Intempéries au Maroc: les agriculteurs réclament l’état de catastrophe naturelle

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Un champ submergé par les eaux de crue dans la région de Sidi Slimane, le 13 février 2026. © AFP

Entre champs submergés, récoltes perdues et cheptel décimé, le Syndicat national des agriculteurs appelle à une réponse d’urgence de l’État et réclame la reconnaissance officielle de l’état de « catastrophe naturelle » dans les zones les plus touchées.

Alors que le rapport de la World Weather Attribution met en lumière l’ampleur exceptionnelle des phénomènes météorologiques de janvier dernier, la colère monte dans le monde rural. Le constat scientifique est sévère: le Maroc figure parmi les pays les plus durement frappés par les récentes perturbations climatiques dans la région méditerranéenne.

Mais derrière les données brutes — inondations massives, glissements de terrain, chutes de neige inhabituelles — se dessine une crise sociale profonde dans les plaines du Gharb et du Loukkos, ainsi que dans les provinces montagneuses du Nord. Là où l’agriculture familiale constitue l’unique filet de sécurité économique, les dégâts climatiques se transforment en drame humain.

Réuni en urgence le 23 février, un syndicat d’agriculteurs a tiré la sonnette d’alarme. Il exige l’inscription d’Al Hoceima, Taza et Taounate sur la liste des zones sinistrées, condition indispensable pour débloquer les indemnisations directes pour les agriculteurs et les habitants.

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«Il faut compenser les pertes pour relancer la saison agricole et sauver ce qui reste du cheptel», insiste le syndicat, qui redoute un effondrement durable de l’activité dans ces territoires déjà fragilisés.

La méfiance est aussi palpable: les agriculteurs craignent que l’aide soit distribuée selon des critères opaques. Le syndicat réclame donc des mécanismes « clairs et transparents », loin de tout « clientélisme électoral ». Une critique récurrente dans les zones rurales, où les dispositifs d’urgence sont souvent accusés de profiter davantage aux grands exploitants qu’aux petits fellahs.

Double peine: climat et bureaucratie

À la violence des intempéries s’ajoute une pression administrative jugée insoutenable. Alors que leurs terres sont encore sous l’eau, de nombreux petits agriculteurs reçoivent des mises en demeure de la CNSS pour des retards de paiement liés à la couverture santé.

«Comment payer quand on a tout perdu?», s’indignent les représentants syndicaux, qui demandent la suspension immédiate de ces procédures pour les exploitants les plus touchés. Une situation qui illustre, selon eux, la déconnexion entre les réalités du terrain et les mécanismes administratifs.

Souveraineté alimentaire en péril

Le syndicat met également en garde contre un risque systémique: l’affaiblissement de la souveraineté alimentaire. Alors que 110.000 hectares ont été submergés, le secteur laitier vacille sous la flambée des prix du fourrage, la spéculation et les pratiques de certaines entreprises de collecte.

Le communiqué dénonce en parallèle l’importation massive de bovins destinés à l’abattage, une politique qui, selon elle, menace les races locales, fragilise les petits éleveurs et accentue la dépendance du pays aux marchés extérieurs.

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Les agriculteurs réclament des mesures structurelles: prêts à taux zéro, autorisation de creuser et d’approfondir les puits, accélération des projets d’irrigation, protection des terres collectives contre les risques de spoliation… Autant de demandes qui renvoient à une question centrale: comment protéger un secteur agricole qui reste le pilier économique et social de vastes régions rurales?

Dans un Maroc pris en étau entre stress hydrique chronique et épisodes climatiques extrêmes, le cri d’alarme des agriculteurs affirme que la résilience climatique ne pourra se construire sans une justice sociale et territoriale pour les campagnes, ni sans une refonte profonde des politiques agricoles et de protection des petits producteurs.

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