Agriculture: 75 % des céréales marocaines d’origine ont disparu (rapport)

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En quelques décennies, le Royaume a vu disparaître 75 % de ses variétés autochtones de céréales, balayées par l’intensification agricole et les importations. Dans un avis sur la biodiversité, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) tire la sonnette d’alarme et appelle à sanctuariser notre patrimoine génétique et agricole avant qu’il ne soit trop tard.

Dans son dernier avis intitulé « La biodiversité au Maroc : pour une gouvernance renouvelée au service d’un développement territorial durable », adopté à l’unanimité, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) jette un pavé dans la mare des certitudes agricoles du pays : le Maroc a perdu près de 75 % de ses variétés locales de céréales.

Alors que le pays traverse des cycles de sécheresse historique, ce déclin massif de l’agrobiodiversité représente bien plus qu’une crise écologique ; c’est une menace directe sur la souveraineté et la sécurité alimentaire du Royaume, qui se prive de semences ancestrales naturellement résilientes et adaptées à notre climat.

Le piège de l’homogénéisation agricole

Comment en est-on arrivé là ? Le diagnostic du CESE pointe du doigt choix d’intensification agricole et l’introduction massive de variétés de cultures importées ou améliorées. En cherchant le rendement à court terme, les politiques sectorielles ont poussé à la marge le patrimoine semencier national au profit de cultures standardisées et gourmandes en intrants chimiques.

Ce constat ne se limite pas aux plaines céréalières. La mission de terrain menée par le CESE dans la région de Souss-Massa illustre de manière brute la violence de cette pression anthropique : sous l’effet combiné de la plasticulture et de l’agriculture intensive, les pertes locales de biodiversité y dépasseraient le seuil critique des 80 %. Qu’il s’agisse de la surexploitation des stocks halieutiques sur nos littoraux ou de la dégradation de 17 000 km² de parcours pastoraux dans l’Oriental, le modèle d’exploitation actuel épuise le capital naturel du pays au lieu de le valoriser.

Céréales et souveraineté : le plan de riposte du CESE

Face à ce qu’il faut bien appeler une érosion patrimoniale, le CESE refuse la fatalité et trace une feuille de route pour inverser la tendance. La priorité absolue ? Opérer une rupture conceptuelle radicale en revalorisant d’urgence l’agrobiodiversité marocaine et en promouvant des pratiques agroécologiques. Pour le Conseil, concilier sécurité alimentaire et préservation des ressources implique nécessairement le retour et la protection des semences locales.

Lire aussi. Céréales : la CNUCED alerte sur la vulnérabilité du Maroc face à la financiarisation

L’institution préconise aussi de sortir du flou stratégique actuel. Le CESE réclame l’adoption d’une loi-cadre dédiée à la biodiversité, qui rendrait la Stratégie et le Plan d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) juridiquement contraignants pour toutes les politiques sectorielles, y compris l’agriculture. Plus question d’octroyer des subventions publiques sans conditionnalité environnementale stricte liée à la préservation des sols, de l’eau et des écosystèmes.

L’avis du CESE insiste fortement sur la nécessité de s’appuyer sur les populations locales, dépositaires de savoirs traditionnels inestimables en matière de gestion durable des ressources (comme les systèmes d’agdales, la transhumance ou la gestion communautaire de l’eau).

Le Conseil recommande ainsi de déployer des mécanismes de Paiements pour services écosystémiques (PSE) afin de rémunérer financièrement les agriculteurs et éleveurs qui s’engagent dans la conservation de ce patrimoine vivant. À l’heure où le changement climatique impose de repenser nos modèles, la sauvegarde de nos céréales locales n’est plus un luxe de nostalgiques, mais une condition sine qua non de notre résilience future.

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