Assises de l’IA: Amal Seghrouchni veut un cadre stratégique et législatif

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La ministre Amal Seghrouchni (en rouge), a mobilisé plus de 2.000 personnes à l'occasion des Assises nationales de l'IA, organisées à Rabat les 1er et 2 juillet 2025. ©DR

La ministre déléguée chargée de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, Amal Seghrouchni, a marqué la première journée des Assises nationales de l’intelligence artificielle (Assises de l’IA), organisées les 1er et 2 juillet à Rabat, par une déclaration de cadrage.

Au terme des travaux de la première journée des Assises de l’IA, la ministre a qualifié la rencontre de «momentum national», destiné à «poser les jalons d’une feuille de route pour développer l’intelligence artificielle (IA)». Le principe est arrêté: bâtir un plan d’action structuré, porté par les institutions, pensé depuis les usages et formulé «pour développer l’intelligence artificielle du Maroc, au Maroc, par les Marocains».

La ministre déléguée chargée de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration a indiqué que les échanges, entamés dès la séance plénière de ces Assises de l’IA, ont donné lieu à un premier panel ministériel. Y ont participé Leila Benali pour la Transition énergétique, Younes Sekkouri pour l’Emploi, Mohamed Saad Berrada pour l’Éducation nationale et Chakib Alj pour la CGEM.

Elle a fait savoir que leurs interventions ont situé l’IA comme un levier transversal, dans un contexte de mutation rapide. L’enjeu des infrastructures, des formations, des usages et des régulations a été soulevé à plusieurs reprises.

«Il va falloir s’adapter au changement apporté par l’intelligence artificielle et investir dans le développement des infrastructures qui sont liées à l’intelligence artificielle», a insisté la ministre, en référence aux supercalculateurs et aux data centers marocains. Des infrastructures qui, pour elles, sont appelés à devenir des nœuds techniques et géopolitiques de la transition numérique.

Assises de l’IA, répondre aux enjeux

Seghrouchni a relevé qu’un second panel, dans la mi-journée de ces Assises de l’IA, a abordé la question d’une IA de confiance. La question principale était: comment construire des systèmes fiables, et en garantir la transparence? Pour la ministre, c’est une responsabilité collective: «Nous devons nous armer de bonnes pratiques et mettre en place les régulations et les juridictions nécessaires pour tirer bénéfice et accompagner ce développement.»

Lire aussi : Ouverture à Rabat des 1ères Assises nationales de l’intelligence artificielle

L’enjeu est de dépasser les paradoxes inhérents à toute technologie en créant des garde-fous. L’IA étant désormais utilisée dans l’information, la communication, la cybersécurité et les services publics, le niveau d’exposition des citoyens et des institutions implique un cadre renforcé.

Dans ce sens, la ministre de la Transition numérique a souligné travailler en ce moment sur une loi dédiée, en collaboration avec d’autres structures de l’Etat, comme la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et l’Agence de développement du digital (ADD).

Ce chantier législatif doit répondre à plusieurs impératifs: justiciabilité des décisions algorithmiques, droit à l’explication, contrôle du traitement des données personnelles et souveraineté des protocoles d’attribution.

«L’intelligence artificielle peut faire des propositions de décision, mais ces décisions doivent être argumentées, expliquées», a déclaré la maîtresse d’œuvre des Assises de l’IA. En effet, il faut pouvoir interroger la chaîne d’attribution: pourquoi tel système a écarté ou sélectionné une personne, pourquoi une recommandation a été formulée… «Il est très important de revoir les lois du digital sous l’angle de l’intelligence artificielle», a-t-elle martelé, avant d’annoncer vouloir présenter le texte à la rentrée parlementaire.

S’aligner avec les équilibres institutionnels

La ministre a également situé son propos dans une réflexion plus large sur les principes démocratiques. Elle a évoqué, dans ce cadre, la relation entre IA, citoyenneté et démocratie.

Un autre enjeu que soulève les Assises de l’IA, selon elle, est de garantir que les systèmes restent alignés avec les équilibres institutionnels et les droits fondamentaux. Pour ce faire, une régulation adaptée est nécessaire, non pour freiner l’innovation, mais pour l’ancrer dans une logique de responsabilité partagée. «Il est très important de donner plus de confiance dans le digital et permettre à plus de monde d’adopter l’intelligence artificielle de façon générale.»

Ainsi, la feuille de route de l’IA devrait reposer sur cet équilibre entre ouverture technologique, souveraineté juridique et adhésion sociale. Les deux journées devraient se conclure par des recommandations opérationnelles.

En clair, l’IA ne peut être laissée aux seules dynamiques industrielles. Elle appelle un cadrage stratégique, porté depuis le territoire et inscrit dans une trajectoire législative visible. Les autres séquences des Assises de l’IA donneront corps à cette orientation, avec des livrables attendus sur les infrastructures, la formation, les usages et les normes.

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