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7 tonnes de cannabis à Paris: un ex-chef des stups et son indic détenu au Maroc face à la justice
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Onze ans après la saisie de sept tonnes de cannabis en plein Paris, un ex-patron de l’office des « stups » et son principal informateur comparaissent à partir de lundi à Bordeaux dans ce dossier « hors norme » ayant conduit à réformer la lutte anti-drogue.
Outre le commissaire François Thierry et son « indic » Sophiane Hambli, trafiquant actuellement en détention au Maroc et qui sera probablement absent à l’audience, seize prévenus sont jugés du 2 au 31 mars devant le tribunal correctionnel au terme de cette vaste procédure, dépaysée en Gironde, qui a mis en lumière les relations troubles entre « flics » et « tontons ».
Cette affaire retentissante a inspiré en 2021 le film « Enquête sur un scandale d’État » de Thierry de Peretti, avec Pio Marmaï, Roschdy Zem et Vincent Lindon, lui-même basé sur le livre « L’Infiltré » de feu l’ex-agent Hubert Avoine et du journaliste de Libération Emmanuel Fansten.
À l’origine du scandale, 7,1 tonnes de résine de cannabis sont découvertes par les douanes en octobre 2015 dans plusieurs fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, au pied d’un appartement luxueux loué alors par Hambli.
Une saisie record mais un gros hic: la drogue provenait d’un chargement de plus d’une dizaine de tonnes importées du Maroc via l’Espagne dans le cadre d’une livraison « surveillée » par les policiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), dirigé de 2010 à 2016 par le commissaire divisionnaire François Thierry.
« Ce dossier est exceptionnel par les quantités saisies », résume Me Philippe Nougaret, avocat d’un chauffeur espagnol également poursuivi. « Ça a mis en exergue la guerre des services entre les +stups+ et les douanes, qui étaient venues contrecarrer (…) cette livraison surveillée un peu en dehors des clous. »
Non-lieu requis
François Thierry, 58 ans fin mars, avait conçu depuis plusieurs années un plan baptisé « Myrmidon » consistant à laisser entrer la drogue sur le territoire pour la suivre et interpeller les commanditaires, en bénéficiant de renseignements fournis par Sophiane Hambli.
Dans un dossier connexe, le commissaire, accusé d’avoir ordonné une garde à vue fictive de son informateur, en 2012, pour mener l’une de ces opérations, a été acquitté en 2024 par la cour criminelle du Rhône. Le parquet n’a pas fait appel.
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Concernant la saisie de 2015, celui qui dirige désormais le service de la transformation numérique (STN) de la police nationale – après avoir perdu son habilitation d’officier de police judiciaire – est soupçonné d’avoir favorisé l’importation de la drogue sans avoir informé totalement l’autorité judiciaire.
Le policier affirme au contraire que les magistrats étaient au courant de ses méthodes.
En 2023, le parquet de Bordeaux avait requis un non-lieu pour le commissaire mais les magistrats instructeurs ont choisi de le renvoyer devant le tribunal pour « complicité » de trafic de stupéfiants et destruction de preuve.
« Nous affronterons ce procès avec beaucoup de sérénité. Mon client n’a fait que son travail », fait valoir Me Angélique Peretti, avocate du policier, voyant dans sa comparution « le reflet d’une mécanique qui consiste à tout prix à justifier une procédure qui a duré près de 10 ans ».
Limites « franchies »
Le rôle joué par Sophiane Hambli sera au coeur des débats: ce trafiquant de haut vol né à Mulhouse, surnommé « La Chimère », est soupçonné d’avoir été « le seul commanditaire » du trafic. Mais, pour les magistrats instructeurs, les limites ont été « très largement franchies » dans la relation entre François Thierry et son informateur, qui assure pour sa part n’avoir été qu’un « logisticien » dans une opération validée par l’Ocrtis. Récidiviste, il encourt 20 ans de prison.
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Ce quinquagénaire, qui purge déjà une trentaine d’années de prison au Maroc, devrait être absent à l’audience malgré une demande de remise temporaire adressée aux autorités de ce pays, indique son avocate Me Julie Elduayen, qui sollicitera un renvoi le concernant. « C’est un dossier extrêmement complexe qui mériterait qu’il soit présent », estime celle-ci, faute de quoi « il n’y aura pas de défense pour M. Hambli, ce sera un (jugement par) défaut ».
Le scandale avait conduit à réformer la lutte anti-drogue. Une loi de 2019 est censée avoir encadré les « livraisons surveillées », tandis que voyait le jour un nouvel office anti-stupéfiants, l’Ofast. « Ce dossier est un peu celui qui a mis à mort l’Ocrtis », résume Me Nougaret, décrivant une affaire « hors norme » avec un mois d’audience prévue, et 70 tomes de procédure.
