Véhicules électriques : disponibles, mais une infrastructure en panne de financement et de cadre réglementaire

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Véhicules électriques
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Les véhicules électriques gagnent du terrain au Maroc, mais l’infrastructure de recharge reste le maillon faible. Malgré un marché en pleine expansion, l’APIME alerte sur les freins réglementaires et financiers qui entravent la transition. Le virage est amorcé, mais la mobilité verte attend encore ses relais concrets.

Le Maroc vit une mutation visible dans son paysage automobile. Les modèles électriques se multiplient, les consommateurs s’y intéressent, et les institutions affichent leur soutien.

Pourtant, derrière cette dynamique apparente, un verrou persiste : celui de l’infrastructure de recharge, encore trop fragile pour soutenir une adoption massive. C’est ce que soulignent les responsables de l’Association professionnelle intersectorielle pour la mobilité électrique (APIME)  qui alertent sur les freins réglementaires et financiers qui entravent la transition.

«Niveau véhicules, il n’y a aucun souci à l’heure actuelle», affirme Omar El Harti, président de l’APIME. En effet, le marché marocain propose désormais une gamme étendue, allant de modèles accessibles comme la Dacia Spring à des véhicules premium comme la Tesla Model Y.

Les immatriculations de voitures électriques ont atteint 2 417 unités au premier semestre 2025, soit une hausse de 132 % par rapport à l’année précédente. Pour Mehdi El Guermai, directeur général de l’association, «les Marocains et Marocaines sont de plus en plus familiers avec les nouveaux modèles de mobilité durable».

Cette évolution s’accompagne d’un cadre fiscal favorable : exonération de la taxe annuelle, réduction des droits de douane, primes d’achat allant jusqu’à 100 000 dirhams pour les professionnels.

«Le Royaume est très en avance par rapport à de nombreux pays», souligne El Guermai. L’écart de prix entre thermique et électrique, qui atteignait 45 % en 2022, est désormais réduit à 15–20 %.

Mais l’APIME reste prudente. «On est au stade de l’intérêt, et là on suscite l’intérêt de toutes les parties prenantes», rappelle El Harti. L’association multiplie les actions de sensibilisation, les formations et les événements, comme le salon MEAM prévu se tenir du 16 au 18 septembre prochain à Casablanca, sous l’égide du ministère de l’Industrie.

Le nerf de la guerre : l’infrastructure de recharge

Si les véhicules sont là, les bornes, elles, peinent à suivre. «C’est le nerf de la guerre et c’est sur ce point qu’on travaille en plus», insiste El Harti.

Le Maroc compte aujourd’hui 632 bornes publiques, dont 142 stations de recharge rapide. Le pays prévoit d’en installer 100 supplémentaires d’ici fin 2026, avec une puissance de 350 kW. Mais pour l’APIME, cela reste insuffisant.

Un autre hiatus, le grisbi ! «La grosse problématique, c’est la problématique de financement», tranche El Harti. Ni le secteur public ni le privé ne débloquent les moyens nécessaires. Et au-delà des moyens, c’est le cadre réglementaire qui freine.

«Personne, à part les régies, n’a le droit aujourd’hui de vendre de l’énergie. C’est inconstant.» Les opérateurs contournent cette interdiction en vendant des minutes de recharge, sans pouvoir facturer l’électricité elle-même.

La loi 82-21 sur la basse tension n’a pas encore levé ces obstacles. «Ce n’est pas que la borne aujourd’hui, c’est le maillage de la distribution électrique», rappelle El Harti.

Dans ce contexte, le solaire, évoqué comme levier, reste toutefois marginal. «La mobilité durable, c’est quand on pourra nous sourcer de l’énergie qui vient du solaire. Mais on ne le voit pas sur le terrain.»

Véhicules électriques : une feuille de route en attente de relais

Face à ces défis, l’APIME a élaboré une feuille de route ambitieuse. «Elle vient poser les jalons du secteur à commencer par le modèle pratique de l’infrastructure de recharge au Maroc», explique El Guermai. Elle intègre aussi le déploiement des véhicules, la professionnalisation, la normalisation et la communication.

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Mais cette feuille de route reste partiellement confidentielle. « On peut donner les grandes lignes », concède El Harti. L’association travaille en étroite collaboration avec les organes de tutelle, mais attend des signaux plus forts.

«Les usagers doivent arriver à un certain point à se déplacer sans avoir à se soucier de la présence ou de la suffisance des points de recharge.»

Alors que le Maroc vise 150 000 véhicules électriques en circulation d’ici 2030, et que le ministère de l’Énergie rêve qu’un véhicule neuf sur cinq vendu au Maroc sera électrique dès 2026, des verrous demeurent. D’ordre infrastructurel et technique surtout…Pour y remédier, il faudra nécessairement réglementaires, sécuriser les financements et accélérer le déploiement des infrastructures.

«La mobilité verte n’est pas comprise. C’est un projet. Mais on ne le voit pas sur le terrain», conclut El Harti. Le virage est amorcé, mais reste suspendu à des arbitrages encore trop timides.

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