Retraites au Maroc: le système à bout de souffle, une réforme urge

Publié le
retraite
Des personnes âgées au Maroc. ©DR

Un rapport publié ce week-end dresse un tableau plutôt sombre du régime de retraite au Maroc, en soulignant les déséquilibres démographiques, économiques et sociaux qui menacent sa viabilité à moyen terme.

Basé sur les chiffres de plusieurs sources officielles, notamment l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), ce rapport sur l’état des lieux des régimes de retraite au Maroc dresse un constat sans appel: le système des retraites actuel est obsolète, fragmenté et incapable de répondre aux exigences de soutenabilité à moyen terme.

Selon les auteurs du rapport, nonobstant les réformes engagées depuis une décennie, la couverture reste partielle et inégalitaire. Ils indiquent qu’en 2022, seuls 45,6 % des actifs occupés étaient affiliés à un régime de retraite, soit environ 4,6 millions de personnes sur une population active estimée à plus de 10 millions. Dans cette situation, les travailleurs indépendants, les saisonniers et les salariés du secteur informel demeurent largement exclus, malgré les dispositifs mis en place.

Toujours selon le rapport, «la fragmentation institutionnelle et réglementaire des régimes de retraite constitue un frein majeur à la lisibilité et à l’équité du système». En effet, les quatre principaux régimes (CMR, CNSS, RCAR et CIMR) fonctionnent selon des logiques distinctes, avec des règles de calcul, des taux de cotisation et des niveaux de pension hétérogènes.

Cette absence de convergence alimente les disparités et fragilise la cohérence globale. Conséquences: les projections actuarielles sont préoccupantes : le régime civil de la CMR devrait épuiser ses réserves d’ici 2031, tandis que le RCAR est déjà en déficit technique. Quant à la CNSS, malgré une assiette plus large, elle verrait ses équilibres fragilisés à partir de 2038 si aucune réforme n’est engagée.

Un système fragmenté, sous-performant et financièrement vulnérable

Au-delà des équilibres financiers, le rapport pointe la faiblesse des pensions versées. Le montant moyen mensuel pour les affiliés CNSS s’élève à 2.200 dirhams, contre 3.800 dirhams pour les retraités du RCAR. Des montants jugés «insuffisants pour assurer une vie décente, notamment en milieu urbain», selon les termes du document.

cnss

A cela s’ajoute le vieillissement démographique qui accentue la pression sur le système, avec plus de 20 % de la population qui atteindra 60 ans révolus d’ici 2050, selon les projections du Haut-Commissariat au plan. Ces dynamiques, couplées à la transformation du marché du travail et à la montée des formes d’emploi non conventionnelles, impose une refonte structurelle.

Le rapport insiste ainsi sur la nécessité de «repenser le système dans son ensemble, et non de corriger les paramètres des régimes existants». Il plaide dans ce sens pour une réforme systémique, fondée sur la convergence des régimes, l’élargissement de la base cotisante, et la mise en place d’un pilier universel de retraite minimale. L’enjeu n’est plus technique: il est social, politique et institutionnel.

Une réforme devenue impérative, mais encore sans calendrier

Le rapport s’accompagne d’une note explicative qui renforce l’alerte. Cette note appelle à une refonte globale du modèle, fondée sur une vision unifiée et solidaire. Elle insiste sur l’urgence d’un calendrier clair, d’un pilotage politique fort et d’un dialogue national élargi. «Le statu quo n’est plus tenable. Sans réforme, le système risque de creuser les inégalités, de fragiliser les équilibres sociaux et de compromettre la confiance des générations futures», peut-on lire dans le document.

Lire aussi. Maroc: la Banque mondiale fait planer le spectre d’une retraite à 70 ans

La note propose une approche graduelle mais structurante, intégrant des mécanismes de solidarité, une gouvernance unifiée, et une meilleure articulation entre les régimes publics et privés. Elle appelle à la mise en place d’un régime universel de base, garantissant un minimum vieillesse pour tous, et à l’intégration progressive des travailleurs non couverts. Elle souligne également la nécessité d’une réforme des régimes existants, pour en améliorer la soutenabilité sans compromettre les droits acquis.

Mais à ce jour, aucun calendrier n’a été communiqué, et les arbitrages politiques restent en suspens. Le rapport et la note convergent sur un point: il ne s’agit plus d’ajuster les paramètres, mais de repenser le système dans son ensemble. La réforme des retraites n’est pas une option technique, c’est une nécessité politique. Elle touche à la dignité des travailleurs, à la soutenabilité des politiques publiques et à la cohésion sociale.

Dans un contexte de transition économique, de pression budgétaire et de montée des attentes citoyennes, le Maroc ne peut plus différer cette réforme. Le document conclut en appelant à «une mobilisation nationale autour d’un pacte social renouvelé, garantissant à chaque citoyen une retraite digne, équitable et soutenable».

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Retraites au Maroc: le système à bout de souffle, une réforme urge

S'ABONNER
Partager
S'abonner