Deux salles de prière musulmanes de banlieue parisienne ont été sommées de fermer leurs portes…
France: une prière de l’absent en hommage à Aboubakar Cissé
Publié le
Sur le parking de la grande mosquée de Tremblay-en-France, au nord de Paris, plusieurs centaines de fidèles se recueillent dans une prière de l’absent pour Aboubakar Cissé, signe du choc que suscite le meurtre de ce croyant dans la communauté musulmane de France.
En parallèle de la prière mortuaire organisée devant le cercueil du jeune Malien de 22 ans à la mosquée de La Grand-Combe, dans le sud de la France, à l’intérieur de laquelle Aboubakar Cissé a été tué de dizaines de coups de couteau le 25 avril, des mosquées de France ont organisé une « salat al-ghaib » – prière funéraire sans dépouille – en marge de leurs traditionnelles prières du vendredi.
« On vient le tuer à l’intérieur de la mosquée, pendant qu’il est en train de faire la prière, de plusieurs coups de couteaux. On insiste sur le crime, on le filme et on le diffuse sur les réseaux sociaux et ça ne choque personne au niveau de nos responsables politiques », dénonce auprès de l’AFP Abdelghani Bentrari, président de la mosquée de Tremblay.
Confiée à un juge d’instruction du pôle criminel de Nîmes, l’enquête sur ce crime a été ouverte lundi pour « meurtre aggravé par préméditation et à raison de la race ou de la religion », mais la famille de la victime réclame que la procédure soit requalifiée en assassinat terroriste. Un Français de 21 ans a été arrêté en Italie après trois jours de cavale.
« Quand on voit qu’il n’y a aucun soutien, ni des médias, ni des politiques, on est vraiment tristes et on a vraiment peur. C’est-à-dire qu’à n’importe quel moment, tout est permis: rentrer dans une mosquée, tuer les gens, et sortir », estime Abdelghani Bentrari.
Après d’âpres débats, l’Assemblée nationale a observé mardi une minute de silence arrachée par la gauche, tandis que le Sénat a finalement tenu mercredi un moment de recueillement à la mémoire d’Aboubakar Cissé.
« L’islamophobie tue »
« Stop à l’islamophobie, l’islamophobie tue », dénonce une grande banderole qui s’étire devant la mosquée de Tremblay. Sous un soleil dur, les fidèles s’alignent en rangs serrés sur le parking en béton entre les deux grandes sessions de prières du vendredi. Dans un silence lourd et recueilli, l’imam mène la prière de l’absent.
Pour plusieurs pratiquants de la ville interrogés par l’AFP, le meurtre d’Aboubakar Cissé a été rendu possible par la montée ces dernières années en France d’un discours anti-musulmans véhiculé par « les médias ».
« On ouvre la télé et on a l’impression que tout le monde est contre l’islam, que tous les maux de la France sont en rapport avec l’islam ou les musulmans », déclare Christopher da Rocha, un éducateur sportif de 36 ans.
Discutant devant la mosquée à la fin de la prière, Ahmed Djafer se protège du soleil à l’ombre d’un arbre. Le meurtre d’Aboubakar Cissé, « c’est un truc qui a réveillé un peu. Moi j’en parle avec ma femme, mes enfants. On voyait des choses se passer. Mais en arriver là, c’est un pas en plus… », soupire-t-il.
Le sentiment de peur, « il est là au quotidien, des petites paroles, des petits regards. Mais là, on sent que c’est vivifié, que c’est amplifié. Là, c’est des passages à l’acte », abonde Ikram, une croyante de 44 ans qui n’a pas souhaité donner son patronyme.
« Au niveau de la France, on ne comprend pas ce qu’il se passe. Le gouvernement ne suit pas. Ils sont plutôt en train de nous enfoncer de plus en plus. Il faut absolument agir et que les personnes qui ont de la voix et du pouvoir soient présentes à nos côtés et qu’on puisse travailler tous ensemble pour avoir une meilleure humanité, une meilleure vie », appelle de ses vœux Rahma, une habitante de 56 ans.
