Vacances au Maroc: trop cher pour de nombreux Marocains

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Depuis quelques années, les vacances en famille, en couple ou entre amis deviennent de plus en plus inabordables pour les Marocains, et même pour les membres de la diaspora. Cette année encore, un grand nombre d’entre eux ont préféré des destinations européennes, en raison de la flambée des prix des billets d’avion au départ et vers le Maroc.

De plus en plus de Marocains désirant voyager à l’étranger choisissent l’Espagne, le Portugal ou d’autres destinations européennes. Selon eux, réserver une chambre d’hôtel bien entretenue dans ces pays revient moins cher, voire au même prix, que séjourner à Agadir, Tanger ou Marrakech, où une nuitée dépasse souvent les 1200 à 1500 dirhams, pour un rapport qualité-prix parfois discutable.

Alors que la période estivale bat son plein, une grande majorité de Marocains, notamment ceux issus de la classe moyenne, ne peuvent plus se permettre des vacances dans leur propre pays. Et ce n’est pas uniquement le coût de l’hébergement qui est en cause. «Chaque année, nous recevons des plaintes de consommateurs choqués par la hausse parfois abusive des prix dans plusieurs secteurs liés à l’été, notamment, l’hôtellerie, le transport, la restauration, les loisirs, etc», confie Ouadie Madih, président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur (FNAC).

« Un paradoxe inquiétant« 

Selon lui, cette « fuite touristique » représente un important manque à gagner pour l’économie nationale, d’autant que le Royaume dispose d’un patrimoine naturel, culturel et balnéaire de grande valeur. «Ne pas rendre le tourisme accessible aux citoyens marocains est une erreur stratégique à long terme», insiste-t-il.

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Le responsable regrette également l’absence d’un cadre légal spécifique permettant à la FNAC d’agir au-delà de la sensibilisation. «Le secteur est totalement libéralisé. Chaque établissement fixe ses prix comme bon lui semble. Si certains appliquent des réductions pour les nationaux, cela reste exceptionnel et sans encadrement», souligne-t-il.

Les tarifs hôteliers sont censés être indicatifs, fixés en coordination avec le ministère du Tourisme et les professionnels du secteur, mais ils peuvent parfois être plus élevés que ceux réellement proposés par les établissements. Ce manque de régulation favorise des écarts de prix injustifiés entre basse et haute saison.

La FNAC plaide pour un encadrement tarifaire prenant en compte le pouvoir d’achat local. «le tourisme ne doit pas être un privilège, mais un droit accessible à toutes les couches sociales. Il est temps que le gouvernement intervienne pour permettre à toutes les familles marocaines de profiter des vacances dans leur propre pays», affirme M. Madih.

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Concernant les compagnies aériennes et maritimes, elles sont accusées de suivre une logique strictement commerciale, en augmentant fortement leurs prix en été. «Nous dénonçons cette pratique depuis des années. Nous avons demandé à la RAM et au ministère du Transport de mettre en place des quotas de billets à prix social, surtout pendant l’opération Marhaba», rappelle Ouadie Madih, citant l’exemple de 2021, où une intervention royale avait permis de baisser temporairement les tarifs. Il appelle également le Conseil de la concurrence à enquêter sur d’éventuelles ententes entre compagnies, plaidant pour un mécanisme permanent de régulation des prix pour les Marocains du monde.

Les vacances et la loi de l’offre et la demande 

Du côté des professionnels du tourisme, on s’abrite derrière la loi de l’offre et de la demande. Pour Amal Karioun, expert en tourisme, «cette tendance des Marocains à préférer l’Espagne n’est pas nouvelle. Le vrai problème est l’absence d’une véritable politique touristique. En haute saison, la forte demande fait grimper les prix. Ce même logement ou billet d’avion sera bien moins cher en septembre ou en octobre».

Un autre acteur du secteur a déclaré, sous le couvert d’anonymat que «le Maroc n’est pas plus cher que d’autres destinations. Le problème, c’est le pouvoir d’achat. Il existe une offre variée pour tous les budgets, mais la majorité des vacanciers se concentrent en juillet et en août. Les Européens, eux, répartissent leurs séjours sur toute l’année».

Pour y remédier, l’expert recommande aux Marocains de planifier leurs vacances bien à l’avance. L’expert explique que réserver un hôtel ou un billet d’avion à seulement 15 jours du départ, c’est s’exposer à des tarifs très élevés, voire à une absence totale de disponibilité. «Dans les établissements hôteliers, une réservation tardive signifie souvent devoir choisir entre les chambres les plus chères… ou ne rien trouver du tout», précise-t-il.

Il souligne également que les touristes étrangers réservent leurs séjours plusieurs mois à l’avance, parfois jusqu’à six mois. «Cette habitude devrait être adoptée aussi par la clientèle nationale, afin d’éviter les prix exorbitants. Ce n’est pas la couleur du passeport qui fait la différence, mais bien la date de réservation», conclut notre interlocuteur.

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