CAN 2025: la contre‑attaque sénégalaise, ou l’art de fabriquer un scandale

Publié le
CAN 2025: la contre‑attaque sénégalaise, ou l’art de fabriquer un scandale
Abdoulaye Fall a pris la parole, jeudi 26 mars, sur l’exclusion du Sénégal de la CAN 2025. © SEYLLOU / AFP

Entre indignation publique et calcul juridique, la Fédération sénégalaise de football multiplie les attaques contre la décision de la CAF. Mais derrière la mise en scène politique, Dakar pourrait bien avoir offert au Maroc un avantage stratégique inattendu devant le TAS.

La décision de la Cour d’appel de la CAF d’accorder au Maroc une victoire sur tapis vert en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025) n’a pas seulement irrité les dirigeants du football sénégalais. Elle a déclenché, ce jeudi, une véritable offensive médiatico‑politique orchestrée par la Fédération sénégalaise de football (FSF). Une conférence de presse exceptionnelle, un vocabulaire martial, des accusations à peine voilées : le Sénégal a choisi la confrontation frontale. Quitte à transformer un litige sportif en affaire d’État.

« L’heure est grave », a lancé d’emblée Abdoulaye Fall, président de la FSF, évoquant un « braquage administratif » et des « joueurs spoliés ». Le ton est posé : dramatique, indigné, presque insurrectionnel. L’objectif est clair : déplacer le débat du terrain sportif vers un terrain moral, voire géopolitique. Le Maroc n’est plus un adversaire footballistique, mais un acteur d’un supposé « chantage diplomatique ». Une accusation lourde, sans preuve, mais efficace pour galvaniser une opinion nationale déjà chauffée à blanc.

L’avocat qui parle de « pièce de théâtre »

La charge la plus virulente est venue de l’avocat de la FSF, Me Seydou Diagne. Selon lui, la décision de la CAF serait « absurde », « irrationnelle », « intolérable ». Il évoque une audience « jamais levée », une procédure « violée », un « attentat au football ». Le vocabulaire n’est pas anodin : il vise à délégitimer l’institution elle‑même, à suggérer une justice sportive corrompue ou manipulée.

Le message sous‑jacent est limpide : si le Maroc a gagné, ce n’est pas par droit, mais par influence. Une manière de déplacer la responsabilité, d’éviter l’autocritique et de transformer une défaite administrative en bataille politique.

Me Pierre‑Olivier Sur, autre avocat de la FSF, a ajouté une couche supplémentaire en évoquant une « médaille empoisonnée » et en laissant planer l’ombre de la corruption. Aucune preuve, aucune allégation précise, mais un champ lexical soigneusement choisi : « poison », « pénal », « investigations ».
L’objectif est transparent : installer le doute, même sans fondement. Car dans l’arène médiatique, le soupçon suffit souvent à créer sa propre réalité.

Une stratégie discursive… et un faux pas juridique

Ce discours sénégalais s’inscrit dans une stratégie plus large : victimiser la FSF, diaboliser le Maroc et déplacer le débat du terrain sportif vers le terrain identitaire. Le Maroc, acteur majeur du football africain, devient ainsi le symbole d’un système supposément biaisé. Une posture qui permet à Dakar de se présenter comme le défenseur de « l’intégrité du football africain », tout en évitant de reconnaître les failles de son propre dossier.

Mais derrière cette mise en scène politique, un détail juridique pourrait bien se retourner contre le Sénégal. En déposant son recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), la FSF n’a pas seulement attaqué la CAF : elle a également désigné la Fédération royale marocaine de football (FRMF) comme partie intimée.

Car en impliquant directement la FRMF, Dakar offre au Maroc un statut procédural bien plus puissant : celui de partie principale, pleinement habilitée à défendre ses intérêts, à présenter ses arguments et à accéder à l’intégralité du dossier. Là où le Royaume n’aurait été qu’un bénéficiaire passif d’une décision administrative, il devient désormais un acteur central de la procédure.

Lire aussi. Litige Maroc–Sénégal : ce que le TAS peut changer dans l’affaire de la CAN 2025

Cette configuration transforme les audiences du TAS en une confrontation à trois voix : la CAF, qui défendra la légitimité de sa décision, le Maroc, qui plaidera son droit et son mérite et le Sénégal, désormais contraint de combattre sur deux fronts.

Derrière la FRMF, c’est tout un arsenal d’experts juridiques qui se met en ordre de bataille, prêt à consolider la validité du titre marocain sur le terrain du droit international. En voulant contester la décision de la CAF, la FSF a donc, malgré elle, offert au Maroc une opportunité inespérée : entrer dans l’arène du TAS non pas comme spectateur, mais comme protagoniste doté d’un droit de réponse complet.

Sénégal, CAN 2025, Maroc,
© DR

Une situation qui renforce considérablement la position marocaine, tant sur le plan juridique que symbolique. Et qui laisse le Sénégal face à une équation délicate : comment transformer une indignation politique en victoire procédurale, quand l’adversaire que l’on voulait affaiblir se retrouve, grâce à vous, mieux armé que jamais ?

Sujets

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

CAN 2025: la contre‑attaque sénégalaise, ou l’art de fabriquer un scandale

S'ABONNER
Partager
S'abonner