Quid d’un Etat palestinien? Trump sème la consternation 

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Quid d'un Etat palestinien ? Trump sème la consternation 
Le président Trump dévoile un plan pour un accord de paix global entre Israël et les Palestiniens, le 28 janvier 2020. © DR.

En proposant de prendre le « contrôle » de la bande de Gaza, Donald Trump a non seulement stupéfait le monde mais s’est démarqué de la politique de longue date des Etats-Unis en faveur d’un Etat palestinien.

Le président américain, jamais à court de déclarations fracassantes, a évoqué mardi le déplacement « permanent » des Palestiniens hors de la bande de Gaza dévastée par quinze mois de guerre, et sa volonté de faire du territoire palestinien « la Côte d’Azur du Moyen-Orient ».

Ses propos ont suscité mercredi une levée de boucliers à travers le monde, en particulier arabe, car semblant remettre en cause le droit à l’autodétermination des Palestiniens, certains dénonçant rien moins qu’un futur « nettoyage ethnique ».

Le milliardaire républicain, qui se veut pragmatique et adepte d’une politique étrangère transactionnelle, n’a pas non plus écarté l’envoi de troupes dans la région, malgré ses promesses de campagne.

La Maison Blanche s’est évertuée mercredi à tempérer ses propos, la porte-parole Karoline Leavitt assurant que les Etats-Unis ne « financeraient » pas la reconstruction à Gaza, et qu’il ne s’était pas « engagé » à y envoyer des troupes.

De son côté, le secrétaire d’Etat Marco Rubio a indiqué, depuis le Guatemala, que M. Trump ne cherchait pas à être « hostile ».

« Il s’agissait, je pense, d’un geste très généreux – l’offre de reconstruire et d’être en charge de la reconstruction », a-t-il dit.

Lire aussi: Projet de Trump pour Gaza: « une forme de colonisation du XXIe siècle », dit Amnesty International

Il était difficile de mesurer si le président américain a lâché sa proposition comme une tactique de négociation ou pour faire distraction, alors qu’Israël et le Hamas doivent négocier la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 19 janvier.

Cette deuxième phase doit permettre la libération des derniers otages et la fin définitive de la guerre provoquée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Les commentaires de Donald Trump « garantiraient pratiquement un conflit régional plus large s’il poursuivait sérieusement cette idée », confie Sina Toossi, du Center for International Policy, un cercle de réflexion, en soulignant que « cela briserait la politique américaine de longue date d’une solution à deux Etats ».

« A court terme, la question clé est de savoir si Trump poussera (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu à mettre pleinement en oeuvre l’accord de cessez-le-feu à Gaza, y compris sa deuxième phase cruciale, ou s’il permettra plutôt à Netanyahu et à son cabinet faucon de relancer la guerre », ajoute-t-il.

Le scénario qui s’est joué mardi en pleine visite du Premier ministre israélien à Washington était remarquable à plus d’un égard.

Les conseillers de Trump, l’émissaire pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, et le conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, ont d’abord mis en cause les délais, jugés irréalistes, de reconstruction à Gaza une fois la guerre terminée, soulignant que le territoire palestinien serait inhabitable durant de longues années.

Lire aussi: Trump veut prendre « possession » de la bande de Gaza et en faire « la Côte d’Azur du Moyen-Orient »

Puis, le président Trump, qui avait déjà provoqué un tollé il y a une dizaine de jours en formulant l’idée de faire « le ménage » dans la bande de Gaza, a dit, en signant des décrets, que les Palestiniens « adoreraient quitter Gaza », transformé en « chantier de démolition ».

Dans la foulée, il a reçu un Benjamin Netanyahu rayonnant à la Maison Blanche, renchérissant sur la nécessité de relocaliser les Palestiniens, avant de lâcher, en pleine conférence de presse, sa proposition de prendre « possession » du territoire palestinien pour en faire un « endroit merveilleux ».

M. Netanyahu, qui rejette toute idée de création d’un Etat palestinien, s’est empressé de saluer un dirigeant qui « pense hors des sentiers battus ».

Ce faisant, Donald Trump, qui ne parle presque jamais explicitement de la perspective d’un Etat palestinien, a pris le contrepied de décennies de politique étrangère américaine en soutien à la solution de deux Etats côte à côte, israélien et palestinien.

Pour Brian Finucane, expert de la politique étrangère américaine à l’International Crisis Group à Washington, « il est très difficile de savoir comment prendre au sérieux les commentaires de Trump, bien qu’ils semblent certainement miner l’idée que son administration soutient une solution à deux Etats dans laquelle l’Etat palestinien inclut Gaza ».

Mais, ajoute-t-il, « aucune des conditions préalables (à l’application de ce plan) ne semble probable », citant le déplacement volontaire des Palestiniens et que d’autres Etats de la région acceptent de les accueillir.

Malgré tout, juge Mirette Mabrouk, du Middle East Institute à Washington, « vous aurez des gens qui diront que la solution des deux Etats est morte, mais il n’y a pas d’autre option ».

 

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