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AFIS 2025: l’Afrique de la finance appelée à l’interopérabilité, avec le Maroc comme locomotive
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A l’édition 2025 de l’African financial industry summit (AFIS 2025) , les interventions inaugurales ont mis le curseur sur l’interopérabilité entre les acteurs financiers du continent et souligné le rôle de locomotive du Maroc dans une dynamique de co-construction.
C’est Amir Ben Yahmed qui a donné le ton. S’exprimant en lever de rideau de cette édition de l’AFIS qui a mobilisé, plus d’un millier de participants venant de 40 pays, le président de Jeune Afrique Media Group, a posé un diagnostic en trois constats. Le premier est que l’Afrique ne manque pas de capital, mais souffre d’un déficit de circulation. «Le capital est là, dans nos banques, nos assurances, nos téléphones. Ce qui manque, c’est la fluidité», a-t-il affirmé.
Le deuxième constat concerne la fragmentation des marchés. Une situation qui empêche l’émergence d’un capitalisme financier africain. Il a ainsi appelé à dépasser les silos nationaux pour construire une architecture transnationale, plus puissante et plus solidaire. Et de mettre en garde: «Si nous n’arrivons pas à créer un capitalisme collectif, nous resterons dans l’émiettement.»
Quant au troisième et dernier constat, il s’agit plutôt d’une exhortation à l’égard du Maroc, pour prendre plus de responsabilité, voire se positionner comme locomotive continentale de la souveraineté financière. «With great powers come great responsibilities», a lancé Amir Ben Yahmed, citant une phrase culte du film « Spiderman ».
Le patron de presse a appelé à initier une dynamique de co-construction, associant les actionnaires marocains, sud-africains, nigérians et ivoiriens dans une même ambition: bâtir une Afrique des services financiers, plus intégrée et plus souveraine.
AFIS 2025: Makhtar Diop salue le rôle exemplaire du Maroc
Pour sa part, le directeur général de la Société financière internationale (SFI), Makhtar Diop, a appelé à une mobilisation accélérée du capital africain, fondée sur l’interopérabilité des marchés, la confiance dans le secteur privé et la création de classes d’actifs à l’échelle continentale.
«Nous sommes dans un monde d’incertitude majeure, avec des chocs simultanés d’une ampleur inédite», a-t-il lancé, évoquant les tensions géopolitiques, les mutations technologiques et la montée des niveaux d’endettement. Pour lui, l’Afrique ne pourra maintenir ses ambitions de croissance qu’en s’appuyant sur un secteur privé plus audacieux, mieux soutenu et pleinement intégré dans les stratégies de développement.
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Diop a salué également le rôle du Maroc comme modèle continental, citant la gestion commerciale des entreprises publiques, la taille critique des projets structurants et la stabilité macroéconomique. «Vous avez réussi à créer un écosystème qui inspire confiance aux investisseurs internationaux», a-t-il affirmé, en référence notamment à l’OCP et à Tanger Med.
Mais au-delà des cas exemplaires, le patron de la SFI a insisté sur la nécessité de franchir un cap: «Les investisseurs ne viennent pas là où les banques nationales n’investissent pas. Il faut créer des actifs de qualité, de taille suffisante, capables d’attirer les grands fonds internationaux.»
Diop a insisté sur l’interopérabilité des bourses africaines, condition sine qua non pour mobiliser l’épargne locale et créer un marché financier continental. «Si les Guinéens peuvent investir dans des actifs marocains, les Marocains dans des actifs sénégalais, et les Sénégalais dans ceux du Mozambique, alors nous aurons accompli quelque chose de grand», a-t-il illustré.
L’économiste a également détaillé les leviers activés par la SFI: développement des prêts en monnaie locale (30 % du portefeuille actuel), création de lignes de crédit croisées avec les banques commerciales, renforcement des garanties via la Unified Guaranty Platform, et lancement d’initiatives structurantes comme M300 (accès à l’électricité pour 300 millions d’Africains) ou AgriConnect (mobilisation de l’épargne pour l’agriculture productive).
«Nous voulons investir davantage en equity, car c’est ce dont les entreprises africaines ont besoin pour croître», a-t-il conclu, appelant les banquiers présents à partager davantage d’informations sur leurs clients éligibles.
Les deux interventions convergent vers une même exigence: faire de la finance africaine un levier de transformation, en misant sur la confiance, la coordination et la taille critique. Et Casablanca, capitale financière du continent, s’impose comme le lieu où cette ambition prend forme.
