Les rebelles houthis ont annoncé ce jeudi la mort de leur chef militaire lors d’un…
Au Yémen, les craintes d’un retour de la guerre dans un contexte inflammable
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La guerre au Yémen entre l’Arabie saoudite et les Houthis, soutenus par l’Iran, va-t-elle repartir? Après les premières frappes d’envergure des rebelles contre des infrastructures saoudiennes depuis 2022, des analystes jugent un tel scénario probable, attisé par la guerre américano-iranienne.
Les Houthis ont tiré lundi des missiles et des drones contre l’aéroport international d’Abha, dans le sud du royaume.
Ces frappes faisaient suite à des attaques lancées sur l’aéroport de Sanaa et revendiquées par le gouvernement yéménite, soutenu par Ryad, visant à empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation houthie de retour de Téhéran, où elle avait assisté aux funérailles du guide suprême Ali Khamenei.
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a attribué à Ryad la responsabilité de cette attaque.
La reprise des hostilités constitue « un événement majeur », analyse Farea Al-Muslimi, chercheur au groupe de réflexion Chatham House basé à Londres. Ces attaques « mettent officiellement fin à la trêve » entrée en vigueur en avril 2022 au Yémen et qui avait été largement respectée jusqu’ici, souligne-t-il.
Cette trêve avait permis de suspendre un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué une famine qui a décimé les populations civiles, mais n’a pas empêché les rebelles houthis de se maintenir au pouvoir.
La population yéménite s’inquiète désormais d’une possible reprise des combats, après des années d’épreuves.
« Ce qui m’effraie, c’est que la guerre puisse reprendre à tout moment, et se poursuivre longtemps », confie à l’AFP Mohammed, un employé de restaurant de 37 ans originaire de Hodeïda. « Mais on ignore encore si cela va arriver ».
Selon une source dans le Golfe, l’Arabie saoudite se tient prête à répliquer. « Les infrastructures civiles saoudiennes constituent une ligne rouge », explique-t-elle.
Le rôle de l’Iran
Ces incidents s’inscrivent dans un contexte de hausse des tensions régionales. Début juillet, les Houthis avaient déjà accusé l’Arabie saoudite d’avoir pris pour cible un avion iranien qui avait atterri à Sanaa, et avaient alors menacé de frapper des infrastructures stratégiques saoudiennes.
La reprise des attaques illustre une nouvelle fois les répercussions du conflit en cours entre les Etats-Unis et l’Iran, et pourrait déstabiliser davantage encore le Moyen-Orient en ébranlant les fragiles équilibres géopolitiques de la région.
L’Iran a frappé à plusieurs reprises ses voisins du Golfe au cours des derniers mois, et semble désormais défier, par l’intermédiaire de son allié houthi, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui contrôle le ciel yéménite.
Téhéran avait envoyé son avion à Sanaa sans solliciter d’autorisation auprès des autorités saoudiennes, alors que depuis 10 ans, tout appareil souhaitant pénétrer l’espace aérien yéménite doit obtenir le feu vert de la coalition.
Les Houthis, de leur côté, ont multiplié les avertissements ces derniers mois, assurant qu’ils réagiraient fermement s’ils devaient être entraînés dans la guerre irano-américaine. Ils avaient tiré à quelques reprises des missiles contre Israël depuis le début de ce conflit.
La mer Rouge pour cible?
Selon Mohammed al-Basha, du cabinet d’analyse de risques Basha Report, les rebelles et la coalition dirigée par Ryad maintiennent leurs échanges, tout en se préparant au combat.
« Les parties maintiennent les canaux ouverts de négociation malgré les récents affrontements », assure-t-il à l’AFP.
Dans une vidéo de propagande postée avant leur riposte, les rebelles houthis ont montré des images satellites d’aéroports et de ports saoudiens marquées d’une cible, accompagnées des mots « les représailles arrivent ».
Depuis leurs bastions montagneux surplombant la mer Rouge, les Houthis pourraient entraver le trafic maritime dans cette voie stratégique et viser les terminaux d’exportation saoudiens situés sur le littoral, qui exportent chaque jour des millions de barils de pétrole vers le monde entier.
« Nous verrons d’autres attaques saoudiennes contre les Houthis. Et je ne serais pas surpris de voir les Houthis s’illustrer en mer Rouge », avertit Farea Al-Muslimi, de Chatham House.
De telles offensives pourraient avoir de lourdes répercussions économiques, en réduisant un peu plus le trafic maritime, déjà paralysé dans le détroit d’Ormuz.
