Décès de Mohammed Harbi, historien algérien et auteur de « Le FLN, mirage et réalité »

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Le monde intellectuel maghrébin en deuil : disparition de l’historien algérien Mohammed Harbi
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L’historien et militant algérien Mohammed Harbi, figure majeure de la pensée critique sur l’histoire du FLN et de l’Algérie indépendante, est décédé au premier jour de l’année 2026, laissant une œuvre académique de référence.

Le monde intellectuel algérien, maghrébin et méditerranéen a perdu, au premier jour de l’année 2026, l’une de ses figures les plus respectées : Mohammed Harbi, historien de renom et ancien militant de gauche, auteur notamment de l’ouvrage de référence Le Front de libération nationale, mirage et réalité.

Mohammed Harbi incarnait une trajectoire intellectuelle et politique singulière dans l’Algérie de l’après-indépendance. À la fois porteur d’une légitimité nationale forgée dans la lutte et d’une lecture critique audacieuse de l’histoire, il a payé le prix fort de ses positions, souvent accusé, marginalisé, voire soupçonné de trahison.

Son parcours se distingue par le fait qu’il est venu à l’histoire par la politique. Proche des cercles dirigeants à l’aube de l’indépendance, notamment du président Ahmed Ben Bella, il fut également l’un des critiques les plus sévères du régime de Houari Boumédiène. Cette posture lui valut l’emprisonnement et une longue période d’isolement dans la région de Béchar, avant qu’il ne parvienne à quitter l’Algérie pour la France.

De gauche à droite, Hadj Benalla, Ben Bella, Mohammed Harbi, Alger, avril 1964 - Ahmed Ferrah
De gauche à droite, Hadj Benalla, Ben Bella, Mohammed Harbi, Alger, avril 1964 © Ahmed Ferrah

Exilé, le moujahid Mohammed Harbi s’imposa progressivement comme l’un des grands historiens du Maghreb, enseignant et chercheur à l’université Paris-Sorbonne. Il y développa une œuvre fondée sur une méthode rigoureuse, mêlant expérience de l’acteur politique et exigence scientifique, ce qui conféra à ses travaux une profondeur rare.

Son livre Le FLN, mirage et réalité demeure son œuvre la plus marquante et la plus controversée. Dans cet essai, Harbi déconstruit, avec la précision de l’historien et la légitimité du témoin, les récits officiels et les mythes fondateurs entourant le Front de libération nationale algérien. L’ouvrage fut longtemps interdit en Algérie et combattu par les institutions officielles.

Mohammed Harbi entretenait par ailleurs des liens étroits avec plusieurs figures du mouvement national marocain, notamment Abderrahmane Youssoufi, El Mehdi Ben Barka et Abderrahim Bouabid. Il a consacré plusieurs écrits au Maroc, portant un regard équilibré et documenté sur l’histoire de sa mouvance nationale et sur les fondements institutionnels de l’État marocain, faisant preuve d’une rare objectivité régionale.

Issu d’un milieu social aisé, Harbi avait choisi l’engagement politique et intellectuel plutôt que la reproduction de son héritage social. Sans céder aux radicalismes idéologiques, il a construit une pensée critique, nourrie d’un marxisme assumé mais constamment encadré par une boussole nationale, ce qui constitua l’un des traits distinctifs majeurs de son œuvre.

Amicale des Algériens en France, Paris, 22 mars 1965 . Mohammed Harbi est au centre. Collection Mohammed Harbi.
Amicale des Algériens en France, Paris, 22 mars 1965 . Mohammed Harbi est au centre. © Collection Mohammed Harbi.

Avec sa disparition, c’est une conscience critique de l’histoire algérienne qui s’éteint, laissant derrière elle un héritage intellectuel précieux pour les générations futures.

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