Affaire «Moul Lhout» à Marrakech: le caïd révoqué, appel à une enquête approfondie

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Marrakech: scandale autour de «Moul Lhout», limogeage d’un caïd et appel à une reddition des comptes
Après la fermeture controversée du commerce de «Moul Lhout», le wali de la région Marrakech-Safi, Farid Chourak, a décidé de démettre le caïd de l’arrondissement administratif de Hay Hassani de ses fonctions © Montage Mehdi Moussahim

Après la fermeture controversée du commerce Abdelilah Ajjout, plus connu sous le nom de «Moul Lhout» à Marrakech, le wali de la région Marrakech-Safi, Farid Chourak, a décidé de démettre le caïd de l’arrondissement administratif de Hay Hassani de ses fonctions et de l’affecter au siège de la wilaya, sans lui confier de nouvelle mission.

La fermeture musclée du commerce d’Abdelilah Ajjout, alias «Moul Lhout», à Marrakech, continue de susciter une vive polémique. Ce poissonnier, devenu une célébrité sur TikTok, a vu son magasin brutalement scellé par les autorités locales, déclenchant une vague de solidarité populaire et de colère sur les réseaux sociaux.

Considérée comme un excès de zèle, la décision du caïd de l’arrondissement administratif de Hay Hassani à Marrakech de fermer le commerce du poissonnier lui a valu une révocation et une affectation à la wilaya de la région Marrakech-Safi.

Fermeture abusive et illégale

La fermeture du petit magasin du poissonnier de Marrakech a provoqué une vague de réactions parmi les habitants de la région et les acteurs locaux, mais également une grande vague de solidarité sur les réseaux sociaux.

Selon des sources bien informées, le caïd limogé avait supervisé une opération de contrôle au cours de laquelle le Bureau communal d’hygiène — l’organisme légalement chargé de l’exercice de la police administrative sur le territoire de la commune de Marrakech — avait été écarté.

Cette campagne de contrôle s’était soldée par la rétention de «Moul Lhout» au siège de l’arrondissement administratif, un acte que plusieurs observateurs ont qualifié de dépassement illégal ayant contribué à l’escalade des tensions locales.

Le wali joue la carte de l’apaisement

Le wali de la région Marrakech-Safi a réagi rapidement à cette affaire, en décidant de révoquer le caïd concerné et de le remplacer par un nouveau caïd affecté à l’arrondissement administratif Al Massira.

Face à la polémique grandissante et pour calmer les ardeurs, Farid Chourak a reçu Abdelilah Ajjout mercredi et a autorisé la réouverture du commerce.

Le représentant du Roi dans la région Marrakech-Safi a également facilité le retour du poissonnier au marché de gros de Marrakech où il avait été interdit d’approvisionnement pendant plusieurs semaines. Il l’a également assuré d’un accès direct aux autorités en cas de nouvelles pressions.

Un simple fusible? L’alerte de Mohamed Ghalloussi

Cette gestion en urgence ne convainc pas tout le monde. Commentant l’affaire, l’avocat et militant des droits de l’homme Mohamed Ghalloussi a déclaré que si ce fait (la rétention administrative, NDLR) était avéré, il constituerait un délit puni par le Code pénal.

Le président de l’Association marocaine pour la protection des biens publics (AMPBP) appelle à l’ouverture d’une enquête judiciaire pour déterminer les circonstances et les responsabilités de cette détention si elle est avérée, et sanctionner tous les responsables impliqués dans cet acte qui représenterait une grave violation des droits de l’Homme, bien au-delà d’une simple faute administrative.

«Je crains que le caïd soit sacrifié comme bouc émissaire pour calmer la colère populaire, sans que les véritables responsables ne soient inquiétés. Je ne le connais pas personnellement et j’ignore même son nom, mais il pourrait être tenu responsable dans la limite de ses fonctions. Toutefois, il serait injuste que d’autres responsables, peut-être plus impliqués, échappent à toute sanction», déclare Ghalloussi dans un post Facebook.

Le militant estime que même si la rencontre entre le Wali de Marrakech-Safi et «Moul Lhout» pour tenter de trouver une solution à son problème est une initiative positive, celle-ci ne doit pas se substituer à une enquête approfondie sur les événements du mardi 25 février.

Des zones d’ombre persistent

Ghalloussi demande au ministère de l’Intérieur de répondre aux attentes de l’opinion publique en ouvrant une enquête rapide, complète et transparente sur cette affaire, en répondant aux questions suivantes: pourquoi une commission mixte s’est-elle rendue au magasin de poisson de «Moul Lhout» pour le fermer immédiatement après la polémique, alors que ce commerce était en activité publiquement depuis longtemps? Pourquoi cette intervention n’a-t-elle pas eu lieu avant le déclenchement de la polémique? Tous les commerces de poisson à Marrakech respectent-ils les normes de vente et sont-ils contrôlés par les commissions compétentes de la même manière que «Moul LHout»?

Ghalloussi s’interroge également: «Le caïd de l’arrondissement Hay Hassani est-il le seul responsable des infractions présumées? Ou existe-t-il d’autres responsables exclus de toute responsabilité? Qui sont les acteurs et les réseaux impliqués dans la spéculation sur le poisson à Marrakech, qui tirent de gros profits en exploitant chaque occasion? Quelles mesures ont été prises à l’encontre de ceux qui monopolisent ce secteur en abusant de la faiblesse des contrôles et de la loi?»

Lire aussi: Marrakech: réouverture du commerce de «Moul Lhout», symbole de la lutte contre les spéculateurs

L’avocat du barreau de Marrakech insiste, par ailleurs, sur la liaison entre responsabilité et reddition des comptes: «Lier la responsabilité à la reddition des comptes est incompatible avec la pratique consistant à sacrifier de simples fonctionnaires subalternes pour donner l’illusion que l’autorité fait son travail, tout en protégeant les  »gros poissons » qui profitent du système.»

L’affaire «Moul Lhout» met en lumière l’inefficacité des mécanismes de contrôle et de supervision, ainsi que la responsabilité de l’ensemble des intervenants concernés, poursuit-il, mettant en garde contre l’impunité dont bénéficient certains intermédiaires influents et protégés en raison de leur proximité avec les cercles du pouvoir. «Il est temps de demander des comptes aux gros poissons. Le peuple en a assez de voir de simples fonctionnaires sacrifiés», conclut-il.

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