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Mission marocaine en Turquie: une renégociation de l’ALE? Ce qu’il en est vraiment
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Alors qu’une mission du secrétariat d’État au Commerce extérieur en Turquie est attendue la semaine prochaine, l’annonce a ravivé le débat autour d’une éventuelle renégociation de l’accord de libre-échange (ALE) entre Rabat et Ankara. Derrière les spéculations relayées par certains médias, la réalité semble bien plus nuancée. Éléments de clarification.
L’annonce d’une mission marocaine en Turquie a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours. Mais alors que ce voyage est présenté par certains confrères comme une tentative de renégociation des termes de l’accord de libre-échange (ALE) entre Rabat et Ankara, le ministère de l’Industrie et du Commerce souligne qu’il s’agit d’une démarche technique prévue dans le cadre de l’évaluation régulière de ces accords bilatéraux.
«C’est une mission régulière d’évaluation, comme prévu dans les accords», clarifie Youssef Zahoui, directeur des relations commerciales au ministère de l’Industrie et du Commerce, au micro de H24Info. La confusion a été alimentée par une dépêche de l’agence Reuters, citant deux sources anonymes ayant assisté à une réunion avec le secrétaire d’État au Commerce extérieur, Omar Hejira.
L’article, repris par plusieurs titres de la presse nationale, évoque l’intention du Maroc de revoir son ALE avec la Turquie, notamment pour favoriser davantage d’investissements turcs face à un déficit commercial jugé préoccupant. D’après Reuters, ce déficit serait principalement dû à une forte progression des importations de tissus turcs, déséquilibrant ainsi la balance commerciale bilatérale.
Mais à en croire les autorités marocaines, le déplacement à Ankara, prévu pour le lundi 23 juin, est d’une tout autre nature. «C’est juste une réunion normale d’évaluation de l’accord», insiste notre source. «On est loin d’une volonté de revoir l’accord pour cause de déficit. Ce sont des étapes prévues pour discuter, évaluer les chiffres, et voir comment on peut améliorer les échanges.»
Un déficit structurel mais pas inattendu
Les chiffres des échanges entre les deux pays confirment un déséquilibre: en 2024, les échanges entre le Maroc et la Turquie ont atteint un volume global de 51 milliards de dirhams, soit plus de 5,5 milliards de dollars. Dans ce total, les importations marocaines ont atteint 39 milliards de dirhams, contre seulement 11,6 milliards de dirhams d’exportations. Résultat: un déficit net de 27,6 milliards de dirhams, avec un taux de couverture limité à 30%.
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Pour Youssef Zahoui, ces données doivent être replacées dans un contexte plus large: «Il y a récemment eu la réunion avec l’Égypte, celle avec la Turquie suit, et il y en aura d’autres dans cette même veine. Cela s’inscrit dans une évaluation globale et régulière de nos accords de libre-échange», explique-t-il.
Et de rappeler que les mesures visant à atténuer les déséquilibres sont déjà inscrites dans la nouvelle feuille de route du commerce extérieur, dévoilée le 28 mai dernier, qui prévoit des actions correctives ciblées.
BIM: un bouc émissaire trop facile?
La polémique sur le déficit commercial avec la Turquie ressurgit souvent autour d’un acteur: l’enseigne de distribution turque BIM, présente dans de nombreuses villes marocaines. Pourtant, le ministère se montre mesuré quant à la part de responsabilité réelle de cette enseigne dans le déséquilibre commercial. «Je ne pense pas qu’on puisse incriminer BIM à lui seul. Certes, il est bien intégré dans le tissu commercial marocain, mais il y a des importations bien plus larges que celles de BIM», tempère Zahoui.
Notre interlocuteur fait également remarquer que BIM s’efforce de renforcer son sourcing local, en s’approvisionnant de plus en plus auprès de fournisseurs marocains : «Il y a aujourd’hui un taux très important de produits marocains figurant dans l’offre de BIM.»
Les ALE pas seuls responsables du déficit
Autre idée reçue battue en brèche: les accords de libre-échange seraient la cause principale, voire unique, du déficit commercial. Le directeur aux Relations commerciales nuance fermement cette analyse: «Certes, il y a un déficit, mais il n’est pas imputable à 100% aux accords de libre-échange.»
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Il précise ainsi que 40% du déficit actuel ne serait pas liés aux ALE, et certains accords auraient permis à l’État marocain de générer des recettes supplémentaires, notamment par l’implantation d’investisseurs internationaux. «Les accords ont permis de drainer des investissements, qui n’auraient peut-être pas vu le jour autrement», avance-t-il.
Une logique d’intégration régionale à ne pas négliger
Au-delà des flux commerciaux bilatéraux, Zahoui insiste sur la logique d’ouverture que ces accords favorisent. L’attractivité du Maroc ne se mesure pas uniquement à sa population de 40 millions d’habitants, mais au potentiel d’accès qu’il offre à un marché élargi de 2,3 milliards de consommateurs, via ses accords multilatéraux. «C’est cette ouverture qui attire les investisseurs: ils pensent production, emplois, export. Il faut éviter une lecture simpliste des ALE limitée au seul prisme import/export», conclut-il.
Si l’annonce d’une mission marocaine en Turquie a suscité quelques malentendus, les précisions apportées par les autorités commerciales rétablissent un cadre clair: il s’agit d’une mission d’évaluation prévue par les accords, et non d’un déplacement destiné à renégocier les termes du partenariat.
Quant au déficit, s’il reste préoccupant, il ne saurait être imputé à un seul acteur ni à un seul outil. C’est une approche systémique, ancrée dans une stratégie globale, qui semble désormais guider l’action du Royaume en matière de commerce extérieur.
