Le crédit à la consommation explose, l’immobilier s’essouffle (BAM)

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Crédit B
L'opération Daam Sakane a eu un effet moindre qu'attendu sur la dynamique du crédit à l'habitat selon un récent rapport de BAM

Le rapport de Bank Al-Maghrib sur la stabilité financière du Maroc en 2024 révèle une stagnation persistante du crédit immobilier en 2024, malgré les incitations de l’État à travers l’opération Daam Sakane. A contrario, le crédit à la consommation affiche une croissance soutenue, symptôme d’un déséquilibre structurel qui questionne l’efficacité des mécanismes de relance.

Dans son rapport 2024 sur la stabilité financière publiée récemment, Bank Al-Maghrib (BAM) note une reprise fragile du crédit immobilier. Selon la Banque centrale, l’encours du crédit immobilier contracté par les ménages atteint 286 milliards de dirhams en 2024. BAM précise que ce montant équivaut à 67 % de leur dette bancaire.

Le rapport souligne que malgré une orientation monétaire plus accommodante, cette composante demeure en stagnation, avec une croissance à peine perceptible de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Quant au taux débiteur moyen pour ce type de crédit, il est passé de 5,36 % à 5,08 % sur l’année. Cela témoigne d’un assouplissement partiel des conditions de financement.

En ce qui concerne la ventilation de cette dette, elle reste dominée par des crédits de long terme en faveur des ménages urbains, mais sans réelle progression de la demande. Cela malgré un taux de défaut contenu à 7,3 %, bien en deçà de la moyenne des autres produits bancaires.

Daam Sakane : une impulsion en demi-teinte

Lancée en 2024 dans le but de renforcer l’accès au logement, l’opération Daam Sakane a permis l’octroi de 4,8 milliards de dirhams de nouveaux prêts à l’habitat au cours de l’année, ce qui représente environ 1,7 % du stock total de crédits immobiliers.

Initiative publique, Daam Sakane a notamment bénéficié à 28 400 ménages, ciblant principalement les tranches de revenu intermédiaire. Elle a également contribué à une légère amélioration de la solvabilité des emprunteurs, avec une baisse de la charge moyenne de la dette à 34 % des revenus, contre 35 % observés en 2023.

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Toutefois, Bank Al-Maghrib note dans son rapport que cette opération “n’a pas enclenché un redressement net du crédit à l’habitat”. Ce constat s’explique par une série de freins persistants, parmi lesquels l’inertie des promoteurs immobiliers, les contraintes liées au foncier, ainsi qu’un scepticisme manifeste des ménages concernant les délais de réalisation et la qualité des produits proposés.

Dettes des ménages estimées à 27% du PIB

À la différence du crédit à l’habitat, celui lié à la consommation s’est révélé être le principal levier d’endettement des ménages. Il a affiché, d’après les chiffres contenus dans le rapport, une progression marquée de 6,9 % pour atteindre 141 milliards de dirhams, soit près d’un tiers de leur dette bancaire totale.

Cette dynamique est portée par plusieurs facteurs convergents : une demande soutenue pour l’équipement domestique, un contexte monétaire plus favorable grâce à la baisse des taux, ainsi qu’une préférence accrue pour la liquidité.

Ce dernier facteur s’est illustré par la hausse de 10,1 % des dépôts à vue qui culminent à 618 milliards de dirhams. Toutefois, cette expansion s’accompagne d’une dégradation du taux de défaut, qui atteint 10,4 %. Preuve d’une pression croissante sur la solvabilité des ménages dans ce segment de financement.

Au global, la dette financière des ménages a progressé de 3,8 %, pour culminer à 427 milliards de dirhams, tandis que le ratio dette/PIB reste stable à 27 %. Bank Al-Maghrib y voit un signal double : une préférence renforcée pour les crédits souples et un retard dans la reprise structurelle du crédit immobilier, malgré les dispositifs étatiques.

En définitive, le contraste entre le dynamisme du crédit à la consommation et l’atonie du crédit immobilier souligne les limites des dispositifs publics comme Daam Sakane face à des freins structurels persistants. L’endettement des ménages, stable en proportion du PIB, reflète une recomposition des préférences financières des marocains.

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