Tunnel de Sebta–Fnideq: les révélations chocs d’un ex-militaire devenu trafiquant (vidéo)

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Tunnel de drogue de Sebta : la BNPJ sur les traces d’un réseau transfrontalier tentaculaire
© Garde civile espagnole

Dans un témoignage explosif relayé par la presse espagnole, un trafiquant marocain de drogue a révélé l’existence d’un tunnel souterrain secret reliant la ville de Fnideq au préside occupé de Sebta, utilisé par une vaste organisation criminelle internationale pour faire passer des tonnes de haschich vers l’Espagne.

Ce témoignage, livré dans le cadre d’un accord de coopération avec la justice espagnole, a permis aux autorités de lancer l’opération « Hadès », qui a mené à la découverte du tunnel et à l’arrestation de huit personnes, dont deux membres de la Guardia Civi, précise le quotidien espagnol El Mundo.

Un réseau structuré, une corruption systémique

Le trafiquant, ancien militaire dans une unité d’artillerie côtière, a dévoilé les méthodes minutieuses employées par le réseau, qui envoyait des dizaines de tonnes de haschich chaque mois vers la péninsule ibérique. Le transport se faisait via des camions équipés de conteneurs, avec la complicité de douaniers corrompus au port de l’enclave de Sebta.

Selon ses dires, les membres de la Guardia Civil impliqués recevaient entre 70.000 et 100.000 euros par opération, selon la quantité de marchandise. Le système de passage était quasi théâtral: «Le chauffeur s’arrêtait, ouvrait la remorque, jetait un coup d’œil, refermait, et on lui disait de continuer. Aucun chien, aucun scanner, aucune inspection».

Le tunnel de Sebta: une révélation inattendue

Mais la plus grande révélation concerne un tunnel clandestin situé dans la zone industrielle de Tarajal, à proximité du poste frontalier. Le trafiquant l’a décrit comme un passage étroit, parfois submergé, comportant plusieurs embranchements, accessible depuis un entrepôt désaffecté côté Sebta et reliant le territoire marocain. Plus précisément, la zone de Findeq à la ville occupée.

Ce tunnel, ignoré des services de sécurité jusqu’alors, aurait été utilisé depuis septembre 2022 par un autre groupe criminel distinct, ce qui souligne la complexité du narco-paysage transfrontalier.

Perquisitions et arrestations

À la suite de ces révélations, les forces espagnoles ont investi un ancien entrepôt de fabrication de bière, où ils ont effectivement retrouvé l’entrée du tunnel. Certaines sections étaient inondées ; d’autres contenaient des vêtements mouillés et des couvertures, vraisemblablement utilisées pour envelopper des ballots de haschich.

Les autorités ont également saisi environ 7,1 tonnes de haschich et arrêté huit personnes, dont deux agents en poste au port de Sebta. Deux autres sont toujours sous le coup d’une enquête, dont Mohamed Ali Duas, membre du conseil municipal de Sebta et député de la formation Mouvement de la dignité et de la citoyenneté, également cité dans l’affaire.

Un trafiquant repenti en liberté conditionnelle

En raison de sa coopération, le baron de la drogue a bénéficié d’une remise en liberté provisoire dans l’attente de son procès. Il a invoqué des circonstances personnelles difficiles – une épouse enceinte à risque et un frère schizophrène sous sa garde – pour motiver son changement de cap. « Si vous m’aidez, ce sera la dernière fois que vous me verrez ici », a-t-il dit au juge.

L’enquête reste en cours pour cartographier l’ensemble du réseau, y compris les ramifications locales et internationales.

La BNPJ enquête côté marocain

Du côté marocain, la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a, sur instruction du parquet, pris en charge l’enquête.

Après des investigations préliminaires menées par la Gendarmerie royale dans la région de Tétouan, en coopération avec les autorités espagnoles, dans le cadre de l’opération baptisée «Hadès» par la Garde civile espagnole, le Ministère public a décidé de confier le dossier à la BNPJ.

Les premiers forages effectués sur le terrain par les éléments de la Gendarmerie ont confirmé l’existence d’une galerie souterraine clandestine, utilisée depuis plusieurs années par des trafiquants de drogue.

Bien que les inspections, réalisées à l’aide de capteurs équipés de caméras, aient permis de localiser partiellement le tunnel, elles n’ont pas encore abouti à une cartographie complète. Le transfert du dossier à la BNPJ marque ainsi une étape cruciale pour identifier les parties ayant aidé le réseau démantelé à Sebta à étendre ses ramifications au territoire marocain, ainsi que les individus impliqués dans ce trafic transfrontalier.

Les investigations marocaines sont menées dans le plus grand secret, et aucun résultat officiel n’a encore été rendu public. Avec l’évolution de l’enquête qui se poursuit, cette affaire pourrait devenir un scandale politico-judiciaire majeur, tant les ramifications s’étendent au cœur des institutions espagnoles et au-delà des frontières. L’implication d’un député, de membres de sa famille et de forces de l’ordre met en lumière les liens troubles entre pouvoir, criminalité et corruption dans ce point de passage stratégique entre l’Europe et l’Afrique.

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