Secteur privé marocain: la Banque mondiale alerte sur un modèle de croissance fragilisé

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Le siège de la CGEM, à Casablanca. ©DR

Dans un rapport de 123 pages, la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, dresse un bilan lucide détaillé du secteur privé marocain, structurellement sous-exploité malgré des fondations solides.

Le rapport «Maroc: Diagnostic-pays du secteur privé», que vient de dévoiler la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, s’ouvre sur un constat nuancé. Sur la décennie 2014–2024, le Maroc a réalisé des progrès notables: le PIB réel a progressé d’un quart, le revenu par habitant a augmenté de plus de 10 %, et le pays a maintenu une stabilité macroéconomique remarquable malgré des chocs externes répétés, comme la pandémie, l’inflation mondiale ou encore le séisme d’Al Haouz.

Mais la croissance reste modeste et volatile, oscillant autour de 3 % par an en dehors des années de rebond post-Covid, avec une trajectoire fortement liée aux aléas agricoles. Mais plus préoccupant encore, l’investissement privé ne représente qu’environ un tiers de l’investissement total, le reste étant porté par la dépense publique. Le rapport identifie ce déséquilibre comme le principal frein à une croissance inclusive et durable.

Sur le plan des flux d’investissements directs étrangers (IDE), le Maroc reste en retrait par rapport à ses pairs régionaux. Par exemple, avec 1,3 % du PIB en moyenne entre 2019 et 2023, il se situe derrière l’Égypte (2,1 %), la Tunisie (1,5 %) et très loin de la Bulgarie (3,8 %) ou du Portugal (3,2 %). Néanmoins, depuis 2021, les annonces de nouveaux IDE ont fortement accéléré, notamment dans les énergies renouvelables, qui concentrent 57% des annonces cumulées, et les composants électroniques, portées par un intérêt croissant d’investisseurs européens et chinois, observe l’IFC.

Un secteur privé dual

Selon le rapport, la structure du tissu entrepreneurial marocain est caractérisée par une dualité. D’un côté, quelques grandes entreprises formelles performantes, concentrées dans des zones économiques spéciales et des secteurs exportateurs (automobile, aéronautique, phosphates, télécoms). De l’autre, l’on retrouve une économie informelle massive, qui représente plus de 77 % de l’emploi total et environ un tiers du PIB, principalement dans le commerce de détail, les services, le bâtiment et l’agriculture.

La productivité du travail progresse à un rythme de seulement 2,2 % par an, soit deux fois moins vite que des pays comparables comme le Vietnam ou la Pologne. L’IFC met en garde: à ce rythme, il faudrait au Maroc plus de 30 ans pour doubler sa productivité, contre moins de 20 ans pour ses pairs les plus dynamiques.

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Sur le plan financier, le secteur bancaire est relativement développé avec des actifs équivalant à 80 % du PIB, mais le crédit aux PME représente moins de 15 % du total des prêts. Les taux de prêts non performants atteignent 8,6 %, un niveau bien supérieur à la moyenne régionale (1,6 %). L’accès au financement reste donc l’un des obstacles majeurs pour les entreprises hors grandes structures.

Parmi les principales contraintes du climat des affaires, les enquêteurs de la Banque mondiale cite en tête la concurrence du secteur informel (21,7 % des entreprises interrogées), la corruption (15,7 %), la complexité fiscale (9,2 %) et le déficit de main-d’œuvre qualifiée (8,8 %).

Quatre filières stratégiques pour un nouveau souffle

Le rapport de l’IFC identifie quatre filières à fort potentiel: transition énergétique, modernisation industrielle, développement rural et économie bleue. Des mesures ciblées dans ces quatre secteurs pourraient, selon les estimations, mobiliser jusqu’à 7,4 milliards de dollars d’investissements privés et créer plus de 166.000 emplois à moyen terme.

Dans l’énergie, le solaire décentralisé reste sous-exploité malgré un fort potentiel, en raison de blocages réglementaires, d’un manque de clarté tarifaire et de lourdeurs administratives. Des réformes pourraient débloquer près de 2,9 milliards de dollars d’investissements et créer plus de 43.000 emplois.

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Le textile bas carbone, déjà pilier industriel, doit s’adapter aux exigences du Green Deal européen. Entre contraintes foncières, coûts de certification ESG et accès au financement, le secteur dispose néanmoins d’un potentiel de 1,9 milliard de dollars et de plus de 30.000 emplois.

La filière de l’huile d’argan, dont le Maroc est le principal producteur mondial, reste encore peu valorisée localement, la majorité des exportations se faisant à l’état brut. Une meilleure transformation et structuration pourraient générer 0,6 milliard de dollars d’investissements et près de 18.000 emplois.

Enfin, l’économie bleue, portée par l’aquaculture marine, demeure largement sous-exploitée malgré 3.500 km de côtes et un positionnement stratégique. Malgré des freins réglementaires persistants, le secteur pourrait attirer près de 2 milliards de dollars d’investissements et créer jusqu’à 75.000 emplois.

Enfin, Au-delà des recommandations sectorielles, le rapport identifie plusieurs leviers communs à l’ensemble des filières, à savoir la simplification administrative, l’accès à une énergie décarbonée et compétitive, la traçabilité et conformité, ainsi que les compétences et le capital humain.

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