Depuis le 5 octobre, l’enseignement public marocain est paralysé par des grèves et des manifestations…
“Paroles d’Experts” de Faïçal Tadlaoui. Éducation et santé: deux chantiers longtemps négligés
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Dans cette nouvelle saison de « Paroles d’Experts », Faïçal Tadlaoui reçoit Hamid Faridi, expert en communication politique, et Salaheddine Nabirha, expert en éducation. Ensemble, ils reviennent sur les tensions sociales récentes et interrogent le modèle de développement du Maroc. Le constat est sans appel : si le pays a avancé sur le plan des infrastructures, il reste profondément fragilisé sur le plan humain.
Le Maroc a connu en vingt-cinq ans une transformation indéniable que l’on peut observer tous les jours : infrastructures routières, projets industriels, réduction de l’analphabétisme, grands événements sportifs, et politique énergétique ambitieuse. Ces évolutions traduisent une volonté affirmée de modernisation du pays. Pourtant, les retombées de ces efforts ne sont pas ressenties de manière homogène à travers le territoire.
Les intervenants soulignent que les investissements ont principalement ciblé des domaines techniques et matériels. Ce choix stratégique a permis d’obtenir des résultats concrets et mesurables, mais il a aussi relégué au second plan les dimensions humaines du développement, telles que l’éducation, la santé et la qualité des services publics. Le développement humain, par nature plus complexe et moins immédiat dans ses effets, n’a pas bénéficié de la même intensité d’engagement.
Une population confrontée à des inégalités persistantes
Ce déséquilibre entre infrastructure et inclusion sociale contribue à l’élargissement de la fracture entre les régions modernisées et celles laissées en marge. Dans plusieurs territoires, notamment ruraux, les populations continuent d’éprouver des difficultés d’accès à des services essentiels. Les experts rappellent que ces réalités ont été dénoncées depuis des années, sans réelle prise en compte institutionnelle.
La question de l’équité territoriale est centrale : certaines routes, hôpitaux ou écoles semblent figées dans le temps, sans que les grands projets nationaux ne modifient concrètement le quotidien des habitants. Cette stagnation dans certaines zones contraste fortement avec l’image de modernité projetée à l’international.
L’émission accorde une attention particulière à l’état du système éducatif. L’école publique peine à remplir sa mission d’ascenseur social. Le décrochage entre les attentes des jeunes générations et la réalité de l’offre éducative alimente frustrations et démobilisation. Ce phénomène est accentué par un sentiment d’abandon ressenti dans les quartiers défavorisés et les zones rurales, où les moyens sont souvent insuffisants.
La santé, autre pilier fondamental, connaît des dysfonctionnements similaires. L’accès aux soins de qualité reste inégal selon les régions, et le manque de personnel qualifié, d’équipements ou de coordination continue de fragiliser le système, notamment en période de crise.
Un tournant générationnel et politique
Les mouvements sociaux récents révèlent un changement d’attitude au sein de la population, notamment chez les jeunes. Cette génération, mieux informée et plus connectée, manifeste des attentes précises en matière de justice sociale, de reconnaissance et de perspectives d’avenir. Elle ne se satisfait plus d’un développement visible mais excluant.
Les intervenants évoquent la nécessité de repenser le modèle de développement à la lumière de ces évolutions. Il s’agit désormais de donner une place centrale au capital humain, à la cohésion sociale, et à la dignité des citoyens dans les politiques publiques. Cette réorientation est perçue comme une condition sine qua non pour éviter une fracture durable et irréversible.
Vers un nouveau contrat social ?
Les intervenants suggèrent un changement de cap stratégique. Loin de rejeter les progrès réalisés, ils appellent à une redéfinition des priorités. Ce rééquilibrage passerait par un engagement fort en faveur des services publics, une gouvernance locale plus efficace, et une reconnaissance des besoins spécifiques de chaque territoire.
En somme, la question posée est moins celle du ralentissement du développement marocain que de son recentrage. Pour que la croissance soit réellement partagée, elle doit inclure les dimensions humaines et sociales que beaucoup jugent aujourd’hui trop négligées.
