Viande rouge et poisson: l’Etat doit plafonner les prix durant le Ramadan (Bouazza Kharrati)

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La hausse excessive des prix de la viande rouge et du poisson donne le droit aux autorités de plafonner le prix de ces denrées, soutient Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC).

Le président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC), Bouazza Kharrati, dénonce les dysfonctionnements dans l’approvisionnement et la fixation des prix des produits de grande consommation, notamment la viande rouge et le poisson. Selon le militant, autant au niveau de la viande rouge que du poisson, l’on observe une réelle «pagaille» dont la conséquence directe est l’envolée spectaculaire des prix de ces deux aliments, devenus désormais un luxe pour le Marocain lambda.

Ce grand désordre, Bouazza Kharrati le situe surtout au niveau de l’aval de la chaîne d’approvisionnement. À l’en croire, si les efforts et le dynamisme du Conseil de la concurrence permettent une certaine maîtrise des prix indexés par les producteurs, c’est-à-dire l’amont, l’aval, lui, échappe à toute régulation. «Le nombre pléthorique d’intermédiaires est le véritable problème, car l’autorité n’avait pas envisagé un tel cas de figure.»

Prenant le cas du poisson, notre interlocuteur explique que ce produit s’échange parfois à des prix très bas au niveau des halles dédiées à leur commercialisation aux mareyeurs. Mais ces derniers, au nom d’une entente qui existerait entre eux, le revendraient un peu plus cher à des revendeurs, qui, à leur tour, ajouteraient leur marge auprès des grossistes. Si bien que les prix sur les marchés de gros atteignent le double, voire le triple du prix indexé à l’achat.

Une situation qui enrichit les intermédiaires et vulnérabilise au plus haut point le consommateur, déplore le président de la FMDC, dénonçant le «silence» de l’Office national des pêches (ONP).

Des mesures insuffisantes

Kharrati observe également cette «pagaille» du côté de la viande rouge, «devenue inaccessible pour le consommateur marocain». Selon lui, plusieurs facteurs justifient l’inefficacité des mesures prises par l’État. Indiquant que «les quantités d’importations arrêtées par l’État ne pouvaient impacter que de 11% le besoin national en viande rouge», il souligne qu’il aurait fallu, à minima, doubler les importations pour obtenir un effet levier en faveur d’une baisse sérieuse et durable des prix pour le consommateur. La FMDC a d’ailleurs mené une étude dans ce sens, dont les recommandations ont été transmises au ministère de tutelle.

Lire aussi : Hausse des prix des fruits et légumes, ce qu’il en est au marché de gros de Casablanca (vidéo)

Autre problème relevé par le président de la FMDC: la mise en concurrence déloyale des produits importés, exonérés de taxes, avec les produits locaux qui, eux, y sont soumis. La conséquence de cette situation est que la viande rouge importée, bénéficiant de déductions fiscales et subventionnée par l’État, est finalement écoulée au même prix que la viande rouge locale.

Activer l’exception définie par la loi

Pour le président de la FMDC, qui revendique en son sein cinq organisations de défense des droits des consommateurs, les irrégularités relatées plus haut et les hausses galopantes qui s’ensuivent requièrent une action vigoureuse des autorités compétentes: «L’État doit plafonner le prix des viandes rouges et du poisson.» Une demande qu’il estime ne pas être contraire au principe de l’économie de marché dans lequel le Maroc est inscrit.

Kharrati évoque à ce titre l’article 4 de la loi n° 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence. Ce texte de loi stipule en effet que «des mesures temporaires contre des hausses ou des baisses excessives de prix, motivées par des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un secteur déterminé, [peuvent être] prises par l’administration, après consultation du Conseil de la concurrence».

bouazza kharrati
Bouazza Kharrati, président de la FMDC dénonce la pagaille et appelle au plafonnement des prix de la viande rouge et du poisson.©DR

Il ne fait aucun doute, pour le responsable associatif, qu’à quelques jours du mois sacré du Ramadan, le Maroc se trouve dans le premier cadre décrit par la loi, à savoir les hausses excessives sur ces deux aliments indispensables à la bonne santé des populations.

Pour clore, Kharrati trouve redondants les propos du gouvernement visant à rassurer les populations à l’approche du Ramadan. «Le nécessaire devrait se faire avant l’arrivée du Ramadan», martèle-t-il.

Il est important de souligner que notre démarche auprès de l’ONP afin d’obtenir des éclaircissements sur son rôle dans le suivi des acteurs intervenant dans la chaîne d’approvisionnement du poisson sur les marchés est restée infructueuse, tant au niveau de la direction régionale de Casablanca que de la direction générale. «On est soumis à des autorisations pour toute déclaration à la presse», a fait savoir une voix autorisée de la direction de Casablanca.

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