime Baas en Syrie et la relative stabilisation du pays avec plus d’ouverture sur la communauté internationale et en particulier le Maroc.
«La nouvelle Syrie, plus ouverte sur la communauté internationale, offre une occasion rare pour désamorcer ce dossier. Il ne concerne pas uniquement d’anciens combattants, mais aussi leurs enfants et leurs épouses», affirme-t-il.
Une prudence sécuritaire légitime
Cependant, les autorités marocaines n’entendent pas précipiter le processus. Pour Rafiki, devenu l’un des porte-voix de la réforme religieuse au Maroc après son propre passé de prédicateur radicalisé, la prudence est de mise. « Il existe une crainte légitime : celle de voir certains de ces anciens combattants reprendre leurs anciennes idées », explique-t-il.
Mais il précise aussi que le danger n’est pas uniforme : « Tous ne constituent pas une menace. Certains ont connu une prise de conscience sur place. D’autres, notamment parmi les femmes, ont simplement suivi leurs conjoints». Selon lui, seule une évaluation individualisée, fondée sur le degré d’implication et l’évolution idéologique, permettrait de déterminer le traitement approprié.
Un traitement spécial pour les femmes et les enfants
Le retour des femmes et des enfants ne devrait pas suivre les mêmes modalités que celui des combattants actifs. «Il est attendu que les femmes et les enfants ne soient pas traités de la même manière que les combattants. Certaines femmes partagent encore des idées extrémistes, mais elles restent une infime minorité. La majorité n’a été que compagne ou victime des choix de leurs maris », soutient Rafiki. Il appelle à un traitement humanitaire différencié, en tenant compte des vulnérabilités spécifiques, notamment psychologiques et sociales.
Rapatriement, justice, réinsertion : quels mécanismes ?
Interrogé sur l’éventuelle «méthode» qui sera adoptée avec ces anciens «djihadistes», notamment, la méthode employée dans le cadre du programme Mosalaha, visant la réhabilitation et la réinsertion des détenus condamnés pour terrorisme et extrémisme, Rafiki n’a pas tranché.
En décortiquant l’expérience du programme “Mosalaha”, qui a permis dans les années 2010 de réinsérer de nombreux détenus condamnés pour terrorisme à travers des cycles de dialogue et de révisions doctrinales.
«C’est la méthode qui avait été employée jusqu’à présent : déferrement devant la sûreté et la justice, puis incarcération et dialogue qui conduit à des révisions… Mais, outre ses réussites, peut-être que ce modèle a montré ses limites. Peut-être faut-il aujourd’hui le repenser, surtout pour traiter quelques centaines de cas», suggère-t-il.
Selon lui, le processus ne peut être qu’évolutif, progressif et sélectif, en ciblant en priorité les femmes et enfants vivant dans des conditions extrêmes dans les camps. Une opération massive et immédiate serait contre-productive, voire dangereuse, à la fois pour la société marocaine et pour les rapatriés eux-mêmes. Surtout, ajoute-t-il, qu’«il y a pas mal de coordination qui ont été créées pour résoudre ce dossier, mais ils ne sont pas tous sous l’égide de ces coordinations…».
Une fenêtre de tir diplomatique à ne pas manquer
À la faveur du retour diplomatique du Maroc en Syrie, la fenêtre d’action est là, mais ne restera pas ouverte indéfiniment. Pour les familles, les ONG, et les défenseurs des droits humains, chaque jour de retard dans le rapatriement est une journée de souffrance de trop.

L’État marocain semble désormais prêt à relever ce défi, en conjuguant impératifs de sécurité et devoirs humanitaires, pour tourner la page d’un dossier qui pèse lourd depuis trop longtemps.
