Lors de la 3e édition de la conférence annuelle de l’Association des sociétés de gestion…
Les 3 clés de la mobilisation de l’épargne publique pour financer les grands projets en Afrique
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La 3ème conférence annuelle de l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement au Maroc (ASFIM), organisée à Rabat, s’est penchée sur les voies et moyens pour mobiliser l’épargne publique aux fins de financer les grands projets du Royaume.
La mobilisation de l’épargne publique a été au centre du second panel de la conférence annuelle de l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement au Maroc (ASFIM), organisée le 13 novembre dernier à Rabat. Au nombre des spécialiste qui ont disséqué le sujet, Dounia Taarji, présidente du directoire du Fonds Hassan II, Achraf Tarsim, chef du Bureau Maroc de la Banque africaine de développement (BAD), et Mohamed Jamal Benjelloun, directeur général de Nador West Med.
Les interventions ont mis en lumière les évolutions du marché marocain, les défis continentaux liés au financement des infrastructures et les enseignements tirés de projets nationaux financés via le marché obligataire. S’exprimant la première, Dounia Taarji a rappelé l’évolution du marché financier marocain et de l’industrie de la gestion d’actifs au cours des dernières décennies, caractérisée par «l’évolution du professionnalisme et de l’expertise, non seulement des gérants mais de l’ensemble de l’écosystème».
Elle a rappelé que cette industrie s’est construite dans un environnement marqué par des crises successives, auxquelles les acteurs ont su répondre par des ajustements réglementaires et pratiques. «Aujourd’hui, les sociétés de gestion sont d’un excellent niveau de qualité, d’expertise, de reporting et de contrôle des risques», a-t-elle affirmé, ajoutant que cette crédibilité s’est traduite par une confiance accrue des investisseurs institutionnels.
Confiance qui, selon Dounia Taarji, s’est matérialisée par la délégation croissante de la gestion des portefeuilles aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). Toutefois, la présidente du Fonds Hassan II a relevé que cette industrie s’est développée principalement sur le marché de la dette, notamment les bons du Trésor et les meilleures signatures privées, tandis que la part des actions reste faible. «L’enjeu aujourd’hui est de lever des capitaux non seulement sous forme de dettes, mais aussi sous forme de fonds propres», a-t-elle insisté, appelant à davantage d’innovation pour financer les grands projets à venir.
Le paradoxe africain du financement des infrastructures
A sa suite, Achraf Tarsim a élargi la réflexion à l’échelle continentale. Il a notamment évoqué un paradoxe persistant: «L’Afrique dispose de ressources et d’actifs, mais en même temps fait face à un gap de financement des infrastructures qui se chiffre à plusieurs milliards de dollars.» Selon le représentant de la BAD au Maroc, près de 2.000 milliards de dollars d’actifs sont gérés par des fonds de pension, des fonds souverains, des banques centrales et des compagnies d’assurance sur le continent.
Pourtant, seulement 5% de ces ressources sont réellement allouées aux infrastructures, aux transports, à la transition énergétique ou au développement durable. Et alors qu’une personne sur 4 dans le monde sera africaine d’ici 2050, le besoin est estimé à 100 milliards de dollars par an pour rattraper le retard en matière d’infrastructures.
Dans ce contexte, la BAD, premier bailleur de fonds en infrastructures sur le continent, trouvant l’allocation actuelle fortement insuffisante, insiste sur l’importance d’innover et de créer des instruments financiers adaptés pour combler le gap. Il faudra dans la foulée travailler sur la perception du risque et les contraintes prudentielles qui freinent encore l’allocation de ces ressources.
L’épargne publique au service d’un grand projet national
Quant à Mohamed Jamal Benjelloun, il a apporté un témoignage concret sur le recours au marché obligataire pour financer un projet structurant. «Le marché domestique, particulièrement obligataire, constitue une alternative qui apporte énormément aux entreprises marocaines», a-t-il affirmé, expliquant que ce recours permet de réduire le risque lié au taux de change à l’international et d’optimiser le risque d’évolution des taux d’intérêt.
En comparant les fluctuations des bons du Trésor et des taux de référence internationaux, le DG de Nador West Med a montré que le marché local offre une stabilité relative, permettant aux entreprises de mieux maîtriser leurs coûts de financement.
Au-delà de l’aspect technique, il a insisté sur la dimension de confiance que confère une sortie réussie sur le marché obligataire domestique. «Le fait que le marché local ait fait confiance à une société facilite l’attraction d’investisseurs internationaux et renforce la crédibilité du secteur dans son ensemble», a-t-il expliqué. Selon lui, cette dynamique est d’autant plus importante que les besoins en financement des entreprises et établissements publics sont appelés à croître fortement, entre 500 et 550 milliards de dirhams pour les trois prochaines années.
Au terme de ces interventions, il ressort que la mobilisation de l’épargne nationale est indispensable pour financer les projets de demain. La professionnalisation de l’industrie, l’innovation dans les instruments financiers et la confiance des investisseurs institutionnels apparaissent comme des leviers essentiels pour transformer l’épargne en investissements durables. Comme l’a résumé Dounia Taarji, «il faudra de l’innovation, et on compte sur cette industrie pour faire face à l’innovation, comme elle l’a fait jusqu’à présent».
