Algérie: les inquiétudes montent après l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal

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Une semaine après son arrestation à l’aéroport d’Alger, en provenance de France, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, connu pour son franc-parler et ses prises de position sans compromis sur des questions sensibles, notamment celle des relations maroco-algériennes, suscite de nombreux appels à sa libération.

Sansal, qui n’a jamais hésité à aborder les vérités historiques liées à l’histoire coloniale, s’est également exprimé à plusieurs reprises sur des sujets d’actualité « en faveur » du Maroc et de son Sahara. L’écrivain, par ses écrits et ses interventions publiques, a attiré l’attention en évoquant les enjeux géopolitiques qui entourent la question du Sahara marocain et plusieurs vérités historiques niées par le régime algérien.

Il a notamment mis en lumière la longévité de l’État marocain qu’il considère comme « le pays le plus ancien du monde, qui existe depuis plus de 12 siècles alors que la France a 1 000 ans » et a souvent critiqué l’instrumentalisation politique de ce dossier par certains acteurs extérieurs.

 

« Le régime algérien, qui est un régime militaire, a inventé le Polisario pour déstabiliser le Maroc », avait-il déclaré dans un entretien, entre autres opinions qui ont parfois dérangé, notamment en raison de son refus de faire silence sur des questions qui, selon lui, sont essentielles pour la compréhension des relations entre les nations du Maghreb.

Macron s’inquiète

Le président français Emmanuel Macron est «très préoccupé par la disparition» de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal qui, selon plusieurs médias, a été arrêté en Algérie, a indiqué jeudi l’entourage du chef de l’État.

«Les services de l’État sont mobilisés pour clarifier sa situation», a-t-on précisé, ajoutant que «le président de la République exprime son attachement indéfectible à la liberté d’un grand écrivain et intellectuel».

L’auteur de 75 ans, qui a obtenu cette année la nationalité française, a été arrêté samedi à l’aéroport d’Alger, en provenance de France, ont rapporté plusieurs médias français.

Les raisons de son arrestation ne sont pas connues. Selon l’hebdomadaire Marianne, il «ne donnait plus de nouvelles à ses proches depuis son arrivée à Alger».

Plusieurs responsables politiques français, appartenant surtout à la droite et au centre-droit, ont aussi exprimé leur inquiétude et leur soutien envers l’écrivain, connu pour sa liberté de pensée, que ce soit contre le pouvoir algérien ou l’intégrisme religieux, depuis qu’il s’est lancé en littérature en 1999.

«Il incarne tout ce que nous chérissons : l’appel à la raison, à la liberté et à l’humanisme contre la censure, la corruption et l’islamisme», a lancé l’ex-Premier ministre Édouard Philippe sur X, en appelant aux «autorités françaises et européennes pour obtenir des informations précises et faire en sorte qu’il puisse circuler librement et revenir quand il le souhaitera en France».

 

«Tous les moyens de pression sur l’Algérie doivent être activés pour obtenir la libération de notre compatriote, le grand écrivain Boualem Sansal», a renchéri le chef de file des députés LR (Républicains, droite), Laurent Wauquiez.

 

La cheffe de file des députés du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a demandé au gouvernement français d’«agir pour obtenir sa libération immédiate», saluant en Boualem Sansal un «combattant de la liberté et courageux opposant à l’islamisme».

Boualem Sansal a rencontré dès ses débuts le succès avec Le serment des barbares, un roman racontant la montée en puissance des intégristes qui a contribué à faire plonger son pays dans une guerre civile ayant fait au moins 200 000 morts entre 1992 et 2002.

Ses livres, édités en France, sont vendus librement en Algérie, mais l’auteur y est controversé, notamment depuis une visite en Israël en 2014. Un autre écrivain franco-algérien, Kamel Daoud, Goncourt 2024 pour Houris, est au cœur d’une polémique en Algérie, accusé par une victime de la guerre civile d’avoir exploité son histoire.

«Kamel Daoud fait l’objet de violentes campagnes diffamatoires orchestrées par certains médias proches d’un régime dont nul n’ignore la nature», a dénoncé lundi le dirigeant de sa maison d’édition, Gallimard, qui s’est vu interdire de participer au Salon international du livre d’Alger.

Kamel Daoud a pris la plume jeudi soir dans Le Figaro. «J’espère vivement que mon ami Boualem reviendra parmi nous très bientôt», a-t-il dit dans une tribune, tout en confiant son incompréhension face à l’«imprudence» dont aurait fait preuve, selon lui, Boualem Sansal en se rendant en Algérie.

Ces événements interviennent dans un contexte diplomatique tendu entre la France et l’Algérie, après la reconnaissance française de la marocanité du Sahara et son appui au plan d’autonomie marocain fin juillet.

 

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