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Pourquoi les joueurs sont-ils pris pour cible ? Les explications d’Abderrahim Bourkia
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Depuis plusieurs années, les tribunes marocaines sont devenues le théâtre de violences avec des jets de projectiles sur les joueurs, surtout lors de rencontres opposant des clubs rivaux à l’image des derbys et des classicos. Face à ce phénomène inquiétant, Abderrahim Bourkia, écrivain et professeur à l’Institut des sciences du sport (I2S) de l’Université Hassan 1er de Settat, nous apporte ses éclaircissements et ses solutions.
Jets de projectiles dans les stades du Maroc, comment en est-on arrivé là?
Abderrahim Bourkia: Le jet de projectiles est fermement interdit et puni par la loi, il n’empêche qu’il est souvent introduit et utilisé par les supporters, car il fait partie des outils de festivités de l’action supportrice. Il ne faut surtout pas s’en étonner. L’insoumission est l’apanage des supporters et des groupes Ultras. C’est partout pareil dans le monde, et dans l’univers des Ultras. Et c’est à ceux qui gèrent l’organisation des rencontres footballistiques de faire en sorte que les projectiles disparaissent de nos stades.
Les Ultras sont-ils les seuls responsables de ce “phénomène”?
Tous responsables, à commencer par les groupes Ultras eux même. Ils devraient s’accorder sur le fait que c’est un danger pour autrui et qu’ils sont eux aussi concernés par leur sécurité et celle des membres de leur groupe. Ils sont des sujets de droit et doivent donc pénalement répondre à leurs actes.
J’ajoute que les clubs sont eux aussi responsables des agissements de leurs supporters. Il y a quelques mois, le club espagnol de l’Atletico de Madrid a banni à vie un de ses supporters pour jet de projectiles lors du derby madrilène.
Comme je l’ai déjà mentionné, le jet des projectiles est un instrument que l’on utilise dans cet univers qui reste encore obscur qui est celui des Ultras. Et prétendre comprendre ce mouvement qui s’impose à la fois comme synonyme d’une certaine errance socio-économique et d’une mentalité qui gagne du terrain parmi les jeunes et les moins jeunes en perte de repères relève de l’absurde.
Quelle est la différence entre les Ultras marocains et ceux du reste du monde?
Les groupes de supporters sont les mêmes partout dans le monde et bien évidemment au Maroc. C’est bien clair que l’on n’a pas à faire à des hooligans comme les haineux Maccabi ou Beitar (Ultras israéliens) qui se disent « neonazis, fachistes et skinhead ». Cependant, nous avons une autre représentation sociale qui reflète la société marocaine avec nos manières d’être ensemble, de communiquer, de se comporter avec des normes moins conventionnelles qui sont loin des valeurs comme le respect mutuel, la fraternité et la solidarité.
Malgré les punitions de huis clos, cela persiste… Comment mettre fin à ces pratiques qui nuisent à l’image du football national?
A mon avis, l’approche sécuritaire est importante et capitale, par contre elle est insuffisante car le gros travail devrait incomber aux agents de la socialisation élémentaire que sont la famille et l’école et puis les maisons de jeunes, les clubs et ceux qui s’occupent de la politique publique. C’est un tout. Ce que l’on voit au stade n’est que le reflet de notre société y compris les organisateurs, staff techniques et arbitrage. Ils nous montrent les maux qui rongent la société.
Ce sont des jeunes issus de notre société qui sont socialisés à ses formes d’expression. Ils amènent avec eux leur manière d’être au stade. C’est vrai qu’il existe deux types de violence au stade: un inhérent aux activités des ultras et des supporters qui n’exclut pas l’usage de la violence et un autre qui s’invite dans l’enceinte et profite de la présence des foules pour s’adonner à des actes de violence, au vol et aux rackets.
