Au procès libyen, Sarkozy contre le « faisceau d’indices »

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Au procès de l'ex-président français Sarkozy, débats sur un mystérieux enregistrement de Kadhafi
L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive pour le verdict de son procès en appel dans l'affaire dite Bygmalion, au palais de justice de Paris, le 14 février 2024. © Bertrand GUAY / AFP

Le procès a débuté il y a un mois et l’ex-président français Nicolas Sarkozy ne se remet toujours pas d’être là, alors qu’il n’y a « aucune preuve », « rien », « pas le début d’un commencement de financement » de sa campagne électorale par la Libye. Alors le tribunal a fini par lui rappeler le principe du « faisceau d’indices ».

Ce mercredi, la présidente Nathalie Gavarino veut l’entendre sur la discrète « exfiltration » de France en 2012 de Bechir Saleh, ex-directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, organisée selon l’accusation par le pouvoir Sarkozy pour le faire taire.

Sa première question est précise, la réponse de Nicolas Sarkozy beaucoup moins: « si vous le permettez Mme la présidente », la prie, un brin obséquieux, l’ex-chef de l’Etat, avant de dérouler sa démonstration.

Pendant 15 minutes, à peine interrompu, il assume avoir donné son « accord politique » à l’accueil de Bechir Saleh en France, soutient qu’à cause d’un « imbroglio juridique » il n’a appris que tardivement qu’il faisait l’objet d’une notice rouge d’Interpol – révélée par la presse -, et que « sans l’ombre d’un doute » il ne s’y serait « jamais opposé ».

Une avocate de partie civile se lève, exaspérée: « Vous êtes en train de lire, ça va pas, vous êtes en train de lire en intégralité ! »

« C’est vrai que ça manque de spontanéité », rebondit la présidente de son ton habituellement neutre et posé. « Je comprends que vous prépariez votre défense, mais lorsque que vous répondez aux questions vous commencez toujours par un long exposé ».

« Les faits remontent à 13 ans ! J’ai le droit de regarder le dossier quand même, je regarde le dossier ! », s’étrangle l’ex-président, avant de jurer qu’il n’a « jamais » organisé le discret départ de Bechir Saleh, auquel il n’avait aucun « intérêt ».

« Et là Madame la présidente, je ne lis pas, c’est spontané », grince-t-il, théâtral. « Et spontanément je vous le dis: je ne suis pas un imbécile ! »

Lire aussi: Sarkozy à son procès: « Vous ne trouverez jamais un centime libyen dans ma campagne »

Dans son exposé, et pour le plus grand plaisir du public de la salle d’audience qui ne désemplit pas, Nicolas Sarkozy rejoue son accueil en Libye « en héros par des dizaines de milliers de personnes avec David Cameron » après la chute de Kadhafi.

Quant au cas Béchir Saleh, le sujet était loin d’être « prioritaire », en plein entre-deux-tours de l’élection présidentielle 2012.

« J’ai 120.000 personnes au Trocadéro avec la préoccupation de savoir est-ce qu’il va pleuvoir… », lance-t-il, amusant encore la salle – sans trop s’attarder sur la bombe médiatique que représente à l’époque les premières révélations de Mediapart sur le « pseudo-financement libyen ».

La présidente poursuit, lit les différents témoignages libyens et autres « confidences » évoquant un tel financement.

« Je dois dire que je suis un peu lassé de me défendre d’un financement sans que personne ne me mette une preuve sous le nez« , finit par lâcher Nicolas Sarkozy – comme au moins une fois par interrogatoire depuis le début du procès.

Cette fois la présidente le coupe.

« Il n’y a pas que la preuve documentaire », indique-t-elle. « Je rappelle que la preuve peut résulter d’un faisceau d’indices, d’un ensemble d’éléments, parmi lesquels des témoignages ».

« Bien sûr qu’il y a faisceau, mais quand on parle d’un financement de dizaines de millions ce serait bien d’en trouver la trace ! », rétorque-t-il.

Avant de répéter que ses accusateurs libyens avaient « six mois » entre le début de la guerre en Libye et la disparition de Khadafi pour « publier contre moi des numéros de compte, des virements, des documents, des enregistrements ».

« J’en ai assez de me justifier sur des preuves qui n’existent pas ! », lance-t-il encore au procureur financier, éludant ses questions. « Vous m’aviez dit avec un sourire que peut-être que j’arriverais à vous convaincre. Quitte à vous paraitre naïf, c’est vraiment ce que je veux faire ».

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