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Europe: « l’esclavage moderne » de chauffeurs africains sous-payés
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La CFDT, qui a pris en charge début février trois chauffeurs zimbabwéens en détresse, a dénoncé mardi « la traite d’êtres humains » dont sont victimes des chauffeurs africains recrutés par des entreprises européennes, à des salaires au rabais et sans respect des temps de repos.
La semaine dernière, le syndicat français a pris en charge le logement à l’hôtel de ces trois chauffeurs immobilisés sur une aire d’autoroute, qui racontent avoir été agressés et volés après avoir passé 45 jours à sillonner l’Europe en dormant dans leur camion.
Ils avaient été recrutés par l’entreprise slovaque Global Transporte, sous-traitante du groupe allemand Hegelmann, et ne recevaient que 700 euros par mois, la moitié du salaire promis, a déclaré Patrick Blaise, secrétaire général de l’Union fédérale route CFDT, lors d’un point de presse en présence de l’un des chauffeurs, Brighton Jonasi.
Les chauffeurs affirment avoir été agressés après avoir cessé le travail pour protester contre leur situation précaire par des hommes qui auraient été envoyés par leur employeur, précise le syndicat, qui envisage une plainte contre le groupe allemand. La CFDT a déposé une main-courante auprès des forces de l’ordre.
« Si les faits présumés sont avérés, ils devront être sanctionnés », a réagi le ministère des Transports auprès de l’AFP. Sollicité, le groupe Hegelmann n’avait pas répondu à l’AFP.
« Beaucoup d’entreprises recrutent des conducteurs extra-communautaires dans des conditions de travail exécrables. Certains vivent dans leurs véhicules depuis des mois », a dénoncé le syndicaliste.
Le recours aux sous-traitants, qui recrutent des chauffeurs en Afrique, s’effectue via des « plateformes d’affrètement » où les entreprises européennes déposant leurs demandes choisissent les offres les moins chères.
« Tous les grands groupes français et européens ont recours à ces entreprises voyous, concentrées en Pologne et en Lituanie. C’est un système qui fonctionne depuis des années », a accusé le syndicaliste, « qui va faire mourir 10.000 PME françaises ».
Selon la CFDT, 320.000 chauffeurs routiers non-européens sont employés actuellement en Europe. Des entreprises espagnoles sont par exemple en train de recruter 26.000 chauffeurs marocains, et ont envoyé des recruteurs sur place.
La CFDT s’est par ailleurs désolée d’avoir été critiquée sur les réseaux sociaux pour avoir défendu les chauffeurs zimbabwéens. « Certains ne comprennent pas notre démarche, mais ces collègues n’y sont pour rien, ce sont des victimes d’un esclavage moderne », a martelé Patrick Blaise. « On se bat évidemment aussi pour les travailleurs français car si on arrive à faire respecter la législation, les entreprises n’auront plus intérêt à prendre ces sous-traitants ».
La CFDT a aussi réclamé davantage de contrôles.
