Chakib Alj: « la retenue à la source interroge et inquiète les dirigeants »

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Younes Idrissi Kaitouni, DG de la DGI (à gauche) et Chakib Ald, Pdt de la CGEM (à droite)

La pérennité de l’effet de croissance des recettes fiscales telle qu’observées a été au centre des échanges entre la Confédération générale des entreprises au Maroc (CGEM) et la Direction générale des impôts, tenus mercredi à Casablanca. 

La rencontre tenue mercredi à Casablanca entre le patronat et la Direction générale des impôts a permis aux deux parties de confronter leurs visions. Pour les entreprises, l’occasion était idéale de faire remonter leurs préoccupations ; pour le fisc, celle de clarifier et apaiser les polémiques.

Premier à intervenir, Chakib Alj, président de la CGEM, a rappelé que le contexte économique actuel est porteur : inflation maîtrisée, recettes fiscales en progression et croissance projetée à plus de 5 % en 2026.

Selon lui, cette embellie profite autant au secteur privé qu’à l’État, qui voit ses recettes dopées. Mais le patron des patrons a rapidement recentré le débat sur la retenue à la source, sujet qui concentre les inquiétudes. «Quasiment toutes les questions de nos membres portent sur la retenue à la source. C’est dire combien cette généralisation progressive suscite des interrogations et parfois des inquiétudes», a‑t‑il affirmé.

Reconnaissant les retombées positives de la réforme fiscale – avec un IS en hausse de 30 % et un IR en progression de 15 % en 2025 – Chakib Alj a insisté sur la nécessité d’ajustements, sans quoi «le mécanisme conduira mécaniquement à des crédits d’impôt et à des tensions sur la trésorerie des entreprises», a‑t‑il averti.

La CGEM a ainsi formulé plusieurs doléances. La première concerne l’instauration d’un barème progressif sur l’IS : «cela reviendrait à taxer à 35 % uniquement la part du résultat qui dépasse les 100 millions de dirhams», a expliqué Alj, estimant que cette mesure préserverait la compétitivité tout en maintenant une forte contribution des grandes entreprises. La seconde doléance vise à élargir l’assiette fiscale, en s’appuyant sur la formalisation de l’informel, la croissance économique et la montée en gamme du tissu productif, plutôt que de concentrer l’effort sur les seules grandes sociétés.

Recettes fiscales : transparence et équité avant tout

Sur ces interrogations, l’administration fiscale s’est voulue ferme. Pour Younes Kaitouni, directeur général de la DGI, les acteurs du secteur privé doivent intégrer le changement de paradigme : le Maroc est passé d’un régime déclaratif à un système de retenue à la source, et celui‑ci «fait ses preuves, chacun doit s’y faire».

Au‑delà des hausses de recettes enregistrées sans pression fiscale additionnelle, le patron du fisc a mis en avant une répercussion positive sur la compétitivité des entreprises elles‑mêmes. Il cite la progression de 20 % du nombre de sociétés franchissant désormais le seuil des 100 millions de dirhams de chiffre d’affaires. Pour lui, les nouvelles dispositions obligent les entreprises à plus de transparence, et cette transparence «leur est bénéfique in fine».

Dans la foulée, Kaitouni a opposé une fin de non‑recevoir aux demandes de traitement différencié selon la taille ou le secteur. «Il n’y a pas un secteur plus important », a‑t‑il martelé, insistant sur le principe d’équité : « il faut que tout le monde soit traité comme s’il était le centre de l’univers».

L’informel : relativiser pour mieux cibler

Autre sujet abordé : l’informel. Le DG de la DGI a évoqué une enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP) révélant près de 2 millions d’unités informelles générant environ 527 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Mais il a relativisé ce chiffre : en moyenne, chaque unité ne réalise que 263 000 dirhams par an, soit moins de 30 000 dirhams par mois, en dessous du seuil d’imposition.

Lire aussi. Retenue à la source, TVA, recettes… Younes Idrissi Kaitouni (DGI) détaille l’impact transformateur de la réforme fiscale

Pour lui, le véritable informel nuisible à l’économie réside ailleurs : «ce sont les entreprises qui fabriquent de fausses factures et fraudent sur les déclarations. Ce sont celles‑là qu’il faut démanteler». Une fraude que devrait bientôt corriger la généralisation de la facture électronique.

En définitive, entre les remarques du patronat et la fermeté du fisc, le dialogue reste ouvert. Mais une certitude s’impose : la retenue à la source s’installe désormais comme pilier central du nouveau paysage fiscal marocain, symbole d’une transparence accrue et d’une équité revendiquée.

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