Procès Libyen : Sarkozy de retour à la barre pour répondre à son ex-bras droit

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Au procès de l'ex-président français Sarkozy, débats sur un mystérieux enregistrement de Kadhafi
L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive pour le verdict de son procès en appel dans l'affaire dite Bygmalion, au palais de justice de Paris, le 14 février 2024. © Bertrand GUAY / AFP

Devant la cour d’appel de Paris, Nicolas Sarkozy doit répondre aux attestations de son ancien bras droit Claude Guéant, qui viennent fissurer l’unité affichée jusqu’ici dans le dossier du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de 2007.

Depuis mi-mars, l’ancien président français est rejugé pour avoir, selon l’accusation, bénéficié de fonds occultes en provenance du régime de Mouammar Kadhafi. Au cœur de cette cinquième journée d’interrogatoire, les écrits de Claude Guéant, datés des 11 et 26 avril, marquent un tournant. Malade et absent des audiences, l’ex-secrétaire général de l’Élysée contredit désormais son ancien chef, sans l’incriminer directement mais en brisant leur solidarité.

Guéant insiste avoir toujours « suivi les instructions » de Nicolas Sarkozy, mais il rappelle aussi des épisodes sensibles : un dîner officiel à Tripoli en juillet 2007 où aurait été évoqué le sort d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et condamné en France pour l’attentat du DC-10 d’UTA. Selon lui, Sarkozy ne pouvait ignorer ces discussions. L’ancien président, lui, oppose « le démenti le plus formel », affirmant qu’aucune faveur n’a été promise à Senoussi.

Les divergences s’étendent à une réunion en Libye fin 2005, impliquant les avocats Thierry Herzog et Francis Szpiner. Sarkozy reconnaît désormais la crédibilité de ce déplacement, tout en niant en être à l’origine. Guéant, dans ses attestations, souligne que Herzog avait évoqué ce mandat auprès du président, renforçant l’idée d’une connaissance partagée.

Sarkozy entre mémoire sélective et accusations croisées

Au fil des audiences, l’accusation tente de démontrer que le « pacte de corruption » a pris forme dès 2005, lors d’une rencontre entre Guéant et Senoussi. L’ancien préfet affirme que ces échanges étaient incontournables dans le contexte diplomatique, mais qu’ils n’ont jamais débouché sur des engagements concrets. Sarkozy, de son côté, martèle qu’« rien n’a été engagé en faveur de M. Senoussi ».

La question des voyages en Libye entre 2008 et 2010 illustre également cette fracture. Guéant soutient qu’ils ont été effectués « à la demande » du président, sur des sujets diplomatiques et commerciaux. Sarkozy assure n’en avoir guère le souvenir. Cette mémoire sélective nourrit les soupçons de l’accusation, qui voit dans ces déplacements la continuité d’un système de financement occulte.

Lire aussi. Au procès libyen, Sarkozy pointe une « erreur » de ses collaborateurs

Au-delà des faits, l’enjeu est considérable pour Nicolas Sarkozy : son honneur d’ancien chef de l’État et sa liberté de citoyen. Déjà condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, il a passé vingt jours derrière les barreaux. La décision finale est attendue en novembre, après la clôture du procès fin mai.

Dans ce climat tendu, l’avocat de Claude Guéant, Philippe Bouchez El Ghozi, souligne l’impact psychologique des déclarations de Sarkozy sur son client. « Elles lui ont porté plus qu’un coup au moral », a-t-il confié, estimant que Guéant aura « beaucoup de mal à digérer » cette rupture.

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