Huile d’olive: année record, le litre sera autour de 55 DH, selon Rachid Benali (Interprolive)

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Huile d'olive
Photo d'illustration © Unsplash

Rachid Benali, président d’Interprolive, revient sur l’actualité de la filière oléicole et de l’huile d’olive marocaine, notamment la production record de la campagne en cours et les défis structurels qui surgissent dans ce contexte d’abondance. Il aborde également la problématique de la qualité et de la compétitivité.

Pour le président de l’Interprofession marocaine de l’olive (Interprolive), Rachid Benali, interrogé par H24Info, il n’y a aucun doute à se faire: la campagne oléicole 2025-2026 s’annonce comme l’une des plus exceptionnelles de l’histoire récente. «Nous avons une année record, une très forte production», affirme-t-il, fixant ses estimations à plus de 2 millions de tonnes d’olives et plus de 200.000 tonnes d’huile d’olive. Ces chiffres, encore provisoires, traduisent une dynamique rare qui place la filière dans une situation de surabondance.

Parmi les nombreux facteurs ayant favorisé cette performance, Benali identifie d’abord une pluviométrie favorable au printemps, notamment en mars et en avril. Cela a permis aux vergers de bénéficier d’un apport hydrique décisif. Ensuite, l’entrée en production des plantations issues du Plan Maroc vert (PMV) a joué un rôle majeur. «Ce sont généralement les petits agriculteurs, ce qu’on appelait à l’époque piliers 2, qui sont entrés en production», précise-t-il. Ces exploitations, longtemps en phase de maturation, ont donc enfin livré leurs fruits, contribuant à une entrée massive de volumes sur le marché.

C’est cette conjonction de facteurs qui occasioné une véritable année faste, avec les producteurs, grands et petits, qui voient leurs récoltes atteindre des niveaux inédits. Mais des fragilités structurelles apparaissent déjà, menaçant la durabilité de ce succès.

Des défis structurels persistants

En effet, si la capacité de transformation ne pose pas de problème, avec plus de 1.000 unités modernes et 11.000 unités traditionnelles capables de triturer l’ensemble de la production, d’autres maillons de la chaîne révèlent leurs limites. Le premier concerne le stockage. «Il y aura un problème de stockage de l’huile parce qu’il n’y a pas assez de citernes équipées», alerte le président d’Interprolive. L’absence d’infrastructures adaptées risque de compromettre la conservation des volumes records, et donc leur valorisation.

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Un autre défi majeur est celui de la main-d’œuvre. La récolte, activité exigeante et saisonnière, se heurte cette année à une pénurie inédite. «Avec tous les chantiers qui démarrent au Maroc, il n’y a pas de chômage. On n’arrive pas à trouver les ouvriers et les prix sont très élevés», constate-t-il. Cette rareté de travailleurs entraîne une hausse automatique des coûts, rendant la récolte plus onéreuse et plus difficile à organiser. Conséquence, les exploitants doivent composer avec des salaires élevés et une disponibilité réduite, ce qui fragilise l’équilibre économique de la filière.

Autant de contraintes qui soulignent la vulnérabilité de la filière oléicole, et dose l’euphorie des volumes record annoncés. Si elles ne sont pas corrigées, ces failles pourraient limiter la capacité du secteur à transformer l’abondance en croissance durable.

Huile d’olive marocaine : qualité et compétitivité sous surveillance

La question de la qualité, souvent évoquée dans les débats internationaux, a été également abordée par Rachid Benali. Levant le voile sur les rumeurs faisant état de la présence de pesticides dans l’huile d’olive marocaine, il apporte un ferme démenti: «Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas eu de retour de production.» Selon lui, l’affaire qui a fait polémique concernait une contrefaçon saisie en Belgique, et est sans lien avec le Maroc. «On ne peut pas incriminer un produit à cause d’une falsification de marque», insiste-t-il.

Au contraire, le président d’Interprolive défend la compétitivité de l’huile marocaine. «Au Maroc, on a une très bonne qualité. Sur le marché international, on reste dans les normes.» Avec une consommation nationale située entre 140.000 et 150.000 tonnes, l’excédent sera exporté. La demande étrangère, forte et régulière, devrait absorber une partie des volumes. Les prix locaux, eux, devraient se stabiliser autour de 50 à 55 dirhams le litre, un niveau jugé «très raisonnable, que ce soit pour le consommateur marocain ou pour le producteur».

En somme, la campagne oléicole 2025 illustre les paradoxes d’un secteur stratégique. D’un côté, une année faste, portée par la pluie et l’entrée en production des plantations, qui offre des volumes records et des perspectives d’exportation prometteuses. De l’autre, des menaces structurelles persistantes: stockage insuffisant, rareté de la main-d’œuvre et nécessité de défendre la qualité face aux rumeurs et aux contrefaçons.

Entre abondance et fragilité, l’huile d’olive marocaine se trouve à la croisée des chemins. Pour transformer ses records en durabilité, la filière devra investir dans des infrastructures modernes, sécuriser sa main-d’œuvre et renforcer ses dispositifs de contrôle qualité. À ce prix seulement, l’année exceptionnelle de 2025 pourra devenir le socle d’une croissance pérenne et d’une reconnaissance internationale consolidée.

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