Capital-investissement: Hassan Laaziri (AMIC) revient sur 25 ans de transformation de l’économie marocaine

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Capital investissement
Hassan Laaziri, Pdt de l'AMIC, tire un bilan satisfaisant d'un quart de siècle de l'activité du capital-investissement au Maroc

Un quart de siècle après son lancement au Maroc, le capital-investissement glane des lauriers, soutient mordicus Hassan Laaziri, président de l’Association marocaine du capital-investissement (AMIC). Il dresse pour H24Info le bilan, relève les impacts, les perspectives, ainsi que les défis d’un secteur dont l’horizon de projection est post-Coupe du monde.

Depuis les années 2000, le capital-investissement a façonné le paysage financier et entrepreneurial du Maroc, contribuant de manière significative au financement des entreprises et à la structuration de l’économie nationale. Hassan Laaziri, président de l’Association marocaine du capital-investissement (AMIC), dresse un bilan impressionnant: 27 milliards de dirhams (MMDH) de fonds levés, 17 MMDH investis et 320 entreprises accompagnées à travers divers cycles de financement.

En un quart de siècle, cette industrie a joué un rôle clé dans l’émergence de success stories devenues aujourd’hui des références nationales et internationales. «Des entreprises comme HPS, Jet Contractors, TGCC ou encore Dislog ont su tirer parti du capital-investissement pour franchir des caps décisifs et s’imposer comme des champions», souligne Laaziri.

Le président de l’AMIC fait toutefois remarquer que cet aboutissement ne s’est pas fait en un tour de bras. C’est au fil des années que le secteur s’est structuré, passant d’une phase pionnière à une montée en charge accélérée. «Les premières années, nous étions peu nombreux, et il fallait convaincre les dirigeants que l’ouverture du capital était une opportunité de croissance», se souvient Laaziri.

Capital-investissement marocain: une maturité en 3 phases

En effet, l’évolution du capital-investissement au Maroc s’est articulée en trois phases distinctes, chacune marquée par des transformations majeures. La première phase, entre 2000 et 2010, a été celle de la vulgarisation. «Les premières équipes ont porté ce métier à bout de bras, apprenant à maîtriser les risques et à structurer leurs approches», explique Laaziri. À cette époque, le marché était embryonnaire, porté par une poignée d’acteurs convaincus de son potentiel.

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Quant à la deuxième phase, notre interlocuteur la situe entre 2011 et 2019. Une époque qui a vu l’industrie entrer dans une dynamique de développement et de structuration. Hassan Laaziri de rappeller que c’est à cette période que «les équipes ont consolidé leur expertise et levé leurs premiers fonds de deuxième et troisième générations». Cette étape a marqué l’ancrage du capital-investissement comme levier de financement stratégique, attirant aussi des investisseurs étrangers qui ont choisi le Maroc comme hub régional.

Et depuis 2020, le secteur est entré dans une phase d’accélération, portée notamment par la création du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Un catalyseur destiné à injecter 20 MMDH dans l’écosystème sur trois années. Cette initiative a rééquilibré les besoins financiers en s’attaquant aux segments jusque-là peu couverts, comme le venture capital et le financement des TPE et PME. «Ce qui a été réalisé en 25 ans pourrait désormais se faire en trois ans. Nous sommes face à une montée en puissance inédite», affirme Laaziri.

Un impact économique indéniable

En termes d’impact, il est clair pour le président de l’AMIC que l’apport du capital-investissement ne se limite pas à un simple financement. Il génère une transformation profonde des entreprises qu’il accompagne. Pour en attester, l’homme lève le voile sur les résultats d’une étude menée sur les sorties de fonds. L’on note des évolutions significatives.

L’EBITDA des entreprises bénéficiant de ce type d’investissement a été multiplié par deux entre l’entrée et la sortie des fonds. La contribution fiscale a connu une croissance spectaculaire, atteignant 250% entre l’investissement et l’exit final. «Quand nous investissons, tout est structuré. Plus de travail au noir, plus d’opacité: les entreprises deviennent réglo et contribuent pleinement à l’économie», explique Laaziri.

L’effet sur l’emploi est tout aussi marquant, avec une croissance annuelle moyenne de 18% dans les entreprises ayant bénéficié du capital-investissement. «Alors que le PIB national évolue à 3%, ces entreprises progressent à deux chiffres. C’est un moteur puissant pour l’économie.»

A voir: L’Invité Eco. Hassan Laaziri, Président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC)

Le chiffre d’affaires des sociétés accompagnées enregistre lui aussi une progression de 14 à 18% par an, confirmant l’effet catalyseur de ces financements sur la croissance du tissu entrepreneurial marocain.

Perspectives et défis à relever

Si les perspectives sont prometteuses, des freins structurels subsistent, notamment en matière de cadre réglementaire. En effet, déplore Laaziri, «le Maroc fonctionne aujourd’hui avec des outils financiers limités: actions, obligations et quelques titres de créance. Cela freine la structuration d’opérations complexes et empêche le développement de certains produits financiers.»

Avec l’appui du ministère des Finances et de la Banque mondiale, des réformes sont en cours pour étendre la boîte à outils des fonds d’investissement, en intégrant des valeurs mobilières composées, comme les bons de souscription d’actions ou des obligations hybrides. «Aujourd’hui, nous avons un tournevis et une clé plate. Il nous faut une véritable caisse à outils pour structurer l’investissement à long terme», illustre Laaziri.

La montée en puissance du venture capital, qui a connu une impulsion majeure ces dernières années, devra aussi être renforcée. Des tranches de financement restent encore sous-exploitées, notamment entre 10 et 100 millions de dirhams, un segment crucial pour les TPE et PME.

À horizon 2030, le Maroc devra poursuivre la pérennisation des entreprises accompagnées, en favorisant leur internationalisation et leur résilience post-Coupe du Monde. Laaziri conclut: «Notre objectif n’est pas seulement d’investir en vue de 2030, mais de bâtir des entreprises solides capables de traverser les décennies.»

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