Électricité verte: au Maroc, un marché de 30 milliards de dollars entravé par la réglementation

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Énergie, Transition Energétique
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Selon un rapport du think tank IMAL, le Maroc pourrait produire jusqu’à 66,8 TWh d’électricité verte grâce aux toitures photovoltaïques. Mais des obstacles juridiques et administratifs freinent l’essor de ce marché estimé à plus de 30 milliards de dollars d’ici 2035.

Le Maroc, pourtant cité comme modèle en matière de transition énergétique en Afrique, fait face à un paradoxe préoccupant. Selon un rapport publié par l’Initiative IMAL pour le Climat et le Développement, le Royaume accuse un retard structurel dans le déploiement des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés (SERD), malgré leur potentiel économique estimé à plus de 30 milliards de dollars d’ici 2035.

Intitulé «Le potentiel des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés au Maroc», le document s’appuie sur des données modélisées à partir des 12 régions du pays. Il en ressort que le Maroc pourrait produire jusqu’à 66,8 TWh d’électricité verte via des installations photovoltaïques sur les toitures, soit une capacité installée de 28,58 GW. Ce scénario optimiste permettrait d’éviter près de 48 millions de tonnes de CO₂ et de générer jusqu’à 43.000 emplois directs et indirects.

Lire aussi. Energies renouvelables au Maroc: le secteur redéfinit sa stratégie

Mais cette dynamique est freinée par plusieurs obstacles réglementaires. L’accès au réseau pour les installations solaires en autoconsommation reste limité, en raison de contraintes imposées par les opérateurs de distribution. Quant à la loi 82.21, censée encadrer l’autoproduction, elle n’a toujours pas vu ses décrets d’application publiés, créant une incertitude juridique qui dissuade les investisseurs et ralentit les initiatives citoyennes.

Le rapport pointe également un déséquilibre dans les priorités de la politique énergétique nationale, trop centrée sur les grands projets centralisés. Cette orientation bloque l’intégration des solutions locales, pourtant plus résilientes et mieux adaptées aux besoins territoriaux.

Les auto-producteurs, eux, se heurtent à des procédures lourdes, à des exigences techniques coûteuses et à une absence de reconnaissance officielle pour les entreprises de services énergétiques (ESCO).

Recommandations

Face à ce constat, IMAL formule plusieurs recommandations stratégiques. Le think tank appelle à libérer le potentiel des SERD en accompagnant les opérateurs de réseau, à renforcer la gouvernance du secteur par un régulateur indépendant, et à accélérer l’adoption des réseaux intelligents pour faciliter le flux bidirectionnel d’électricité.

Il propose également la création d’un fonds national dédié à l’intégration des SERD et l’opérationnalisation rapide de la loi sur l’autoproduction.

Pour IMAL, l’enjeu est crucial: ignorer un tel potentiel reviendrait à hypothéquer une part essentielle de la souveraineté énergétique du Maroc. À l’heure où le Royaume vise à tripler sa capacité renouvelable installée d’ici 2030, l’énergie décentralisée pourrait devenir un levier majeur de compétitivité, d’inclusion territoriale et de résilience climatique.

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