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Hakima Alami (BAM): «Le e-dirham n’est pas un projet à court terme»
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En marge de la 9ème édition du Forum africain du paiement digital, Hakima Alami, directrice de la surveillance des moyens de paiement à Bank Al-Maghrib (BAM) s’est entretenu avec notre Rédaction sur les avancées effectuées par le Maroc en la matière, tout en donnant une analyse sur les défis et les perspectives. Interview.
H24Info: Que fait concrètement BAM pour démocratiser le paiement digital ?
Hakima Alami: Le paiement digital est au cœur de notre mission. En tant que catalyseur de l’écosystème, nous avons, dès notre première stratégie, œuvré pour le développement des moyens de paiement électroniques. Cela a commencé par la modernisation des infrastructures de marché, notamment celles liées au retail.
Nous avons également réalisé une cartographie des usages, identifié ce qui fonctionne et ce qui freine l’adoption. Sur le plan réglementaire, nous avons introduit plusieurs réformes, notamment des circulaires pour plafonner les commissions d’interchange, afin de réduire le coût des transactions pour les commerçants, qui en sont les premiers impactés.
Aujourd’hui, nous pilotons la stratégie nationale de développement des paiements, en coordination avec les départements ministériels concernés, les banques et les établissements de paiement. Ce travail s’inscrit dans une dynamique entamée depuis plus de vingt ans.
Comment le Maroc se positionne-t-il par rapport aux autres pays africains ?
Le contexte réglementaire varie d’un pays à l’autre. Au Maroc, nous bénéficions d’une forte résilience du système bancaire et des infrastructures, ce qui nous donne une longueur d’avance. Nos réformes tiennent compte de cette réalité.
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Nous agissons selon les règles de l’art, en veillant à la résilience, à la protection du consommateur, à l’inclusion financière et à la stabilité du système. Nous enregistrons une croissance à deux chiffres des moyens de paiement, avec de nombreuses initiatives en cours. Il reste toutefois des défis, notamment en matière d’acceptation chez les commerçants, que nous continuons à adresser par l’innovation.
L’acceptation ne dépend-elle pas aussi du cadre administratif, notamment celui de l’Office des changes ?
Ce n’est pas une question liée uniquement à l’Office des changes. Les paiements mobiles existent déjà. Nous avons été à l’origine de la réforme qui a introduit les établissements de paiement, des acteurs non bancaires habilités par la Banque centrale à ouvrir des comptes de paiement et à offrir des services associés.
Cette dynamique a permis l’émergence du paiement mobile adossé à un compte bancaire ou à un compte de paiement. Le véritable enjeu reste l’acceptation, notamment chez les commerçants de détail.
Nous comptons près de 9 millions de porteurs, ce qui est remarquable, mais l’adhésion des petits commerçants reste faible. Cela tient à des facteurs informels, fiscaux, mais aussi à un manque d’éducation financière et de compréhension des bénéfices du paiement électronique.
Quel rôle jouent les fintechs dans cette dynamique ?
Nous avons accompagné la structuration de l’écosystème fintech au Maroc. Une cartographie a été réalisée pour identifier les fintechs de paiement, de crédit, de financement participatif, etc. Certaines opèrent sans agrément, en tant qu’agents de paiement ou dans le modèle Pay Now, Pay Later. D’autres ont demandé un agrément pour offrir des services de paiement.
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Certaines fintechs se sont orientées vers le crowdfunding ou ont noué des partenariats avec les banques ou les bureaux de crédit. BAM a été à l’initiative de la création du Moroccan Fintech Center (MFC), une association réunissant trois régulateurs : nous, le Moroccan Fintech Center et l’ACAPS. L’objectif est d’accélérer l’intégration des fintechs dans le système financier, chacun dans son domaine de compétence.
Le e-dirham et les cryptomonnaies s’inscrivent-ils dans cette dynamique ?
Ce sont deux sujets distincts. Les cryptomonnaies ne sont pas des moyens de paiement au sens réglementaire. Ce sont des crypto-actifs, souvent utilisés comme instruments d’investissement, mais très volatils. Bank Al-Maghrib a publié deux communiqués à ce sujet.
Nous travaillons actuellement, avec l’AMMC et les ministères concernés, sur un cadre légal pour encadrer l’usage des crypto-actifs. Un projet de loi est en cours d’élaboration au niveau du Secrétariat général du gouvernement.
Concernant le e-dirham, comme l’a indiqué M. Jouahri (gouverneur de BAM, ndlr), il ne s’agit pas d’un projet à court terme. L’objectif est d’abord de comprendre les implications techniques et réglementaires, et d’analyser les impacts sur le système de distribution. Nous sommes dans une phase d’étude, car les concepts sont encore en évolution.
